Après Proxima et Revoir Paris, Alice Winocour revient avec Coutures. Ce film choral porté par une Angelina Jolie à fleur de peau nous télescope quatre trames narratives de personnages liées à l’industrie de la mode en pleine Fashion Week parisienne. De la dentelle qui manque de fil narratif…
Coutures a été présenté au Festival de Toronto puis de San Sebastian : se déroulant en pleine Fashion Week à Paris, ce film d’allure chorale est la toute dernière réalisation de la française Alice Winocour. Révélée avec Augustine puis Maryland, ce sont véritablement les succès critiques de Proxima puis le Césarisé Revoir Paris qui a accéléré la carrière de la scénariste-réalisatrice !
Angelina toujours Jolie
Coutures s’articule comme une nouvelle étape d’une metteur en scène ayant su proposé de vrais portraits de femme à la fois contemporains, sensibles et emplis de nuance. Quoi de mieux donc que de prendre Angelina Jolie (Maria) dans un rôle de premier plan : cette dernière incarne donc Maxine Walker, une réalisatrice de film d’horreur qui va accepter la commande de mettre en scène un film publicitaire pour une haute maison de couture.
Débutant les prises de vue de ce spot impliquant esthétique gothique et vampirisme, Maxine se voit malheureusement diagnostiquer un cancer du sein. De quoi chambouler son quotidien, alors que Maxine (et le spectateur) va croiser à intervalles réguliers d’autres femmes du même milieu gouverné par la soif de l’apparence sans faille : Ada (Anyer Anei), une mannequin sud-soudanaise débutante ayant tout quitté pour suivre sa voie ; Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse aspirant à devenir écrivaine ; et Christine (Garance Marillier), une couturière soumise à la pression du milieu !

Coutures prend ainsi des allures de film choral, tandis que la narration nous fait allègrement passé du point de vue d’une des quatre femmes du récit à l’autre une fois qu’elles sont introduites au sein du récit. Alice Winocour réussit a toujours trouver l’angle juste pour nous faire comprendre les problématiques de chacune sans le moindre mot ou surlignage.
Fausse chorale
Une instantanéité effective d’intention, que l’on retrouve parfaitement dans les (trop peu nombreuses) séquences de mise en scène aérienne où Garance Marillier s’affaire sur des robes de plus en plus sophistiquées. La première partie de Coutures glisse donc naturellement, sans épouser le glamour outrancier du milieu dépeint. Au contraire, Winocour a toujours été la cinéaste capable de mettre en avant l’humain derrière la façade.
Malheureusement, ce pari tournera rapidement à l’illustratif, voire même à vide. La faute à un traitement complètement déséquilibré de ces divers axes narratifs. Il y avait pourtant matière via cet aspect choral, réussissant à donner une incarnation aux femmes de l’ombre (Ella Rumpf est encore une fois excellente avec le temps de présence qui lui est donné) autant que celles mises sous les projecteurs.

On appréciera l’effort fourni pour nous immerger auprès de cette mannequin étrangère découvrant l’Occident et un milieu de sororité caractérisé par son multi-culturalisme. Paradoxalement, et ce malgré son postulat de base, Coutures abandonnera au milieu du guet tous ces personnages, au profit de celui d’Angelina Jolie !
Autobiographie sur le fil
Dès lors, Alice Winocour place la moitié de son film comme un simple support au service de l’arc narratif de Maxine. Une trame d’acceptation et de résilience, alors que la réalisatrice doit jongler entre son travail et l’annonce de sa maladie. Un récit personnel qui doit beaucoup à l’interprétation sans faille (même en français) d’une Angelina Jolie captant la caméra telle une vraie star qui se met à nu.

Car d’aucun comprendra que ce que vit Maxine dans Coutures épouse la propre histoire de l’actrice. Une manière d’exorciser un sujet universel, bien que Alice Winocour loupe le coche concernant la proximité intime que Maxine entretient avec son chef opérateur (un Louis Garrel monolithique partageant une alchimie au forceps avec Angelina Jolie).
On gloussera par instants sur le fait que Vincent Lindon joue à la fois le meilleur et le pire médecin pour ce qui est d’accompagner un patient dans le besoin. Mais peu importe, Coutures tient son sujet de la vulnérabilité au sein d’un milieu exigent où tout n’est qu’apparence. Dommage qu’à côté de cela la réalisatrice loupe le coche de sa mosaïque censée proposer une exploration plus ample d’un féminin encore une fois invisibilisé.
Coutures sortira au cinéma le 18 février 2026
Malgré une excellente performance d'Angelina Jolie dans un rôle à la dimension personnelle, Coutures s'avère être le premier véritable échec dans la carrière d'Alice Winocour. Derrière un regard intime censé disséquer un milieu gouverné par les apparences, la cinéaste reste en surface dans un travail narratif inabouti vis-à-vis de son récit choral. Pas terrible...
