Critique L’année sauvage : récit d’une vie à contre-courant du progrès

L’année sauvage est le récit d’une vie déconnecté de toute technologie, où l’être humain réapprend à vivre en harmonie avec la nature.

L’année sauvage – une vie sans technologie au rythme de la nature est le récit d’un défi. Celui d’un homme qui a décidé de renoncer à toute forme de technologie, et de démarrer une nouvelle vie dans les bois de la campagne irlandaise. Une expérience riche d’enseignements et inspirante, qui invite à la réflexion.

« Comme tout le monde, je rêvais de réussite et d’une belle vie, mais quelque part en chemin, à un endroit sur lequel je n’arrive pas à mettre précisément le doigt, la définition de ces mots a commencé à changer, et mon existence avec. »

Une vie de défis

Mark Boyle n’en est pas à sa première aventure du genre. En effet, dix ans plus tôt, ce diplômé d’école de commerce, fondateur de la communauté Freeconomy, relevait le défi de se déconnecter totalement de la civilisation industrielle et de la culture du plastique, et de vivre sans argent. Et c’est avec beaucoup de simplicité qu’il explique son cheminement vers ces choix de vie déconnectés du monde civilisé, et tous les (ré)apprentissages que cela implique. Loin du trop-plein, loin du trop-tout.

L’objectif de l’auteur n’est pas de nous inciter à suivre sa voie, mais de nous encourager à trouver notre propre paysage, notre propre chez-nous. De nous pencher sur le sens véritable que nous souhaitons donner au mot « vivre » ; de nous demander ce que nous sommes prêts à perdre, mais surtout ce que nous sommes prêts à gagner. Car, il nous l’explique, de tels choix de vie n’impliquent pas que du renoncement et des sacrifices. On s’enrichit aussi à mesure que l’on s’allège, que l’on se dépouille, que l’on revient à soi.

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Le fantasme de l’homme des bois

On découvre de plus en plus de récits de ce type, dans lesquels l’homme moderne nourrit le désir de revenir à un mode vie plus primaire, de s’éloigner de la société capitaliste et du consumérisme effréné. À l’instar de L’homme-chevreuil, parti vivre en Mowgli dans la forêt au côté des chevreuils. Et ces témoignages ouvrent une réflexion intéressante sur notre rapport au monde, aux autres, et sur la manière dont les technologies que nous utilisons façonnent notre façon de vivre et de penser.

Il est intéressant, par exemple, de découvrir la manière dont son rapport à l’écriture change dès lors qu’il n’écrit plus qu’à la main. Cette nouvelle proximité qui s’établit avec les mots et avec les pensées. Le sentiment de liberté planant, aussi, de n’avoir plus aucune facture à son nom ; ou encore la fierté d’allumer son premier feu par friction. C’est une reconnexion qui s’établit à de nombreux niveaux : à soi, à la nature, à nos besoins profonds, à l’essence des choses. Aux autres, aussi, dès lors qu’ils ne sont plus à portée de mail, de like, ou de coup de téléphone.

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L’idéal est-il vraiment dans cet extrême ?

Pour autant, on se rend bien compte que la réalité d’un tel ensauvagement est assez loin de l’idéal que l’on pourrait s’entendre dépeindre parfois ; que certaines contradictions demeurent ; que tout n’est pas à jeter dans cette civilisation humaine qui a – certes – perdu le contrôle, mais qui est aussi à l’origine de progrès précieux. Mark Boyle ne cherche pas à sublimer l’expérience. C’est avec beaucoup d’honnêteté qu’il nous partage son quotidien, ses interrogations, ses prises de conscience.

Il raconte notamment le besoin de compagnie, d’appartenance à une communauté qui ne nous quitte jamais ; certains écueils comme la prise de conscience d’une industrie du bio qui est loin d’être durable ; ou encore le renoncement inévitable au véganisme, pour pouvoir se nourrir. On retrouve d’ailleurs à plusieurs reprises au court du récit cette interrogation qui demeure : « Je n’arrive toujours pas à savoir si je suis en train de perdre le contact avec la réalité ou si, au contraire, je le trouve enfin. »

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Et pour les visiteurs qui souhaiteraient lui rendre visite, pour un jour, une semaine, ou plus longtemps – à cette adresse qu’il leur faudra trouver par eux-mêmes – il adresse ces mots qui résument à eux seuls sa démarche : « Les recommandation sont simples. Profitez bien du temps passé ici. Réfléchissez à ce que vous utilisez et pourquoi. Et laissez l’endroit au moins en aussi bon état que vous l’avez trouvé. Un peu comme la vie, au fond. »

L’année sauvage, de Mark Boyle, est paru le 03 juin 2021 aux Éditions Les Arènes.

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Avis

8.0 Un récit qui questionne
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About Author

Amoureuse des mots et des émotions, vous retrouverez ma plume ici - dans les rubriques théâtre, littérature, et cinéma - et ailleurs... ! Écrivain, globe-trotter, passionnée par la vie, tout est pour moi prétexte à l'inspiration et à la créativité. Viens, je t'emmène...

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