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Critique Marty Supreme : le chaos des grandeurs
© A24 © Metropolitan Films
Cinéma

Critique Marty Supreme : le chaos des grandeurs

Charley Charley13 février 2026Un commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:16 février 2026
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Marty Supreme est le nouveau film de Josh Safdie en solo, après sa fructueuse collaboration avec son frère (Good Time, Uncut Gems). Portée via une immense performance d’acteur par Timothée Chalamet (Call Me By Your Name, Dune), ce faux-biopic sportif est un pur concentré de cinéma ainsi qu’un classique instantané.

Marty Supreme pourrait tout avoir de l’énième biopic sportif, centré sur une obscure figure du tennis de table issue des 50’s. Mais derrière ce caractère apparent se cache en réalité une toute autre proposition, écrite et réalisée par Josh Safdie ! Initialement attaché à son frère Benny (Smashing Machine), le duo nous a abreuvé ces dernières années de vrais uppercuts filmiques à fleur de peau, que ce soit Good Time ou bien le volcanique Uncut Gems.

La scission entre les frangins n’impacte pas Josh Safdie ceci dit, le bonhomme conservant l’équipe technique pour ce Marty Supreme en gestation avec Timothée Chalamet (Call Me by Your Name, Wonka, Dune) depuis près de sept ans ! Et si le réalisateur fut vaguement intéressé à l’idée de s’intéresser à la vie de Marty Reisman (un pongiste new-yorkais au look fluet et véritable showman), il s’en détache pour créer un récit purement original.

Critique Marty Supreme : un revers pour atteindre la grandeur
© A24
© Metropolitan Films

Marty Supreme se déroule donc à New York au début des années 50, alors qu’un vendeur de chaussures nommé Marty Mauser (Timothée Chalamet) aspire à une vie meilleure. Pongiste hors-pair, il n’a qu’un seul but en tête : devenir le numéro 1 mondial de ce sport émergent qu’est le ping-pong ! Tiraillé entre une vie aux côtés de Rachel (une vendeuse mariée avec qui il a une liaison) et sa soif de célébrité, Marty va être coincé dans une dangereuse spirale dont l’issue déterminera réellement sa destinée.

Sport-noir

De son premier à son ultime photogramme, Marty Supreme nous immerge dans ce New York d’époque impeccablement recréé (70 millions de dollars de budget, soit le plus imposant de l’histoire du studio A24), magnifiquement capturé par la photographie 35mm du légendaire Darius Khondji (Seven, Eddington, Delicatessen). Une fabrication sans faille, au service d’un récit jonglant avec les codes du film sportif, du drame émancipatoire et du film noir !

Et au centre de ce précipité de pur cinéma, le film se veut avant tout une pure étude de personnage. Un protagoniste en zone de gris constante, dont l’ambivalence et l’ambiguïté morale se veulent encore plus jusqu’au-boutistes que dans Uncut Gems. Des éléments structurels ont beau être présents et recyclés chez les Safdie (en particulier le motif d’une fuite constante en avant vers la destruction), Marty Supreme capte avec une maîtrise rare un chaos que l’on tente de dompter.

Critique Marty Supreme : un revers pour atteindre la grandeur
© A24
© Metropolitan Films

Marty Mauser est en effet un personnage détestable à plus d’un titre : mégalomaniaque, égocentrique et arrogant. Pourtant, Marty Supreme lui offre en contre-balancier des caractéristiques le rendant également attachant : une pugnacité sans bornes, un art de la rhétorique, une roublardise crasse confinant à l’intelligence, un talent hors-normes et surtout une aspiration à une vie meilleure !

La performance d’une vie

C’est sur ce dernier point que la dramaturgie de Marty Supreme trouve sa sève paradoxale, et touche la substantifique moelle de ce personnage empli de contradictions. Timothée Chalamet a beau ne pas être avare en performances dignes de ce nom (rien qu’Un Parfait inconnu prouvait son implication totale), mais Marty Supreme s’impose comme son meilleur rôle, en plus d’une des plus grandes démonstrations d’acting de cette dernière décennie (jusqu’à son look de taupe permis par des lentilles de contact) !

L’acteur laisse son charisme imprégner chaque plan du métrage, alors que son charisme et sa vivacité de jeu font accepter les diverses ignominies de Marty sans qu’on lui tourne le dos. Ce sera d’autant plus flagrant lors d’hilarantes séquences où au détour d’un dialogue le personnage sortira qu’il va asséner un « 2e Hiroshima-Nagasaki » face à son rival japonais.

Critique Marty Supreme : un revers pour atteindre la grandeur
© A24
© Metropolitan Films

L’aspect frondeur de cet anti-héros est donc la force motrice du métrage, mais Josh Safdie court-circuite les attentes passées un premier acte déjà admirable. Marty est sans le sou, endetté, et coincé entre deux femmes (Odessa A’Zion et Gwyneth Paltrow en ancienne gloire du cinéma butant sur son retour sur scène sont excellentes) synonymes de deux chemins de vie différents.

Le chaos de la réussite

Et tout comme dans les autres œuvres de sa filmographie, Josh Safdie affiche un ludisme de chaque instant, en particulier pour dépeindre une spirale infernale où karma et circuit de la récompense ne s’emboîtent pas toujours comme il le faut. On notera l’ajout de Tyler the Creator pour son premier vrai rôle en acolyte de Marty pour fomenter des larcins (excellent passage central digne d’un Scorsese), le savoureux -et terrifiant) escroc joué par Abel Ferrara, ou même Kevin O’Leary en redoutable homme d’affaires digne d’un Midas.

Critique Marty Supreme : un revers pour atteindre la grandeur
© A24
© Metropolitan Films

Et si le scénario est une immense réussite, la mise en scène de Josh Safdie n’est pas en reste dans ce Marty Supreme capable d’aligner sensualité extrême, comique de situation, âpreté pure, simili-images d’archive et séquences sportives incroyables de dynamisme et de lisibilité (Chalamet a fait 80% des actions présentes). Dopées par la musique 80’s de Daniel Lopatin (incroyable score), le tout vire à l’orgasme de tension lors du final (un modèle du genre en apnée quasi intégrale) achevant la chrysalide du personnage jusqu’à un épilogue doux-amer lourd de sens.

Car en filigrane de son faux-biopic sportif, Josh Safdie signe avec Marty Supreme une dissection jusqu’au-boutiste de la « Jewish-American Way of Life ». Audacieux, truculent, enivrant et brillant à chaque niveau, on tient là non seulement l’aboutissement total du talent de Timothée Chalamet, ainsi que la consécration stylistique d’un véritable auteur de cinéma. Un classique instantané en somme !

Marty Supreme sortira au cinéma le 18 février 2025

avis

9 Timmy Supreme

Marty Supreme s'impose comme un classique instantané, véritable orfèvrerie de pur cinéma semblant hérité du Nouvel Hollywood tout en ayant un regard neuf sur son étude de personnage. Timothée Chalamet livre de manière méta une des meilleures performances d'acteur récentes en protagoniste prêt à tout pour gravir l’Everest de l'American Dream. Une folie des grandeurs contrariée, dont l'écriture, le casting, la reconstitution, d'époque, la bande-originale et la mise en scène de Josh Safdie font de ce film noir sportif une petite claque !

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Un commentaire

  1. Phl Bec sur 15 février 2026 0 h 19 min

    Encore une énième histoire à l’américaine menée tambour battant qui aurait certainement acquis mes faveurs si la musique avait collé à l’époque. Peter Gabriel et les autres dont j’étais fan dans les années quatre-vingt ont du être surpris d’être projetés dans les fifty’s.

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