Présenté l’an dernier, Relooted vient de sortir sur PC et Xbox. Un jeu vidéo sud-africain prenant la forme d’un puzzle game et d’un escape game, qui va avant tout faire parler de par son univers et surtout sa dimension politique. En effet, le but est de contrôler des voleurs organisant des braquages pour récupérer des artefacts africains !
Après avoir été invité pour une rencontre avec les développeurs de Relooted dans le but de tester ce nouveau jeu, il paraissait cohérent de rédiger un focus sur cette sympathique pioche au postulat original. Le studio Nyamakop (basé en Afrique du Sud et responsable du premier jeu vidéo africain sorti sur console Nintendo aka Semblance) lève en effet le voile sur une réalité historique concernant l’art africain.
Racines d’artefacts
En effet, on estime aujourd’hui que 80% des artefacts et pièces d’arts issus d’Afrique sont dans des Musées occidentaux… voire même dans des entrepôts sans être montrés au public. Alors que Ben Myres (gem director) était présent pour parler du projet, Nyamakop prend pour exemple le tambour Ngadji : véritable trésor culturel inestimable pour le Kenya, il est encore aujourd’hui dans un coin poussiéreux du British Museum, malgré une décennie de négociations pour le restituer.

Car au fond, où doivent siéger toutes dizaines de milliers d’œuvres, souvent 200-300-400 ans après divers pillages du continent africain par la colonisation occidentale ? Relooted n’entend pas donner de réponse franche, mais ouvrir un débat pour le diffuser au plus grand nombre dans un jeu de braquage non-violent. Un canevas vidéoludique classique (en opposition à des franchises comme Uncharted ou Tomb Raider centrées sur de la recherche d’artefacts à coups de gros flingues), prenant place un siècle dans le futur.
L’afro-futurisme a beau être encore très rare dans la pop culture (évidemment gouverné par Black Panther), c’est un courant croissant qui est évidemment matérialisé dans ce Relooted. Pour autant, pas de vaisseau spatial ou de technologie improbable. Au contraire, la direction artistique actualise les codes vestimentaires et ornementaux de plusieurs contrées (Ghana, Nigeria, Congo, Cameroun..) dans un tout cohérent, pour mieux caractériser les membres de l’équipe.
Africano-futurisme
Une équipe constituée par la professeur Grace, alors que les Traités de restitution ne sont toujours pas honorés dans un futur proche ! Dans Relooted, le joueur évolue ainsi dans un hub central (le QG où on peut discuter avec les autres personnages) où chaque mission se précède d’un briefing. L’occasion d’un scénario sommaire, impliquant la frontière grise entre l’esprit « Robin des Bois » du titre et le monde criminel moins sexy matérialisé par des contrebandiers peu recommandables.

La boucle de gameplay pour chaque niveau de Relooted est la même : un repérage des lieux (usant de la caméra libre pour bien visualiser les lieux, la localisation des issues de secours, des objet à glaner et du positionnement des alarmes) ; l’initiation du vol (globalement on s’introduit dans le bâtiment pour briser des vitres, bloquer des passages avec une table, placer des alliés capables de créer une tyrolienne ou d’enfoncer des portes..) ; et enfin la phase de fuite impliquant du parkour et un temps chronométré.
Entre ludisme et histoire
Le but de Relooted sera donc de récupérer tous les artefacts présents le plus rapidement possible. Bref d’organiser un plan sans accroc et de s’en sortir tel un Yamakasi. Loin d’un metroidvania, le soft a tout de même ce ôté die & retry, surtout à l’avancée des niveaux pour collecter plus de 70 reliques. Des artefacts réels, que le jeu documente admirablement une fois qu’on visite la salle des trophées (proposant une représentation visuelle, une carte explicitant sa provenance, la date de confection et une petite description de son histoire).

En résulte un titre indé ludique, au parti-pris qui n’a rien de polémique, et à l’univers singulier. De quoi sensibiliser sur un sujet d’actualité qui n’est hélas pas prêt d’avoir un point final. Hors, Nyamakop met un point d’honneur à proposer in fine une vision d’un musée où les reliques récupérées sont entreposées dans un musée…. fictif pour l’instant !
