Enfant de la campagne, Swann Dupont se met à nu dans Fille de pute. L’autrice effleure dans son autobiographie des thèmes comme la lutte des classes, l’avortement ou la prostitution, et jouit de sa propre introspection. On l’avoue, ce roman peut choquer.
Fille de pute est le premier roman de la réalisatrice et auteure de bandes dessinées Swann Dupont. Après avoir dépassé la surprise d’un titre aussi provocateur, la provocatrice nous emmène dans un roman plus cathartique que jamais. Au sein de cette autobiographie, nous sommes plongés au plus près de la campagnarde, de son enfance mouvementée jusqu’à la vie d’adulte, entre expériences sexuelles et ruralité. Dupont revient sur de moments de sa vie, et l’écriture semble être un moyen de se libérer.
Le titre, si bien pensé que notre regard est obligé de s’arrêter dessus, n’est pas qu’une tentative de vente. Le roman nous présente un personnage si mystérieux : la belle-mère. Après avoir divorcé, le père de l’autrice se remarie avec une autre femme, dont le village fait courir la rumeur qu’elle est prostituée. Une confrontation avec une telle figure sexuée, à un jeune âge, qui va l’influencer dans son rapport au corps et à elle-même.
Une écriture franc du collier
Mettons les pieds dans le plat : il est clair que les plus pudiques et réservés d’entre nous n’apprécieront sûrement pas Fille de pute. L’autrice évoque sans tabou sa sexualité, de sa première masturbation jusqu’à sa propre expérience avec la prostitution. Un récit dans les détails, où l’on est vite désemparé par toutes ses anecdotes féroces. L’œuvre nous bouscule dans notre propre condition de lecteur, face à une transparence peu commune. C’est sûr, certains ne seront pas à l’aise avec cette écriture crue et trop détaillée.
« Avec lui, la sonnerie qui, chaque soir, annonçait la fin des cours signifiait aussi
(surtout) l’exploration immédiate de ma sexualité désormais partagée. »
Néanmoins, après avoir dépassé nos idées reçues, on comprend que l’œuvre cherche surtout à décomplexer et à dépeindre la sexualité comme une étape importante de la vie, une manière de s’affirmer et de se connaître. Pour un premier roman, Swann Dupont réussit de nombreux tours de passe-passe et à trouver son propre style, qui, on l’a compris, s’est forgé pendant de longues années. L’auteure joue avec les mots, un léger style sur la forme, mais qui ne prend pas le pas sur le fond : le roman est avant tout un journal intime libérateur.
Un roman de luttes
La provinciale le dit elle-même, ce livre, c’est un livre de colères. Que l’autrice rédige quand elle se retrouve seule, abandonnée et obligée d’avorter. Elle commence alors à écrire ce roman, en revenant sur des étapes clés de sa vie, et sur des thèmes omniprésents dans ses créations comme la sexualité, l’érotisme et la femme. Fille d’un anarchiste et d’une mère cantinière, la lutte sociale mais aussi féministe est ancrée en elle. Swann Dupont ne se laisse pas marcher sur les pieds, et c’est souvent par la sexualité qu’elle l’a prouvé.
« Je voudrais que ma fille elle aussi fasse la guerre, qu’elle n’en ait pas peur.
Qu’elle sache que vivre, c’est lutter »
Nous avançons avec elle dans le temps, en nous faisant voir avec ses yeux d’enfant puis de jeune femme. Son écriture réussit mais subit tout de même plusieurs faiblesses. Si ses meilleurs chapitres sont ceux dédiés à un événement ou à une personne unique, comme celui sur son aïeule Simone ou son ancienne meilleure amie Tiffany, l’attention se perd parfois dans certains chapitres qui ne semblent être qu’une énumération d’expériences et de compagnons sexuels. C’est dommage car le livre ne manque pas de matière, et se révèle très pertinent à bien des moments.
Fille de pute, sois fière
Femme engagée, petite fille révoltée, Swann Dupont s’est battue et son parcours mérite la lecture. Comme un secret de famille qu’on ne souhaite pas résoudre, la profession de sa belle-mère reste un mystère. L’a-t-elle vraiment été ? On ne sait pas. Celle qui n’est pas nommée, Elle, ne reste accrochée qu’au second plan, car elle n’est pas l’objet de cette œuvre. Elle reste un personnage pas nommé, une figure, qui a inspiré notre autrice à être qui elle est. Une remise en question importante sur le regard portée sur la femme, qui parfois, quand elle ose s’assumer ou parler ouvertement de sexualité, est souvent insultée de “pute”.
« Ces femmes pas assez rusées pour user intelligemment le sexe »
Une figure aussi sexuée à un si jeune âge, en opposition totale avec sa mère ou les figures féminines de son patelin, lui a permis de s’interroger sur son rapport au corps, et de pouvoir évoluer autrement. Fille de pute permet un regard différent sur la prostitution mais aussi sur le sexe. Le roman est avant tout un défouloir pour l’autrice qui en avait bien besoin et dresse un livre engagé, pour sa fille, mais aussi pour toutes les filles de putes. La sexualité n’est plus un tabou, mais elle est, et a été pour l’autrice, un moyen d’expression, de liberté et d’identité.
Fille de pute, de Swann Dupont, est paru le 8 janvier 2026 chez les Éditions Istya & Cie.

AVIS
Dans un roman à l'écriture crue et parfois très (trop ?) intime, l'autrice passe par la sexualité, par ses expériences personnelles, et par la prostitution, pour délivrer un roman de colères. Pour se sentir écouter et s'affirmer en tant que femme libre et émancipée, grâce à al sexualité.
