Virgil Vernier nous offre Imperial Princess, un documentaire sur la vie de Iulia, une exilée russe qui part se réfugier… à Monaco. Filmé au smartphone, on est plongé dans un quotidien, assez déroutant.
Sitôt conquis par le récit et la forme peu orthodoxe que nous propose le réalisateur, Imperial Princess dévoile alors la psychologie d’une jeune femme en exil qui ne sait plus qui être, ni où aller. Le monde paraît si amphigourique pour Iulia Perminova, qu’il le devient aussi pour le spectateur. Dans le décor luxueux, à part, de Monaco, le poids des mots et du récit de Iulia sur sa vie et sa famille font résonner ce décalage entre deux mondes. Un effet profondément recherché par le réalisateur qui cherche à nous montrer que ces deux réalités coexistent bien en même temps, seulement à des centaines de kilomètres de différence.
Dans le moyen métrage Imperial Princess, on suit Iulia, une jeune femme qui vit seule à Monaco depuis le départ de son père, retourné en Russie à cause des sanctions contre son pays. La jeune femme filme tout ce qu’elle vit au smartphone, ses peurs, ses sorties, on suit le quotidien d’une exilée dans la cage dorée qu’est Monaco. Iulia ne va plus en cours, elle se sent de plus en plus seule et menacée. Un documentaire intriguant et pas forcément le plus palpitant.
Imperial Princess : coincée en haut d’une tour
Réalisé entièrement au smartphone, le réalisateur et scénariste Virgil Vernier choisit une réalisation intéressante, nous plongeant dans le journal intime d’une exilée. Iulia partage ses craintes d’être suivie, de sortir, mais aussi d’être enregistrée chez elle. En ne délaissant pas une photographie soignée et délectable, Vernier fait le pas vers une réalisation plus contemporaine, avec les contraintes et les enjeux actuels. L’enregistrement brut du documentaire peut rallier les fans du genre mais aussi vite effrayer un spectateur peu habitué à cette forme.

Tourné en parallèle de son troisième long métrage de fiction, le réalisateur nous fait voyager jusqu’à Monaco. À travers les plus grands lieux de divertissement et d’excentricité monégasque : casinos, hôtel de luxe, Grand Prix de Formule 1, Iulia s’enregistre par-dessus et nous raconte le quotidien d’une jeune femme en exil, ce que son père vit au retour en Russie. La réalisation réussit à appuyer ce décalage, qui, vous l’aurez compris, est le cœur de cette œuvre. Comme une princesse coincée en haut d’une tour, la jeune femme s’enferme dans une tour d’ivoire pour se protéger des sanctions qui pourraient retomber sur elle.
Une princesse qui tourne en rond dans sa prison
Bien que son père soit rentré en Russie pour éviter des sanctions à la suite de l’invasion de l’Ukraine, Iulia, elle, se plaît à Monaco. Le stress de l’exil, de se faire repérer, devient peu à peu remplacé par un discours sur l’émancipation. Iulia essaye de sortir, de rencontrer du monde, elle qui ne voulait même plus se maquiller pour ne pas se faire repérer. Monaco signe un moyen pour Iulia de recommencer à zéro et effacer son ancienne vie. Un passé dont elle n’ose plus parler, elle ne veut plus révéler sa nationalité. Le personnage oscille entre solitude et liberté, bloquant le récit qui tourne un peu en rond. On est plongée dans la vie de Iulia, ses souvenirs, sa famille, tout ce qu’elle a laissé en Russie.

Si Iulia passe par de nombreux états d’esprit, des pressentiments inimaginables, le moyen métrage semble parfois tourner un peu en rond. Revenant à certains moments sur des sentiments que le personnage paraissait avoir laissés derrière elle cinq minutes plus tôt. Si le récit est volontairement brouillon, comme le serait n’importe quel journal intime servant de défouloir, il dessert de temps en temps son projet. Déjà que la forme du documentaire filmé au téléphone, écrite comme une poésie, peut repousser certaines personnes, sa narration ne l’aide pas vraiment à aller de l’avant…
Une hybridité entre le réel et la fiction.
Malgré ce qu’on peut lui reprocher, le moyen métrage trouve une défense en béton qui est celle du mélange des genres. Les personnes jouent leurs propres rôles, et sont livrés à eux-mêmes, dans des scènes de la vie quotidienne. Ancrée dans une réalité politique réelle, en pleine guerre entre la Russie et l’Ukraine, l’œuvre s’agrippe à un contexte social et politique pour y délivrer un documentaire complexe.

Ce choix d’exil à Monaco, ville souvent symbole de la luxure, de la richesse, porte très bien les contradictions et les paradoxes du monde actuel. Peu à peu, Iulia se fait aux coutumes et aux habitudes de la ville, à son paraître, à son superficiel et s’y accommode complètement. Pendant qu’une guerre éclate dans son pays, que son père soit retourné là-bas, Imperial Princess nous montre des images des soirées à Monaco. Iulia s’enferme dans un cocon, où elle n’a besoin de personne, car personne ne peut l’empoisonner, la piéger. Elle vit un exil, dans un cadre absolument déconnecté. Une vie que Virgil Vernier a décidé de mettre en scène, comme une certaine narration de journal printanier, reflétant la vraie vie de Iulia.
Dégoûtante richesse
Si Virgil Vernier nous fait une visite touristique de Monaco, il n’oubliera pas de nous montrer, et d’appuyer la richesse de la principauté. Quitte à ce que l’on soit un peu perdu devant tout ce que l’on voit. Néanmoins, le réalisateur soigne sa réalisation avec un concept fort, quasi expérimental mais en réalité très bien maîtrisé. Le documentaire explore la philosophie de vie d’une exilée qui part se réfugier à l’antipode de ce qu’il se passe dans son pays. Entre regrets, luxure et acceptation. Le film gagne à ne pas dépasser les 48 minutes, en n’en faisant pas trop.
Imperial Princess sort en salles le 21 janvier 2026.
Avis
Dans un documentaire, qui joue entre cette frontière du réel et de la fiction, Imperial Princess arrive à se démarquer avec une réalisation forte, et les images de Iulia avec son smartphone. Le documentaire explore les regrets, mais aussi la nouvelle vie de luxure et acceptation de Iulia, qui pense sans cesse à ce qu'il se passe chez elle.
