Critique Livre – Toute la violence des hommes : survivre, tout un art…

Toute la violence des hommes est un roman sombre et intelligent qui mêle art et histoire au profit d’une intrigue au cœur de la psychologie humaine.

Comme à son habitude, avec Toute la violence des hommes, Paul Colize nous offre un roman très ancré dans le réel. Nikola Stankovic, né en Croatie, est un graffeur de talent ; un peintre virtuose qui étale des œuvres d’une grande violence sur les murs de la capitale belge. C’est aussi un homme qui semble meurtri par une époque de sa vie dont il ne parle pas. Alors, lorsqu’une femme est retrouvée morte et que des croquis de la scène de crime sont retrouvés chez lui, une seule question hante la police, les avocats et les psychiatres : qui est cet homme qui nie être le meurtrier, ne semble pas être fou, et pourtant que tout accuse ?

« La violence des hommes éclaboussait les siècles. Leur cruauté était sans limites. Les temps de paix n’étaient que de brefs intervalles entre les guerres, les génocides et les massacres. »

Une narration en deux temps

L’histoire se déroule sur deux époques. Le temps présent nous emmène dans l’univers passionnant du street art, et s’inspire de véritables fresques, peintes sur les murs de Bruxelles. Paul Colize nous offre d’ailleurs, à la fin de son livre, une interview intéressante de leur véritable auteur. Toute l’intrigue que l’écrivain tisse autour d’elles est évidemment pure fiction. Les retours en arrière, quant à eux, nous plongent dans un univers tout autre, beaucoup plus sombre et violent. Celui de la guerre entre la Serbie et la Croatie au début des années 90. Un ancrage historique douloureux à l’origine de quelques scènes bouleversantes. Et c’est très lentement que se tisse le lien entre ces deux périodes et que l’investigation laisse enfin la place au roman.

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L’émotion tarde un peu

L’écriture, assez journalistique et très visuelle, fourmille de détails et nous plonge littéralement dans les scènes qu’elle dépeint. En revanche, elles laissent peu de place à l’émotionnel. Ainsi, les personnages sont fouillés et intéressants, mais nous les avons trouvés peu attachants. Idem pour l’enquête qui – loin d’être ennuyeuse – n’est pas spécialement riche en rebondissements. Aussi, nous avons eu un peu de mal à entrer dans l’histoire et à nous accrocher à quelque chose. Il nous a même parfois fallu rattraper nos pensées parties divaguer ailleurs ! Néanmoins, les chapitres courts et l’alternance passé/présent donnent du rythme à la lecture, ce qui nous a incité à poursuivre tout de même. Et nous avons bien fait !

Un travail d’écriture rigoureux

En effet, passée cette première partie assez linéaire d’un point de vue émotionnel, le déclic s’est produit. Et c’est beaucoup plus captivés que nous avons entamé la seconde moitié du roman. Les personnages principaux nous ont soudain semblé gagner en humanité, en sensibilité, tandis que l’enquête est passée à la vitesse supérieure. Les liens ont commencé à se tisser entre passé et présent ainsi qu’entre les différents personnages, et notre attention ne nous a plus fait faux bond jusqu’à la fin ! Pas de rebondissement incroyable ni d’émotions fortes pour autant, mais une histoire riche, intéressante, qui tient la route et ne laisse rien au hasard. Toute la violence des hommes ne rejoindra pas nos coups de cœur, mais c’est un roman de qualité, cela ne fait aucun doute.

Toute la violence des hommes, de Paul Colize, est paru le 05 mars 2020 aux Éditions Hervé Chopin.

Avis

7 Pas mal
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Mélina Hoffmann

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