Disney continue sa fournée de remakes en live-action, en s’attaqua cette fois à un Classique d’animation fondateur pour la compagnie : Pinocchio ! Désormais, c’est via une sortie directement sur Disney+ que cette itération nous arrive, mise en boîte par l’inénarrable Robert Zemeckis (Retour vers le Futur, Forrest Gump, Le Pôle Express). Verdict ?
Cela fait près d’une dizaine d’années maintenant que les Classiques Disney se voient ressuscités sous forme de réadaptations « en prises de vues réelles ». Des tentatives qui ont malheureusement été pour le plus grand nombre des décalques prisonniers de l’œuvre originelle. Et même lorsque le parti-pris initial semblait pointer vers une direction inédite (Le Roi Lion, Mulan, Maléfique), le résultat peinait à convaincre. Certaines ont réussi à tirer leur épingle du jeu, comme Peter & Elliott le Dragon, ou bien le Livre de la Jungle, mais on attend encore le remake qui fera loi.
Pinocchio, une histoire vieille comme le monde
Avant Hercule, la Petite Sirène ou bien Peter Pan, c’est au tour de Pinocchio d’avoir droit au coup de polish live. Et c’est ni plus ni moins que Robert Zemeckis (Retour vers le Futur, Forrest Gump, Le Pôle Express) à la barre, après que Paul King (Paddington) ait lâché l’affaire. Avec un tel nom on était en droit d’attendre un film réussi, finalement c’est tout l’inverse qui se produit nos yeux éberlués.

L’histoire de Pinocchio est désormais connue de tous : nous sommes dans un village d’Italie au XIXe siècle, et faisons la rencontre de Gepetto. Ce menuisier va un jour fabriquer un pantin de bois, qui va littéralement prendre vie grâce à la Fée Bleue. Désireux d’être un vrai petit garçon, Pinocchio va faire face à plusieurs obstacles pour tester sa bonté ou son honnêteté, tandis que Gepetto va désespérément tenter de le retrouver pour lui éviter malheur.
Un récit pour enfant parfaitement cristallisé dans le sublime film d’animation de 1940, désormais référence absolue, ou encore dernièrement dans la relecture franco-italienne par Matteo Garrone. Avec cette version 2022, le constat est là dès les toutes premières minutes : le métrage ne déviera pour ainsi dire jamais du plan de travail du Classique Disney. Cela va jusque dans la récitation de répliques, au look général du film. L’occasion d’aborder le premier vrai souci : la fabrication globale !

Avoir un réalisateur de la trempe de Zemeckis aurait pu rassurer. En effet, le bougre a passé ses 30 dernières années à expérimenter avec les effets visuels. Que ce soit via Roger Rabbit ou bien ses films précurseurs usant de la performance capture (le Pôle Express, Beowulf, Le Drôle de Noël de Scrooge), Bob Zemeckis s’est toujours affirmé comme un artisan de talent, même sur des films moins réussis tel que son Sacrées Sorcières.
Vrai faux pantin factice
Et lors de rares instants, la caméra mobile jonglant entre les points de vue et les échelles fait mouche, notamment en ce qui concerne l’intégration de Jiminy Cricket. Malheureusement, cela reste bien trop peu, tandis que la grande majorité du film bénéficie de CGI soufflant le bon et le criard. Que ce soient les animaux (Figaro, Cléo, le Renard), le passage emblématique dans la gueule de Monstro (transformé en vulgaire baleine à tentacules) ou bien les divers fonts verts bien voyants, on tient un blockbuster à 150 millions de dollars qui n’est techniquement pas satisfaisant.
La mise en scène statique n’offre aucun réel point de vue, et pire, peine à donner de l’incarnation au personnage principal. La faute à une direction artistique censée être tangible, mais qui reprend littéralement le design de l’original sans réellement se poser la question de leur pertinence (comme par exemple le Renard anthropomorphique Grand Coquin néanmoins doublé par un Keegan Michael-Key convaincant).

Seul ajout intéressant : Fabiana qui use de sa marionnette Sabina comme intermédiaire de communication avec Pinocchio. Une chouette idée, pertinente qui plus est, mais qui reste une parenthèse dans l’absence globale de créativité. Même l’adjonction d’un deuil pour Gepetto (renforçant sur le papier sa relation avec son pantin) reste cruellement sous-exploitée, comme Tom Hanks, se contentant de cabotiner avec un accent et de laisser parler son capital sympathie.
Où est le nez qui s’allonge ?
Au final, on retiendra peut-être le passage sur l’Île Enchantée, laissant place à une (courte) générosité visuelle alors que ce paradis pour enfant se change en enfer. Mais là encore, difficile d’y voir un concept réellement exploité, tout en se demandant très clairement où est l’empreinte du grand Zemeckis là-dedans. Peut-être est-elle dans un des tous derniers plans (le plus réussi du métrage), où l’on observe un zoom sur une larme versée par Pinocchio.
Toute la profession de fois du projet se retrouve dans ce passage réussi : dommage que le reste ne suive pas. En conclusion, cette itération de Pinocchio donne tout simplement envie de revoir l’original de toute urgence, mais également de lancer un appel à l’aide vis-à-vis de son réalisateur que l’on espère non-porté disparu. On attendra donc la version de Guillermo Del Toro, ou on reverra avec délectation celle imaginée par Kubrick et Spielberg deux décennies plus tôt !
Pinocchio est disponible sur Disney+ depuis le 8 septembre 2022
avis
Ce Pinocchio fait office d'un des pires remakes-live de Disney. La faute à une fabrication en dents-de-scie et un réel manque d'âme. Un comble pour un récit allant chercher l'humanité chez un être factice. Le pire dans tout cela reste sans aucun doute le fait que Robert Zemeckis n'est plus, et qu'on espère une résurrection.