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Accueil - Critique Eat the night : « esctase » solitaire dans la nuit noire
Critique Eat the night : "esctase" solitaire dans la nuit noire
© Tandem Films
Cinéma

Critique Eat the night : « esctase » solitaire dans la nuit noire

Lucine Bastard-Rosset Lucine Bastard-Rosset16 juillet 2024Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:16 juillet 2024
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Eat the night de Caroline Poggi et Jonathan Vinel est un thriller français hybride, la découverte d’un trio plongé dans un gouffre sans fond. 

Eat the night s’ouvre sur un écran noir, où une barre de chargement se remplit, juste avant que ne s’affiche la page d’accueil du jeu Darknoon. A l’aide d’un montage alterné, Apolline (Lila Gueneau) nous apparaît en gros plan, le regard rivé sur son ordinateur. En voix-off, elle nous parle de ce jeu vidéo auquel elle joue depuis neuf ans avec son frère Pablo. Ce monde virtuel qui est devenu son île, l’endroit qu’elle préfère au monde, car elle y est libre, qu’elle peut y vivre, ressentir, découvrir et s’exprimer sans se cacher.

© Tandem Films

De cet univers fictionnel, elle connaît chaque parcelle, et pourtant elle y découvre toujours quelque chose de nouveau, un léger détail qu’elle n’avait pas vu jusque-là : une pierre, un reflet sur l’eau, une brindille qui vacille sous le vent. Darknoon est à elle et à son frère, un univers qu’ils partagent, une échappatoire qui permet à Apo de tenir, de survivre. Mais voilà, pour certains Darknoon n’est qu’un jeu, et un message s’affiche soudain sur son écran d’ordinateur pour le lui rappeler : le serveur fermera définitivement au solstice d’hiver, dans très exactement soixante jours. Son monde s’écroule, la fin de Darknoon signe sa fin à elle, à eux, à leur vie ; un compte à rebours aussi bien réel que virtuel.

Des univers parallèles

Conçu par Lucien Krampf et Saradibiza, l’univers de Darknoon se matérialise devant nous  et devient un parallèle à la réalité, un jeu sans objectif réel. Tels des funambules, les réalisateurs marchent sur un fil tendu entre ces deux univers avec grâce et équilibre. Ils tissent des liens sans jamais alourdir le récit, parvenant à faire communiquer la Apo réelle et la Apo virtuelle, une continuité entre elles qui s’impose à nous, simplement.

© Tandem Films

Plus Apo s’enferme dans Darknoon, plus Pablo (Théo Cholbi) se construit son propre monde, à partir de rien. Fabricant artisanal et vendeur d’ecstasy, il deale seul dans la ville du Havre qu’il parcourt sur sa moto vert fluo. La caméra le suit tandis qu’il accélère, des plans répétés qui rappellent ceux des jeux vidéo, avec leur effet de vitesse et le son vrombissant du moteur. Pablo recherche l’adrénaline dans la réalité, Apo dans la virtualité, tous deux suivent des chemins qui se complètent tout en se séparant. 

Seuls en étant ensemble

Eat the night retrace aussi la naissance d’un amour, entre Pablo et Night. Night – incarné par Erwan Kepoa Falé – est celui qui vient bousculer l’équilibre précaire entre Pablo et Apo pour former de nouvelles attaches. Sans le vouloir, il devient le personnage central du film, le point de convergence entre les mondes. Caroline Poggi et Jonathan Vinel filment avec proximité les corps qui se cherchent puis se trouvent naturellement, avec spontanéité. Les scènes d’amour ne tendent pas vers le sensationnel, elles sont sincèrement vraies et nous placent au plus près des personnages.  

© Tandem Films

Malgré l’amour qui les unit, Apo, Pablo et Night restent seuls, et tombent dans un abysse sans fond. Ils se retrouvent indéniablement séparés, dans le récit comme dans le cadre où ils n’apparaissent jamais tous les trois ensemble. Ils communiquent par leurs regards plus que par leurs paroles, enfermés dans des plans qui se resserrent. Cette solitude se reflète également dans les décors, avec d’un côté cette maison qui s’élève seule au milieu d’une rue, toujours montrée à travers un même plan statique ; et de l’autre, cette maison abandonnée et perdue dans les bois qu’on ne parvient pas réellement à localiser. Les distances se floutent, la ville se fragmente en différents espaces que rien ne semble relier. 

Eat the night, un thriller viscéral

Alors que d’un côté de l’écran on peut mourir sans avoir peur d’y rester pour de bon, de l’autre, chaque faux pas peut être mortel. Poggi et Vinel l’ont compris et font monter la tension, accentuée par la musique électro minimaliste de Ssaliva qui joue sur les sons distordus, inquiétants. Il faut croquer à pleine dents Eat the night pour en absorber « l’ecstase », et on nous apprend comment le faire dans une séquence dédiée à la fabrication des pilules. C’est simple, c’est beau, ça secoue mais on en redemande. Eat the night est un concentré de sensations, des meilleures aux plus viscérales, un cri solitaire dans la nuit noire.

© Tandem Films

Eat the night est un thriller d’un autre genre, un film engendré par deux réalisateurs qui tirent leur cinéma d’un autre univers.

Eat the Night était sélectionné à la Quinzaine des Cinéastes au Festival de Cannes 2024 et sortira au au cinéma le 17 juillet 2024. 

D’ailleurs, vous pouvez retrouver sur MUBI les précédents films de Caroline Poggi et Jonathan Vinel à l’occasion de la sortie en salle de EAT THE NIGHT le 17 juillet. 

  • Jessica Forever
  • Tant qu’il nous reste des fusils à pompe
  • Bébé colère
  • Il faut regarder le feu ou brûler dedans

Avis

9 Viscéral

Eat the night est un thriller français comme on n'en a jamais vu, un long métrage hybride où se mêle à la réalité l'univers virtuel d'un jeu vidéo. Une plongée dans un abysse sans fond dont aucun des trois personnages ne sortira indemne. Caroline Poggi et Jonathan Vinel nous "ecstasy", littéralement.

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