Les Hauts de Hurlevent se voit à nouveau adapté au cinéma, cette fois fois sous le regard acidulé de la réalisatrice Emerald Fennell (Promising Young Woman, Saltburn). En résulte une romance passionnée entre Margot Robbie et Jacob Elordi…. du moins sur le papier !
Les Hauts de Hurlevent est un classique de la littérature classique par Emily Brontë ! C’est pourquoi même deux siècles après sa parution, ce roman à la fois romantique et cruel s’est vu adapté de nombreuses fois sur le grand et le petit écran. On peut évidemment citer l’adaptation (édulcorée) de William Wyler, une autre avec Ralph Fiennes et Juliette Binoche, ou encore celle réussie par Andrea Arnold, ayant pour dénominateur commun d’uniquement transposer la première moitié d’un récit se déroulant pourtant sur quarante ans !
Réinterprétation d’un classique
Et c’est très simple à comprendre, étant donné que Les Hauts de Hurlevent se déroule dans l’Angleterre du XIXe siècle au sein de la famille Earnshaw. C’est dans ce contexte rural que le paternel adoptera Heathcliff, un enfant vagabond qui se liera à la fille Catherine Earnshaw. Un lien qui sera avant tout caractérisé par une passion interdite et inassouvie entre ces deux âmes dont le destin bifurquera au gré des années : Catherine se verra destinée à un mariage aristocratique, tandis qu’Heathcliff partira explorer le monde pour ensuite revenir fortuné.

Le roman d’Emily Brontë est ainsi un pur morceau de romanesque, caractérisé par la cruauté d’une société où le rang social fait loi, muselant un amour débutant comme parfaitement pur, pour le pervertir via le chagrin, la jalousie et la rage au fil du temps. Hurlevent reprend ainsi la même trame, tout en étant porté par le style hyperbolique de sa réalisatrice Emerald Fennel !
Cette dernière avait réussi à aborder les insidieux rapports de force entre sexes dans Promising Young Woman, ou encore la lutte de classes dans Saltburn : c’est donc tout à fait logique de la voir s’atteler à l’histoire d’amour tragi-romantique d’Heathcliff (Jacob Elordi) et Catherine (Margot Robbie) pour combiner ces deux versants. Un mariage détonnant, épousant à la fois un certain classicisme dans sa structure, une dimension post moderne plus pop dans sa réalisation.
Beauté qui hurle au vent
Et autant le dire tout de suite, oui ce Hurlevent est terriblement beau ! Les costumes signés Jacqueline Durran (1917, Orgueil et Préjugés, Macbeth) sont de toute beauté, tout comme la production design de Suzie Davis (Conclave) colorée du métrage. Mais c’est bien la majestueuse photographie signée Linus Sandgren (La La Land, Babylon, Mourir peut attendre) qui confère au métrage une élégance et un raffinement tel…. que le reste du projet fait tâche à côté !

On connaissait le cinéma sans langue de bois d’Emerald Fennel, et ici la réalisatrice abandonne toute la subtilité du roman originel au service d’un traitement young adult en rut. Certes, la tension sexuelle enivrante était déjà présente chez Emily Brontë, mais Hurlevent semble constamment avoir été écrit au vibromasseur dans le traitement sans subtilité de son duo principal.
Outre le fait que les acteurs sont trop âgés pour le rôle (ce qui n’est pas un problème en soit dans le cadre d’une adaptation), la manière de les dépeindre sous forme d’adolescents grandeur nature dessert le récit. Pas de problème lors du prologue où Heathcliff et Cathy sont incarnés par Owen Cooper et Charlotte Mellington, mais par la suite le bât blesse.
Duo qui ne fonctionne pas
Margot Robbie se révèle être une actrice toujours impliquée dans ses rôles, face à un Jacob Elordi interprétant de manière monolithique son personnage de bellâtre ténébreux sans aucune once d’emphase émotionnelle. Filmé main dans la culotte par la réalisatrice, l’acteur est ainsi représenté comme un véritable token à destination de pucelles en chaleur (filmé torse nu un plan sur deux) plutôt que comme un personnage à part entière. Pire, les deux tourtereaux partagent peut-être une certaine alchimie, mais la différence de talent d’acting saute malheureusement aux yeux.

Si bien que la seconde partie d’Hurlevent dévie complètement de ses ambitions de grand film romantique, tandis qu’Emerald Fennel préférera une vision fantasmée et hors-sol. Mention spéciale aux retournements de veste dignes du CP entre les deux tourtereaux, dont les relents sadiques vis-à-vis des personnages secondaires (notamment Alison Oliver) confinent au balourd. Un adjectif qui pourrait également caractériser les chansons de Charli XCX, complètement disruptives vis-à-vis du joli score d’Anthony Willis.
Bref, Hurlevent fait pschitt in fine, mais difficile de complètement balayer les qualités du métrage. La fabrication a du caractère, et surtout Emerald Fennel apporte à intervalles réguliers un caractère charnel certes appuyé, mais travaillé en terme de sensation tout en restant raccord avec la psyché déviante de ses personnages. Une qualité rare et frondeuse à l’heure du tout venant Hollywoodien (comme cette ouverture où orgasme et mort se confondent), qui ne sauvent pas un résultat que l’on qualifiera gentiment de grossier.
Hurlevent sortira au cinéma le 11 février 2026
avis
Les qualités plastiques et de fabrication sont indéniables dans ce Hurlevent, réinterprétant malheureusement le classique d'Emily Brontë dans une version aussi balourde que dénuée de subtilité. En résulte un traitement young adult saupoudré d'une dimension charnelle étonnante, mais cruellement vaine alors que l'emphase émotionnelle se retrouve dévitalisée par un duo Margot Robbie-Jacob Elordi ne fonctionnant pas. Emerald Fennel voulait le Titanic moderne, elle aura eu raison sur un point : l'ensemble fait plouf !
