[Test Blu-Ray] Timbuktu, dignité célébrée

Peu après avoir obtenu un triomphe bienheureux aux Césars, une forme de petite contestation s’est mise en place envers Timbuktu, dernier long-métrage d’Abderrahmane Sissako. Il paraitrait que le mérite qu’une presse envoutée lui accorde ne proviendrait que d’une bonne conscience bourgeoise faussement indignée prompt à applaudir devant le traitement délicat et subtil du tant caricaturé djihadiste.

Voilà la dernière victime collatérale d’un succès inattendu dont Chloé faisait avec une grande justesse l’éloge lors de sa sortie. Dans un contre-sens idiot, voilà que des commentateurs aigris ont omis l’intention digne et sincère portée avec une remarquable pudeur par Sissako. Son cri d’alerte n’a rien d’un calcul festivalier mais répond à un bouleversement humain et universel.

Avec la poésie macabre de la vie, Timbuktu déconstruit des images médiatiques en leur redonnant leur fragilité humaine et leur âme intérieure, que ce soit dans le camp des victimes comme dans celles des intégristes musulmans. On y retrouve alors bouleversé l’angoissante actualité du Maghreb et la déchirante petitesse humaine, mêlées en un appel sincère à reconsidérer la vision qu’on leur appose. Juste beau.

Timbuktu est disponible en Blu-Ray et DVD.

Avis

8.8 Immanquable

On ne regarde pas Timbuktu pour la beauté de l’image seule, dénuée de toute considération pour ce qui s’y passe réellement. Mais force est de reconnaître que le travail de distanciation fabriquée par Sissako ne se départit pas d’une conception émerveillée du pays qu’il filme et de cadres magnifiquement composées. Pour cela, le Blu-Ray constitue un passage à privilégier en proposant une image d’une netteté et d’une vitalité proprement fabuleuse (cf. le puissant plan large lors de la scène de meurtre dans le lac). Outre une piste sonore impeccable, la présence de sous-titres pour malentendants - une coutume chez France Télévisions - est à saluer le chapeau bien bas.

Sur le plan des bonus, la conférence de presse de cannoise de presque cinquante minutes constitue une approche un peu lisse mais pas dénuée d’informations. L’émotion qui se dessine chez Sissako en son milieu est même très touchante, preuve de la sincérité brute du réalisateur. Une autre interview cannoise touche à d’autres sujets mais revient globalement au même point. Ajoutez à cela le clip de l’émouvante « Timbuktu Fasso » et une bande-annonce et vous voilà avec un léger regret quant à l’absence d’images de tournage. Reste le film, se suffisant à lui-même.

  • Film 9
  • Image 10
  • Son 9
  • Bonus 7
  • User Ratings (1 Votes) 8

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