Sam Raimi (Evil Dead, Spider-Man) revient avec Send Help, une satire aussi jouissive que joyeusement perverse. Rachel McAdams et Dylan O’Brien sont piégés sur une île déserte pour notre plus grand bonheur !
Send Help fait plaisir à plus d’un titre. Le premier point, loin d’être négligeable, tient dans le fait qu’il s’agit du nouveau film de Sam Raimi ! Le cinéaste culte de la saga Evil Dead ou de la trilogie Spider-Man semblait en effet être porté disparu : entre rôle de producteur (Ash vs Evil Dead, Evil Dead Rise) et metteur en scène affilié à des propriétés intellectuelles déjà établies (le sympatoche Doctor Strange in the Multiverse of Madness ou le raté Le Monde fantastique d’Oz), ce n’est qu’en 2026 qu’on retrouve ce bon vieux Sam sur un film original.

Pourtant, Send Help ne partait pas sous les meilleurs auspices : le script est écrit par Mark Swift & Damian Shannon, duo responsable des catastrophes Freddy vs Jason, le reboot de Vendredi 13 ou bien Baywatch. UN CV peu encourageant, mais pas nécessairement représentatif de l’efficacité des scénaristes pour concocter avec Sam Raimi ce Send Help abordant d’entrée de jeu le sexisme dans sa satire du monde du travail.
Jusque dans l’enfer vert
Le métrage nous présente donc Linda Liddle (Rachel McAdams), une employée chargée du management financier d’une grosse entreprise. Solitaire et inadaptée sociale, la voilà privée d’une promotion longuement attendue par son nouveau boss : Bradley Preston (Dylan O’Brien), un fringuant PDG aussi odieux qu’hautain.
Et tandis que le trajet en avion pour régler un juteux contrat à Bangkok se solde par un violent crash, la balance de pouvoir va nettement se renverser : seuls rescapés sur une île déserte, Bradley et Linda vont devoir dépendre des exceptionnels talents survivalistes de cette dernière. De quoi engendrer un jeu de domination de plus en plus pervers au sein de ce nouvel écosystème !

Send Help fait ainsi penser à un mélange du Lagon bleu ou de Seul au monde, sur fond de comédie bien grasse dans sa première heure. Le métrage parvient avec une efficacité redoutable à planter son rapport de force initial via ses protagonistes : mention spéciale à cette Linda au look disgracieux et mal dégrossi, face à un Dylan O’Brien que l’on adorera détester via son rire narquois.
Splatter Island
Dès que la dimension survivaliste Koh-Lanta-esque s’installe cependant, Send Help opère une mue aussi réjouissante qu’insidieuse ! Là où Bradley est tributaire de l’aide de son employée/geôlière, Lidia se révèle véritablement dans cet environnement sauvage représentant ses rêves d’accomplissement (le personnage est fan de l’émission Survivor). Une idée parfaitement retranscrite à l’écran par l’œil de Sam Raimi, tandis que la beauté intrinsèque de Linda se révèle par cette symbiose avec la nature (une scène à la fois pertinente et comique l’illustre via le reflet perçu dans l’eau).

Sam Raimi gère à merveille le tempo humoristique et grinçant de Send Help, alors que le jeu de domination amène le récit vers des cimes similaires à Triangle of Sadness, mais surtout Misery ! Une référence assumée, proposant des instants de sadisme psychologique orchestrés avec la même verve qu’un Evil Dead 2 ! Et si les tentatives d’empoisonnement ou les divers coups dans le dos va crescendo dans leur aspect Tex Avery, le script ne perd jamais de vue sa dynamique dramaturgique.
Duo au summum du rire noir
Et à ce titre, autant le dire : Rachel McAdams porte le film sur ses épaules, proposant la meilleure performance de sa carrière (elle n’a pas à rougir de la comparaison avec Bruce Campbell). C’est sans doute une gageure, mais derrière une facture technique modeste (budget de 40 millions avec quelques fonds verts ou un phacochère en CGI) et un concept tenu sur 2h, Sam Raimi offre à Send Help une vraie grammaire cinématographique consolidant l’ensemble. Le survival sous forme de guerre des sexes emprunte même par instants les versants du giallo, de la splatter comedy sanguinolente ou même du film d’horreur !
De quoi conserver les protagonistes dans une zone de gris constante, si bien que le spectateur ne sait jamais réellement qui est le « gentil » ou le « vilain » de l’histoire. Un postulat qui renverse constamment l’image des deux acteurs, épousant un propos finalement bien universel sur la nature descendante, hiérarchique et filiale du trauma. De quoi proposer avec Send Help une vraie bonne pioche acidulée donc, où même la partition de Danny Elfman se révèle plus inspirée que la majorité de son travail sorti depuis 15 ans !
Send Help sortira au cinéma le 11 février 2026
avis
Send Help tient son numéro de satire jusqu'au bout dans ce déchainement d'humour et de splatter comedy impeccablement porté par le duo Rachel McAdams-Dylan O'Brien. Une série B qui doit beaucoup au talent de ses interprètes, mais surtout à son metteur en scène Sam Raimi, capable de proposer une grammaire cinématographique sans bout de gras pour élever cette proposition aussi humble que réussie !
