Critique spectacle – La course des géants : un spectacle de haut vol

La course des géants nous plonge dans la grande histoire de la conquête spatiale, et dans celle d’un jeune rebelle américain au destin inespéré.

Inspirée de faits réels et missions Apollo, La course des géants est la nouvelle création de Melody Mourey dont le précédent spectacle, Les crapauds fous, a été nominé dans trois catégories aux Molières 2019 (spectacle, autrice et mise en scène). Chronique d’un nouveau succès assuré.

Nous sommes en 1960, à Chicago. Depuis tout petit, Jack est passionné d’astronomie et n’a qu’un rêve : aller explorer l’espace ; voler encore plus haut et plus loin qu’il ne l’a fait en pilotant son premier avion à l’âge de 12 ans. Un rêve devenu poussiéreux jusqu’à ce qu’un professeur en psychologie rencontré dans la pizzeria dans laquelle il travaille décèle ses facultés hors-normes et lui propose de le préparer au concours de la Air Force. Sa vie se trouve alors chamboulée. Et ce n’est que le début…

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© Alejandro Guerrero

Une fresque historique et humaine

Des faits historiques, du suspense, de l’aventure, de l’amour, de l’humour, de la poésie… La recette est parfaite ! Et on peut dire sans trop prendre de risque que Mélody Mourey est bluffante de talent. Difficile d’ailleurs de dire ce qui nous a le plus enthousiasmé dans ce spectacle tant tout y est remarquable. Le texte, déjà, est percutant, plein de subtilité et parsemé de touches d’humour qui contribuent au dynamisme de la pièce.

« Tout le monde dit que c’est éprouvant d’aller sur la Lune. Mais essayez de rester sur Terre quand ceux que vous aimez n’y sont plus. »

Car cette histoire qui nous balade entre fiction et faits historique est celle de la conquête spatiale, mais aussi celle d’un homme – héros malgré lui – qui réapprend à croire en lui pour retrouver le chemin de ses rêves. Et puis, c’est également celle d’un couple qui tente de se faire sa place – et surtout de la garder – au milieu des doutes et des étoiles, là où les priorités doivent parfois être redéfinies si l’on ne veut pas tout perdre…

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© Alejandro Guerrero

Des quartiers de Chicago à la NASA

On rit beaucoup, on est ému, intrigué, on s’instruit aussi. Et l’on s’attache à ces personnages complexes qui font face à leurs contradictions et à leurs angoisses. Il y a d’abord ce Jack Manicini qui parvient, malgré la drogue, une mère dépressive, des nuits en garde à vue, ou encore les espions russes qui lui tournent autour, à se frayer un chemin depuis la pizzeria dans laquelle il travaille jusqu’à la Lune. Un destin extraordinaire pour un homme ordinaire et pétri de doutes, interprété par un Jordi Le Bolloc’h convaincant.

Ses 5 comparses de scène incarnent quant à eux – et avec tout autant de justesse – pas moins d’une trentaine de personnages ! Ils passent de l’un à l’autre avec une fluidité déconcertante et parviennent tous à nous toucher à leur manière. Avec une mention spéciale pour l’excellent Nicolas Lumbreras qui apporte une fraîcheur toute particulière à chacun des rôles qu’il incarne et dont on se met rapidement à guetter les interventions ! En effet, qu’il soit pizzaiolo, policier, ou encore prêtre, il nous émeut autant qu’il nous fait rire.

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© Alejandro Guerrero

Une mise en scène épatante

Et voilà sans doute le plus gros point fort de ce spectacle. Quoi que parler de mise en scène serait presque réducteur pour décrire de ce qui ressemble plutôt à une formidable chorégraphie où aucun geste, aucun mouvement n’est laissé au hasard. Car les scènes se chevauchent, se croisent, se succèdent avec une fluidité et une harmonie éblouissantes, sans temps mort ni maladresse. Quelle cadence et quelle ingéniosité !

Ainsi, on voyage dans le temps, dans l’espace – dans tous les sens du terme d’ailleurs – sans jamais se perdre tant l’ensemble est habilement construit. On plonge dans les décors rendus plus vrais que nature par des projections visuelles particulièrement immersives et par un travail sur le son et la lumière qui nous propulse en orbite. On en prend plein les yeux pendant 1h40 que l’on ne voit pas passer. Et quand, après une longue standing ovation, vient le moment de revenir à la réalité, c’est une salle de cinéma que nous avons l’impression de quitter. Du grand et beau théâtre.

La course des géants, de Mélody Mourey, avec Eric Chantelauze, Jordi Le Bolloc’h, Nicolas Lumbreras, Anne-Sophie Picard, Valentine Revel-Mouroz & Alexandre Texier se joue du mardi au vendredi à 21h et les dimanches à 15h au Théâtre des Béliers Parisiens.

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