Critique Army of the Dead : braquage de ses morts

Annoncée comme la résurrection d’un réalisateur devenu sa propre parodie, Army of the Dead creuse au contraire la tombe de Zack Snyder. 

Des militaires sont engagés pour récupérer 200 millions de dollars dans un casino. Seul bémol, Las Vegas est devenue zombieland. Sous l’égide de Netflix, on pensait que Snyder, enfin débarrassé de la mainmise de la Warner et du DCEU, jouirait d’un projet fun et personnel, un truc décomplexé et foutrement jouissif. On se trompait, le résultat est sinon complètement moisi, au moins totalement foutraque.  

Critique Army of the Dead : braquage de ses morts
©Netflix

Après sa Zack Snyder’s Justice League, le réalisateur de Watchmen tente un retour aux sources en revenant vers son premier métrage, l’Armée des Morts, Dawn of the Dead en vo pour ne pas confondre avec cet Army of the Dead. Cependant, si l’on est convaincu que le bougre sait se servir d’une caméra, c’est une toute autre paire de manches lorsqu’il décide de tout faire, du scénario à la photographie. Il n’y a qu’à regarder les errements comme Sucker Punch ou Batman v Superman, certes Chris Terrio n’y est pas pour rien, pour comprendre qu’il ne faut pas laisser Snyder s’approcher du script. C’est pas faute de l’avoir dit.

C’est pas une légende

Si Army of the Dead semble clairement servir d’œuvre cathartique à Zack Snyder pour affronter son drame familial, l’identification et le transfert ne seront jamais traduits dans une sauce narrative qui ne prend pas. L’histoire est inexistante, on navigue en plein non-sens scénaristique puisqu’aucun des personnages n’est ni crédible ni attendrissant. Le film embourbe sa badasserie en affichant une relation père-fille désireux de se retrouver, comme si tuer des zombies était le terrain rêvé pour se reconnecter. Sans véritable focalisation qu’une brochette archétypale de protagonistes absolument crétins, ça fonctionnerait si le film était assumé or il ne cesse de se chercher sans jamais embrasser le navet qu’il est. 

Critique Army of the Dead : braquage de ses morts
©Netflix

D’une lenteur éléphantesque, 2H30 pour ne rien raconter de plus qu’un pitch caricatural, Army of the Dead ne proposera même pas le divertissement musclé et radicalement violent qu’on attendait. Le braquage n’est qu’un prétexte au plan foireux qui, évidemment, foire et n’excuse aucunement la crétinerie de l’ensemble, très loin du tableau burné et explosif qu’on nous avait vendu. Sorti d’une introduction, reconnaissons le, viscérale et très jouissive, le film tente vainement d’installer une nouvelle mythologie du zombie hiérarchisé en mode Je suis une Légende, réactions abruties de personnages abrutis, braquage détente entre potes pendant deux heures sans que jamais la présence des zomblards ne soit véritablement inquiétante. Surtout que les morts vivants ne représentent qu’une menace très anecdotique, l’Army of the Dead se résumant à quelques menus pelotons éparpillés pour fournir à nos persos mal écrits des cibles déshumanisées. 

Mais le pire, et c’était déjà pas bien glorieux, c’est quand on constate l’erreur faite par Snyder qui décide de s’occuper lui-même de la direction photographique de Army of the Dead. Le bonhomme, fier de la scène finale du Knightmare de Justice League, nous ressort un film entièrement lavé par une très faible profondeur de champ. Or si ça marche dans une introduction cauchemardesque et certains plans hallucinatoires dont le réalisateur à le secret, restons honnêtes, cet effet de style perd toute sa substance et son intérêt en baignant la totalité de ces 2h30 dans un flou artistique et un effet de décentrement hors de propos et très dérangeant. Less is more Zack, less is more. 

Critique Army of the Dead : braquage de ses morts
©Netflix

Alors oui, tout n’est pas à jeter. Au milieu de ce gloubi boulga de mauvais goût, où de vieilles vannes pas fraîches teintent teintent perpétuellement un tableau déjà pas très reluisant, Zack Snyder démontre (un peu) de son talent derrière une caméra. Surtout vers la fin, de beaux morceaux de bravoure entourent cette Suicide Squad chez les zombis yamakasis, évidemment portés par un Dave Bautista toujours charismatique malgré une teinture excessive et une Nora Arnezeder convaincante en guide touristique badass. Pareillement, la quarantaine explicitée dans le film rappelle tristement l’imminence de la mis en place d’un pass sanitaire pour contrôler la population, c’est plutôt bien vu avec le contexte actuel. Ah et le tigre zombifié est plutôt stylé

On espérait Army of the Dead comme un bon actionner décérébré, mais on ne s’attendait pas à tomber sur production aussi flinguée. 

Army of the Dead est disponible sur Netflix.

Avis

4,5 décomposition avancée
  • User Ratings (1 Votes) 0.1

About Author

Entre deux passages sur le billard pour ressembler à l’arme X, ce créateur marginal allie réalisation et graphisme à l’écriture pour s’évader vers une galaxie lointaine. À l’affut de toute image mouvante, sa passion pour le cinéma et les séries ne s’estompe que pour fragguer quelques noobs.

Leave A Reply