Alors que son dernier bébé Send Help est actuellement sur nos écrans et cartonne, il est temps de revenir sur la filmo de Sam Raimi, grand réalisateur hollywoodien qui aura marqué au fer rouge l’industrie !
Mort sur le Grill (1985)
Sam Raimi et les frères Coen qui tentent leur propre Y-a-t-il un pilote dans l’avion, cela aurait dû être grandiose ! Malheureusement on sent encore les balbutiements de son talent de réalisation mais aussi ceux de l’écriture du duo de frangin. En résulte un film foutraque où le film noir côtoie le cartoon, où d’excellents gags côtoient la lourdeur. La générosité de Raimi qui le définit si bien, est présente, mais mal ajustée. Tous les potards sont au maximum (interprétations outrancières, choix visuels, personnages loufoques, avalanches de blagues) mais pas transcendés par la réalisation.
Note : 4/10
Evil Dead 2 (1987)
Bien conscient du statut culte de ce Evil Dead 2, le projet nous échappe. Sam Raimi troque l’efficacité et l’ingéniosité du premier opus pour faire un reboot (film à la fois reboot et suite) semi parodique. Cela donne un film qui souffle le chaud et le froid, où l’avalanche d’effets pratiques réjouisse par leur générosité (et qui fait du Tim Burton avant Tim Burton) tout autant que la narration nous ennuie poliment. Les personnages vides et l’absence de lien entre eux (à contrario du 1) nous laissent complètement léthargique face à l’orgie de péripéties qui cache au final un récit qui ne raconte rien. L’aspect comique tente de justifier des facilités de scénario et son positionnement d’entre deux auto-parodique mais film d’horreur tout de même rend le tout morne. Mais surtout, aussi bien soit les effets, dans la continuité de Mort sur le Grill, Raimi ne maîtrise pas assez le tempo et la réalisation comique pour que la sauce prenne. Un exercice de style unique mais pas assez maîtrisé…
Note : 4.5/10
Evil Dead – Army of Darkness (1992)
…Et cela est la même chose pour le 3ème opus ! De nouveau un virage à 180 degré où la saga devient une parodie d’heroic fantasy. Une liberté créative folle très louable mais qui nous laisse totalement en extérieur tellement la saga change d’identité à chaque fois. Encore une fois, la générosité des effets pratiques contrebalance avec la lourdeur de l’humour poussif qui n’est pas bien rendu par la mise en scène. A part un combat contre une sorcière qui est vraiment hilarant ! Mais malgré le fait que le scénario raconte un peu plus quelque chose (Ash à un vrai parcours de personnage), le film tombe dans le “ta gueule c’est magique” pour justifier les envies de Raimi d’expérimenter plein d’effets. Par ailleurs, ce sera son dernier film purement humoristique, où il s’est rendu compte qu’il était meilleurs pour injecter de l’humour dans du sérieux que de la pure comédie.
Note : 4.5/10
Pour l’amour du jeu (1999)
Un film dont le postulat de base, mettre en parallèle le dernier match du personnage avec sa vie sentimentale chaotique sur 5 ans, est plutôt intéressant. La mise en scène du baseball, plus sage que ce que nous avait habitué Raimi, est tout de même maîtrisée : on ressent à la fois la puissance des balles et les enjeux intimes du protagoniste interprété par un Kevin Costner toujours efficace (bien que sur des rails). Puis le dernier tiers du film, la machine s’enraye. Le scénario se répète, tire en longueur, refuse tout enjeu car le perso est trop fort et la romance verse d’un mélo dégoulinant cliché qui nous ose même nous refaire la scène de l’aéroport de toutes les comédies romantiques stéréotypées. Et le film finit par paraitre tout aussi long qu’un match de baseball…
Note : 5/10
Le Monde Fantastique d’Oz (2013)
Un retour au blockbuster plutôt fade où son style de réalisation élève un scénario vraiment pas top. Le film s’avère plus être une jolie balade dans Oz qu’un récit avec des enjeux prenants. Ça tente de réinventer Le Magicien d’Oz, sorte Wicked avant l’heure, mais tombe dans un imbroglio narratif qui nous passe un peu au-dessus. Tout tient à des rencontres hasardeuses et des quiproquos, chose qui pouvait marcher en 1933 mais pas en 2013. N’en reste pas moins un moment pas désagréable, où la beauté des images et quelques petits moments tape à l’œil font leur effet. Digne d’une attraction plaisante sur le moment mais qu’on oublie à la sortie.
Note : 5/10
Intuitions (2000)
Intuitions avait tout pour faire un grand film. Des prémisses fortes au sein de l’Amérique rurale en déperdition, un personnage principal attachant et subtil de mère courage, interprétée par une superbe actrice, puis une touche d’enquête/drame fantastique… Malheureusement le scénario a des allures de première version, avec de gros soucis de rythme, une histoire qui peine à démarrer et une absence de crescendo d’intensité. Sam Raimi est aussi au abonné absent, avec, hormis quelques scènes de vision, une réalisation d’un classicisme flirtant avec l’ennui. Il n’empêche que ce film à quelque chose d’attachant grâce à sa galerie de personnages tous les plus nuancés les uns que les autres, son arène à la direction artistique plaisante et un mystère qui arrive plutôt bien à nous mener en bateau.
Note : 5,5/10
Evil Dead (1981)
Evil Dead est le premier long métrage qui propulsera le réalisateur. Réalisé avec trois bout de ficelle, le film éprouve l’épreuve du temps et son manque de budget. MAIS il est grisant de voir la générosité folle du métrage malgré ses contraintes, avec des effets de style jamais vu à l’époque et un cadre qui inspirera tout le reste du cinéma d’horreur des années suivantes. L’ingéniosité est sidérante quant à son contexte de production fauché. Le film enchaîne les effets et quelque vision de pure terreur. On sent tout de même que Raimi n’est pas pour autant en possession de tous ses moyens, le métrage souffrant d’erreurs de réalisation (un montage hasardeux, des plans flous, des faux raccords). Mais avec le budget (300 000$) qu’il avait, on aurait bien voulu faire la même !
Note : 6/10
Darkman (1990)
Darkman est à notre sens le métrage de Sam Raimi qui marque la plus grosse bascule dans son cinéma et fait office de lettre d’intention. De base il voulait adapter Batman ou The Shadow, amoureux de comics qu’il est, mais n’arrive pas à avoir les droits. Il créera donc de toute pièce Darkman, qui préfigure ce que seront ses Spider-Man. Il y mélange super-héroïsme, romantisme et romanesque, film d’horreur, de monstre, d’action, de gangster, le tout dans une sorte d’opéra gothique. Un grand fourre baroque tout aussi bordélique que fou, frénétique, qui expérimente et change constamment de genre. Souvent bancale sur le plan narratif, de par son trop plein d’influences, Darkman est une proposition spectaculaire.
Note : 6.5/10
Jusqu’en enfer (2009)
L’exemple de ce qu’auraient dû être les Evil Dead 2 & 3. Un film d’horreur qui ne renie aucunement sa dramaturgie, ses personnages et son intensité. Pour autant, il n’hésite jamais à verser dans l’horreur grotesque, comique sans désamorcer la peur. Une parfaite maîtrise à l’équilibre de ses tons et genres rendant le tout fluide tout en ayant un véritable propos sur les troubles alimentaires du personnage qui s’incarnent en pure scène horrifique. Les coutures et les passages obligés du scénario en font un film moins impactant que ne l’est sa mise en scène. Puis son ridicule assumé pourra laisser parfois de côté ceux qui recherchent (et s’être fait avoir par le marketing mensonger) du pure frisson.
Note : 6.5/10
Spider-Man 3 (2007)
Nous avions déjà consacré une critique à cet opus mal aimé ! Ce Spider-Man 3 mérite clairement une réhabilitation et souffre malheureusement de la comparaison avec ses deux prédécesseurs. Sur ces ⅔ , Sam Raimi maîtrise son film à la perfection, offrant des scènes encore plus spectaculaires et un background de personnage des plus malins. Malheureusement un petit grain de sable vient mettre le bazar, dans une fin qui bâcle un peu le reste de l’intrigue et tombe dans des raccourcis faciles. Et l’éléphant dans la pièce : Venom complètement sacrifié au sein d’un film surchargé.
Note : 7/10
Un Plan Simple (1998)
Un plan simple est un bon film sur la cupidité humaine. Une sorte d’expérience sociale sur péloche qui met en scène des ruraux trouvant 4 millions de dollars dans un avion écrasé. En résulte une étude de personnages qui s’engouffrent dans une fuite en avant constante. Un métrage qui fonctionne plus de part son aspect fable morale et le cadre qu’il dépeint (l’Amérique rurale pauvre et simplète) que l’intensité cinématographique qu’il offre. Sam Raimi y est un peu plus effacé mais montre qu’il est capable d’un classicisme efficace sans pour autant oublier d’avoir une photographie magnifique.
Note : 7/10
Spider-Man 2 (2004)
Nous avions déjà aussi consacré une critique pour ce film que l’on considère un tantinet surcoté. Il est évidemment spectaculaire, où quasiment chaque scène mettant en avant Spider-Man ou Octopus sont cultes. La réalisation passe encore un cran au dessus avec des plans aériens de fou furieux. Techniquement et stylistiquement, Sam Raimi est à son paroxysme. CEPENDANT, la perfection que le métrage aurait pu être est entachée par la pire sous intrigue amoureuse des films de super-héros et elle occupe 40% du film. Les scénaristes de Smallville, à l’écriture sur ce volet, démontrent toute leur incompétence à créer une romance touchante. Ils versent dans le soap opera du “je t’aime, moi non plus” et échoue à penser un personnage féminin fort. Mary Jane n’est qu’une potiche insupportable, superficielle et toxique qui gâche le récit à elle seule. Heureusement que le reste est parfait.
Note : 7,5/10
Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022)
Alors qu’au final beaucoup trouve cette suite à Doctor Strange en deçà d’autres Marvel, on le considère toujours (notre critique ici) parmi les meilleurs justement grâce à ce que Raimi y insuffle. La réalisation s’avère plus ambitieuse que la plupart des Marvel, avec des touches horrifiques bienvenue au sein d’une saga un peu trop proprette. Il fait preuve d’une véritable inventivité, avec son Strange zombifié, la bataille de notes de musique magique ou le massacre des illuminatis par Wanda, véritable doigts d’honneur à la tendance des caméos surprises. Qui plus, la sorcière rouge s’avère être la véritable star du film, volant la vedette de son personnage principal. On dénotera tout de même au tableau les petites scories obligées du MCU avec des dialogues explicatifs un peu poussifs, scènes qui sentent les reshoot sans Raimi, et un petit ventre mou central dû à une circonvolution narrative. N’en reste pas moins un super marvel !
Note : 8/10
Mort ou Vif (1995)
Réinventer un genre qui a 100 ans n’est pas mince à faire et pourtant c’est ce que fait Sam Raimi avec ce western. Alors que l’histoire de vengeance et de concours de tir est des plus classiques, le réalisateur met toutes ses influences transmedia (Mort ou vif transpire le comic book par tous ses pores) pour complètement repenser l’imagerie du western. Chaque scènes de duel, bien nombreuses, évitent toute répétition au travers d’expérimentation formelle (on se souvient du duel entièrement filmé en travelling compensé) des plus folles. Une générosité encore une fois représentative du metteur en scène, complètement à contre-courant de la mode néo-classique de ces western post-modernes. Foncez le voir !
Note : 8.5/10
Send Help (2026)
Dernier rejeton sortie cette semaine en salle, Send Help s’avère être une véritable claque. Produit par 20th Century Studio (filiale de Disney), on soupçonne que Raimi a accepté de réaliser Doctor Strange 2 en échange de la possibilité de réaliser ce film avec une liberté totale. Car c’est le cas ici : Sam est en pleine possession de ses moyens, où littéralement chaque effet recherché (rire, dégoût, stupeur, ironie) sont réussis. Sa réalisation est un sans faute totale au milieu d’un film foutrement jouissif et méchant, au scénario des plus surprenants grâce au jusqu’au boutisme de ses personnages, sa profonde ambivalence et sa critique acerbe du capitalisme (mais aussi du survivalisme). Une véritable pépite que l’on n’avait pas forcément vu venir étant donné son pitch assez convenu. Et pourtant, tout est original et transpire le sale gosse. Très certainement un des meilleurs films de cette année 2026.
Note : 9/10
Spider-Man (2002)
Un chef d’œuvre indémodable qui aura redéfinit le cinéma moderne. Sam Raimi est au sommet de son art maitrisé la fluidité narrative, les exercices de style, l’action et instaure à lui tout seul le principe d’origin story. Chaque scène est iconique et redéfinit le genre. Le – 0,5 tient à l’écriture du personnage de Mary Jane, qui est extrêmement compliqué malgré son époque. Pour plus de détail, on vous renvoie à notre critique.
