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Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable
© 20th Century Fox
Cinéma

Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable

Charley Charley28 novembre 2020Aucun commentaireIl vous reste 10 minutes à lireUpdated:1 décembre 2020
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Fight Club sort en salles en 1999, et polarise grandement les critiques. Pire : le succès en salles n’est pas au rendez-vous. Néanmoins, le 4e film de David Fincher va rapidement acquérir un succès phénoménal en vidéo, et devenir par la même occasion un film culte. Aujourd’hui considéré comme un long-métrage important de son auteur, Fight Club est également un OVNI cinématographique inclassable, et une œuvre majeure de la fin du XXe siècle.

Fight Club est à la base un roman de Chuck Palahniuk sorti en 1996. On y suit un personnage principal spécialisé dans les assurances d’une grande compagnie automobile. Insomniaque, vivant sans réel but, il commencera à assister à des réunions de soutien pour cancéreux lorsqu’il rencontrera une certaine Marla Singer. Une femme étrange, qui assiste aux mêmes séances de thérapie dans le même but : se sentir vivant. Les choses vont prendre une tournure bien différente lorsqu’interviendra le mystérieux Tyler Durden, un fabriquant de savon. Ce dernier et le protagoniste vont ensuite créé des séances de combat clandestines au sous-sol d’un bar : le Fight Club !

Pourtant, difficile de résumer l’intrigue à ce simple pitch tant l’œuvre finale est dense et hétéroclite. Fight Club peut être considéré comme satire cinglante de notre société consumériste, un rite de passage dans la veine du Lauréat, un manifeste nihiliste sur une génération perdue, une célébration de l’émancipation anarchique ou encore une comédie romantique bien fucked up. Fight Club est tout ça, et plus encore. C’est précisément pourquoi le projet a tapé dans l’œil de David Fincher !

Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable
© 20th Century Fox

Les droits du bouquin seront très rapidement achetés par la Fox et la productrice Laura Ziskin (alors à la tête de la division Fox 2000). Un scénariste relativement novice (Jim Uhls, dont le seul fait d’armes notable par la suite sera Jumper) y sera affilié, tandis que des réalisateurs comme Bryan Singer (Bohemian Rhapsody, Usual Suspects), Danny Boyle (Trainspotting, Slumdog Millionaire) et Peter Jackson (Le Seigneur des Anneaux, Fantômes contre Fantômes) seront envisagés. David Fincher, qui aura lu le bouquin par la recommandation d’un ami, cherchera à faire le film.

Réticent à l’idée de rebosser avec la Fox, après l’expérience horrible vécue sur le tournage d’Alien³, il sera convaincu par la promesse de liberté totale dont il bénéficiera. Un budget de 67 Millions (plus gros budget de sa carrière à l’époque) sera donc alloué, et même un bonus de temps d’1 mois supplémentaire pour faire le film dont il avait envie. Une des plus belles expériences du réalisateur donc, et cela se ressent évidemment à l’écran.

Règle numéro 1 : on doit parler du casting de Fight Club

Tout d’abord, parlons d’une des très grandes forces du film : son casting (composé notamment de seconds couteaux comme Jared Leto, Holt McCallany et Zach Grenier) ! Tout d’abord, Edward Norton (American History X, La 25e Heure, Birdman) tient ici un des tous meilleurs rôles de sa carrière, en tant que protagoniste irrévérencieux et légèrement maniaque. Alors que le studio voulait une trogne bankable à la Matt Damon, Fincher porte son dévolu sur Norton après sa performance remarquée dans Larry Flynt. L’acteur porte littéralement tout le film sur ses épaules frêles, du premier au dernier plan. En résulte un personnage curieusement attachant, auquel le spectateur peut non seulement s’identifier, mais aussi apprécier la psyché fulgurante via la narration en voix-off.

D’habitude un procédé narratif considéré comme fainéant, cette voix-off est ici utilisée de manière parfaite et juste. Moins un outil destiné à faire avancer l’intrigue, elle permet d’obtenir une vision globale du ton et des thématiques du film, en plus de brillamment caractériser le personnage principal. Sans aucun doute le film le plus drôle de Fincher, Fight Club est emprunt de trouvailles politiquement incorrectes (« on ne m’avait pas baisée comme ça depuis l’école primaire » dira Marla Singer, remplaçant le « je veux avoir ton avortement » du livre : au plus grand dam des producteurs), de délires absurdes (l’introspection imaginée autour d’un pingouin ou les réunions de la société secrète) et d’humour sardonique lié aux réflexions du personnage sur le monde qui l’entoure.

Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable
© 20th Century Fox

Brad Pitt était le 1er acteur que Fincher avait en tête pour Fight Club. Ces retrouvailles après Se7en portent également bien leurs fruits : Tyler Durden rentre facilement dans le Top 3 des performances de Brad Pitt ! Via un look iconique tout de rouge vêtu (que l’on doit à Michael Kaplan, ayant déjà bossé avec Fincher sur ses 2 précédents films) représentant la nature d’électron libre du personnage autant que son caractère indomptable, Pitt est le parfait contre-poids de Norton. Un personnage de pseudo gourou fascinant, non pas par sa musculature mais la folie qui l’habite ! Dans une allure de buddy movie, c’est un vrai bonheur de voir ces 2 acteurs évoluer, tels 2 faces opposées d’une même pièce !

Enfin, Helena Bonham Carter (The Crown, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, Enola Holmes) trouve ici son premier rôle marquant en Marla Singer. Sorte de version goth de Judy Garland en fin de vie (ou de « Tony Scott en femme qui garde ses lunettes de soleil » selon le réalisateur), l’actrice rayonne à chaque instant. D’abord antipathique, on découvre finalement son personnage comme beaucoup plus censée que tout le casting masculin. N’utilisant pas sa beauté ou son charme, Bonham Carter dépeint une femme nihiliste et légèrement borderline, mais diablement charismatique. Un régal !

Règle numéro 2 : on doit parler de la virtuosité du Fight Club

Fight Club est ce qu’on peut appeler une œuvre hybride ne rentrant dans aucune case. Une description qui sied parfaitement à la réalisation globale, où Fincher commencera à expérimenter au niveau des effets visuels pour les incorporer de manière organique à sa mise en scène. De part son passé chez ILM et dans la production de vidéo-clips et autres pubs, le réalisateur sait comment capter l’attention et aller droit au but de ses intentions. Le tout en proposant des images jusqu’ici jamais vues au cinéma. Cela se traduit d’entrée de jeu avec la première scène de Fight Club, entièrement en CGI : un générique entraînant démarrant au niveau d’un neurone du protagoniste, avant d’explorer le cerveau, les pores cutanés et enfin arriver sur un pistolet engoncé dans sa bouche.

La maestria visuelle et la virtuosité ne s’arrêtent pas là : que ce soit une scène de sexe à l’aspect onirique, un avion dépressurisé, un appartement pulvérisé ou bien des mouvements de caméra impossibles au sein d’une corbeille ou descendant un immeuble… l’usage des VFX participe à la narration sans jamais trahir le look visuel du film ! Une philosophie qui sera par la suite appliquée à l’ensemble des films de Fincher, mêlant habilement tournage analogique, technologies numériques et effets visuels dans un mélange parfait et symbiotique ! L’anecdote bonus : l’appartement IKEA combinant CGI et vrai décor est calqué sur un des premiers logements du réalisateur !

Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable
© 20th Century Fox

Travaillant en 2nde équipe sur Se7en et The Game, Jeff Cronenweth (fils de Jordan Cronenweth, chef opérateur de Blade Runner et initialement d’Alien³) prend les rênes pour la 1e fois en tant que directeur de la photographie. Le résultat, inspiré notamment par American Graffiti de George Lucas, offre un naturalisme nocturne appuyé par postlumination. Jouant avec les ombres pour dissimuler le regard par instants, et ainsi faire ressortir la peau et la silhouette des personnages, Fight Club jouit d’une identité visuelle singulière. Une photographie contrastée, délicieusement charnelle et fiévreuse : le début d’une collaboration fructueuse entre Fincher et Cronenweth Jr ! Mention spéciale aux décors d’Alex McDowell (The Crow, Minority Report, Watchmen), en particulier la maison de Paper Street (décor délabré entièrement construit, aux murs ruisselant rappelant évidemment Blade Runner).

Concernant la musique du film, Fincher voulait avoir recours à des musiciens qui pensaient en dehors des codes de composition d’une bande originale. Désireux de choisir Radiohead initialement, il portera finalement son dévolu sur les Dust Brothers. A l’image du côté schizo-avant-gardiste de Fight Club, ces derniers proposent donc une musique mêlant échantillons electro, scratchs de hip-hop et autres sons de batterie. Un mélange hétérogène qui in fine accouche d’une bande-son unique et qui (osons le dire) envoie du pâté. De l’ébouriffant morceau d’intro « Stealing Fat » au rythmique « What is Fight Club ? » en passant par le fun «  »Homework« , on tient là une BO dingo, funky et frappée.

Règle numéro 3 : on doit parler de l’héritage du Fight Club

Lors de sa sortie, Fight Club fut sujet à la controverse. Pour cause : sa soit-disante violence ainsi que se morale appelant à l’anarchie et au rejet des codes sociétaux. Pourtant, à posteriori, le film n’est pas une ode à la violence ni même particulièrement choquant. Matrix sorti la même année dépeint par exemple beaucoup plus d’actes graphiques qu’un Fight Club, dont la violence est ici utilisée comme un exutoire (brillantes scènes de combat par ailleurs) de personnages perdus, en lien avec une certaine émasculation sociale. Fincher décrit très bien ce qui l’a intéressé : « Fight Club décrit ma vision du monde de la publicité, qui est capable de changer le monde« .

Une critique du consumérisme et des dérives matérialistes du début du millénaire, où les combattants du Fight Club expérimentent la douleur pour se sentir exister donc. Très vite ce joyeux club prendra de plus grosses proportions anarchistes (et non terroristes, après tout aucune victime n’est à déplorer) mais jamais le film ne prend ce parti. L’intrigue aborde un problème concret, amenant un nihilisme séduisant certes. Mais à l’instar du spectateur, le narrateur acquiert une maturité certaine à la fin, permettant de reconnaître les limites d’une indignation mal calibrée. Le tout se terminant en happy ending piraté de l’intérieur, dans une séquence magistrale (et utilisant là encore des CGI « invisibles ») bercée par « Where is my Mind ? » des Pixies (peut-être la seule question résumant parfaitement Fight Club).

Critique Fight Club : le chef-d’œuvre inclassable
© 20th Century Fox

Et à l’instar de nombreux films des 90’s, comme Sixième Sens ou Usual Suspects, le twist final de Fight Club fait désormais partie des plus célèbres du cinéma ! Une révélation qui offre une autre facette au personnage principal donc, ainsi qu’une lecture permettant d’encore plus apprécier le film au second visionnage. Un must !

En conclusion, Fight Club est un film fou, unique, novateur et aux antipodes des carcans Hollywoodiens. Une œuvre matricielle qui condensera les arcanes d’un cinéma dit « classique » pour aller dans le post-moderne (au même titre que Matrix ou Titanic la même année), aussi bien en terme de fond que de fabrication. Encore aujourd’hui, difficile d’imaginer qu’un studio puisse valider un tel projet, le tout avec une vraie carte blanche et un budget conséquent ! Un grand film culte en bonne et due forme, testament de son époque, mais qui survit admirablement au temps ! La grande classe !

Fight Club est disponible en DVD & Blu-ray et sur Amazon Prime Video.

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