The Drama est le nouveau film de Kristoffer Borgli (Sick of Myself, Dream Scenario). Porté par Zendaya et Robert Pattinson en couple amoureux préparant leur mariage, le film prend un virage drastique vers la tragi-comédie alors qu’un terrible secret du passé vient contaminer le parfum romantique initial. En résulte une réflexion acide sur la notion de couple, bien que non jusqu’au-boutiste : analyse du scénario sous Spoilers !
The Drama débute comme toute comédie romantique new-yorkaise. Le seau A24 affiche ainsi un soin photographique concernant tout l’aspect visuel à la patine photochimique, tandis que Charlie (Robert Pattinson) rencontre Emma (Zendaya) dans un coffee shop. De fil en aiguille, le montage parallèle qui se déploie nous fait comprendre que les deux personnages sont en couple depuis plus de 2 ans, et sont à quelques jours de leur mariage !
Les jolis souvenirs se télescopent, jusqu’au jour où le couple dîne avec un autre couple d’amis (les toujours bons Alana Haim et Mamadou Athie). L’alcool et l’ambiance s’y prêtant, ils dévoilent chacun à leur tour « la pire crasse » qu’ils aient pu faire dans leur vie. Et alors que les révélations plus ou moins cocasses vont crescendo, c’est bien Emma qui tire son épingle du jeu : 15 ans plus tôt, elle a planifié une fusillade de masse dans son collège avant de se raviser au dernier moment !
Twist de tragédie romantique
Aucun crime de commis, mais cette simple révélation parvient à révulser les personnes présentes, et a profondément traumatiser Charlie. The Drama passera ainsi le plus clair du temps restant à osciller efficacement entre le drame, la gêne et le pince-sans-rire ! Un numéro d’équilibrisme réellement tenu, que l’on doit à la fois à l’écriture des diverses interactions entre les personnages (cette séquence de « shooting » photo qui se transforme en torture psychologique, Charlie qui imagine sa compagne poser dans un magazine de mode avec des armes ou feu..), et dans l’interprétation sans faille de son casting de talent.

Une mention toute particulière pour Robert Pattinson, véritable point de vue central du récit et source des contradictions évoquées dans un scénario explorant avant tout des questionnements existentiels plus universels. Amour ou raison ? Jusqu’où accepte-t-on le linge sale de l’autre ? Tout ceci passe par le coping interne du personnage de Charlie, se voilant initialement la face sur les confessions d’Emma, avant que l’intériorisation de ses sentiments et de ses questionnements ne viennent contaminer sa promiscuité amoureuse avec.
Pamphlet sur les violences par armes à feu
Et si The Drama se révèle à la fois singulier et vénéneux, c’est aussi de par la nature des confessions du personnage de Zendaya. En effet, les USA ont un passif et un traumatisme encore bien présent vis-à-vis des tueries de masse (le spectre d’Elephant ou Columbine plane toujours) et des violences liées aux armes à feu. Le film switche ainsi par instants via des flash-backs recontextualisant l’état d’esprit d’Emma 15 ans plus tôt, tentant d’expliciter les origines du mal (harcèlement, body shaming, détresse psychologique..) avant de montrer un chemin rédempteur et militantiste.
Une démarche louable (et là encore cohérente), mais qui amenuise peut-être la portée de The Drama. Kristoffer Borgli passe ainsi le plus clair de son temps à s’intéresser au vécu de Charlie (qui ira jusqu’à la tromperie passagère en guise de fuite émotionnelle), progressivement anxiogène au même titre que la bande-son sous cordes signée Daniel Pemberton (Projet Dernière Chance, Spider-Man Across the Spider-Verse).

Le problème tient cependant dans la gestion du personnage de Zendaya : l’actrice s’en sort comme une grande, mais demeure finalement bien peu proactive dans cette crise de couple. « Qu’est-ce qu’il y a Charlie ? », « Est-ce que tout va bien ? » seront ainsi apostrophées comme si seul Robert Pattinson voyait l’éléphant dans la pièce ! Hors, The Drama ne joue jamais réellement sur l’ambiguïté morale d’Emma, tandis que les évènements et le récit n’affichent aucun doute sur la santé mentale adulte du personnage. La femme devient donc un enjeu, plus qu’un véritable protagoniste !
Rire jaune et romance noire
The Drama se conclue par un vrai morceau de comédie grinçante lors de la cérémonie de mariage, dont la mécanique d’auto-destruction propose un torpillage à la fois jubilatoire et dévastateur pour l’ensemble des personnages. Les secrets sont ainsi révélés, et tout porte à croire que The Drama déploie sa trajectoire de crash relationnel sur la base d’une sombre part du passé. Et alors qu’on pourrait croire que la nécessité du non-dit et de la thérapie sont des conditions sine qua non à un bon mariage, voilà que l’épilogue vient gâcher tout cela.

Kristoffer Borgli montre un Robert Pattinson ensanglanté et finalement rabaissé plus bas que terre après le fiasco du climax. Se commandant un burger dans un fast food, le voilà rejoint par une Zendaya encore une fois prête à une remise à zéro dans son couple. Un reset qui semble être une solution passe-partout à n’importe quelle problématique, prétextant que le jeu de rôle sous forme de vaudeville suffit à traiter tous les maux, même les plus vils. Un petit aveu d’échec en somme, mais qui n’annule pas tout ce qu’accomplit The Drama : une sympathique pioche réussissant son numéro d’équilibriste avec un duo au diapason, une fabrication soignée et sa substantifique moelle tour-à-tour douce et acide.
