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Accueil - Critique On n’est pas là pour disparaître : Alzheimer sous toutes ses coutures
Critique On n'est pas là pour disparaître
© Christophe Raynaud de Lage
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Critique On n’est pas là pour disparaître : Alzheimer sous toutes ses coutures

Mélina Hoffmann Mélina Hoffmann4 février 2023Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:10 février 2026
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On n’est pas là pour disparaître raconte l’histoire d’un homme peu à peu dépossédé de lui-même par la maladie d’Alzheimer.

On n’est pas là pour disparaître est un spectacle surprenant, autant dans sa forme que dans son intention, adapté du roman d’Olivia Rosenthal.

Le 6 juillet 2004, Monsieur T. a poignardé sa femme de cinq coups de couteau. À travers son histoire, cette pièce nous raconte la perte progressive de la compréhension du monde qui touche les malades d’Alzheimer. Une thématique que l’on retrouve également, abordée différemment, dans la merveilleuse pièce Oublie-moi, adaptée, mise en scène et jouée par Marie-Julie Baup et Thierry Lopez et actuellement à l’affiche du Théâtre de la Porte Saint-Martin à Paris. Il faut du talent pour s’emparer de sujets si délicats avec justesse. Et ça tombe bien…

Une vie sans histoire

Monsieur T. attend sans plus savoir ce qu’il attend, regarde sans plus regarder, traversé par la vie, habité par une tristesse qui ne le quitte plus, qui s’impose sans qu’il n’en comprenne la raison. Monsieur T. est devenu un homme sans souvenirs, sans histoire. Enfin, si, des souvenirs, il lui en reste quelques-uns, des bribes. Comme ce rêve de partir vivre aux États-Unis, dans les arbres.

Critique On n'est pas là pour disparaître_3
© Christophe Raynaud de Lage

Alors, dans tous ces trous creusés par sa mémoire, c’est son imagination qui se faufile, c’est une vie qui s’invente, qui s’improvise tant bien que mal. Si bien que, finalement, ce n’est plus lui qui souffre le plus de cette maladie dont il n’a même plus conscience. C’est pour sa femme que l’existence est devenue une lutte permanente depuis que cet homme, après 20 ans de vie commune, a commencé à la confondre avec une autre…

Une jolie prouesse artistique

Yuming Hey est époustouflant de talent. Mais ce n’est pas une surprise à vrai dire. Car nous avions déjà eu un coup de cœur pour ce comédien brillant à la présence magnétique lors du Festival OFF d’Avignon 2019 dans la superbe pièce Un garçon d’Italie. Pièce également adaptée et mise en scène par Mathieu Touzé d’ailleurs.

C’est seul que Yuming Hey occupe ici la scène. Et c’est seul, donc, qu’il donne voix aux différents personnages qui se partagent un récit dont la structure apparaît parfois aussi décousue que l’est le fil des pensées quand « la maladie de A. » gagne du terrain. Ainsi, il est à tour de rôle Monsieur T., sa femme, les médecins, et l’autrice elle-même. Un entremêlement de voix qui nous offre à voir la maladie sous différents angles, à la toucher du doigt.

Critique On n'est pas là pour disparaître_1

Le comédien a l’art d’habiter littéralement chacun des personnages qu’il incarne, jusque dans la voix, le regard, la posture, la gestuelle. Si bien que l’on ne perd jamais le fil malgré le rythme parfois soutenu auquel il passe de l’un à l’autre. L’exercice n’est pas simple pourtant, car les déplacements et les mouvements sont limités, comme le deviennent les mots, les souvenirs, les émotions. Un choix de mise en scène habile qui vient traduire la manière dont la maladie finit par restreindre l’espace vital.

Entre jeu et documentaire

Durant dix premières minutes un peu longues, des mots s’écrivent sur un écran pour raconter l’histoire, son contexte. Puis, le jeu démarre enfin sur un plateau entièrement nu et dans une atmosphère presque médicale. De temps à autre, la voix off de Marina Hands nous questionne, fait résonner des propos parfois incohérents, nous invite à faire des expériences pour mieux nous emparer du sujet dont il est question. Et quand elle nous rappelle que « nous sommes menacés par les maladies », des rires protecteurs retentissent dans le public. L’angoisse n’est pas loin…

Critique On n'est pas là pour disparaître_2

Cette forme très didactique, de même que la sobriété de la mise en scène de Mathieu Touzé, font que l’on a du mal à être touché par ce monsieur T dont la vie s’effrite à mesure que sa mémoire prend peu à peu le large, que l’habituel et le connu lui échappent. L’ensemble de la pièce nous tient d’ailleurs à distance sur le plan émotionnel. Car la priorité d’On n’est pas là pour disparaître semble être de nous sensibiliser, de nous rendre plus vigilants et attentifs, sans nous enfermer dans le récit d’une histoire individuelle.

Quelques moments d’émotion, tout de même, parviennent à se faufiler, soutenus par la création musicale très à propos de Rebecca Meyer. Comme cet appel à l’aide déchirant de monsieur T, devenu prisonnier de lui-même. Où ces instants durant lesquels la lumière se réchauffe pour accompagner la parole de sa femme qui s’accroche à tout ce qu’elle peut pour se rassurer, tenter de sauver encore ce qui ne peut déjà plus l’être, quitte à se raconter des histoires. Elle qui, malgré le découragement et la lassitude, résiste pour ne pas se laisser effacer complètement par celui qui a cessé de l’aimer… Pour ne pas disparaître une fois pour toutes.

On n’est pas là pour disparaître, d’après le roman de Olivia Rosenthal, mise en scène et adaptation de Mathieu Touzé, avec Yuming Hey, se joue jusqu’au 18 février 2023 au Théâtre 14.

Critique On n'est pas là pour disparaître_4

Avis

8 Une pièce forte qui sensibilise

Si l'on peut être un peu dérouté par la forme et l'atmosphère de cette pièce, on ne peut en revanche qu'être impressionné par l'interprétation de Yuming Hey. Il donne vie à ce texte fort qui nous confronte à une thématique universelle, celle de la perte d'identité qui peut tôt ou tard frapper chacun(e) de nous, et son onde de choc.

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