Le poker fascine le cinéma depuis des décennies, mais les années 2010 ont marqué un tournant : le genre a gagné en profondeur psychologique, en réalisme et en diversité de formats. Biopics, thrillers underground, documentaires : dix titres sortis depuis 2012 qui méritent l’attention des amateurs du genre.
| Titre | Réalisateur | Année | Format |
| Lady Vegas | Stephen Frears | 2012 | Comédie dramatique |
| All In: The Poker Movie | Douglas Tirola | 2012 | Documentaire |
| Runner Runner | Brad Furman | 2013 | Thriller |
| Mississippi Grind | Boden & Fleck | 2015 | Road movie |
| KidPoker | Doug Tirola | 2016 | Documentaire |
| Le Grand Jeu | Aaron Sorkin | 2018 | Biopic / thriller |
| Poker Queens | Sandra Mohr | 2020 | Documentaire |
| The Card Counter | Paul Schrader | 2021 | Drame noir |
| Poker Face | Russell Crowe | 2022 | Thriller huis clos |
| Dead Money | Luc Walpoth | 2024 | Thriller |
Lady Vegas (2012) : quand Stephen Frears s’invite au tapis
Réalisé par le Britannique Stephen Frears (Les Liaisons Dangereuses, The Queen), Lady Vegas(titre original : Lay the Favourite) suit Beth Raymer, une ancienne strip-teaseuse qui débarque à Las Vegas et se retrouve à travailler pour un parieur professionnel. Avec Bruce Willis, Rebecca Hall et Catherine Zeta-Jones, le film adopte un ton de comédie dramatique légère, loin du thriller haletant attendu. Le portrait de cet univers des paris sportifs et du poker de haut vol, vu de l’intérieur, reste toutefois savoureux, et la performance de Rebecca Hall mérite à elle seule le visionnage.
All In: The Poker Movie (2012) : histoire d’un phénomène mondial
Réalisé par Douglas Tirola et sorti en 2012 après un passage en festival en 2009, ce documentaire retrace l’histoire du poker moderne, de ses origines dans les arrière-salles des années 1970 à l’explosion du Texas Hold’em au début des années 2000, avec la victoire de Chris Moneymaker aux World Series of Poker 2003 comme point de bascule. Interviews de légendes (Phil Hellmuth, Annie Duke, Howard Lederer), archives télévisées et anecdotes de joueurs professionnels rendent accessible l’évolution d’un jeu devenu phénomène de masse. Le film couvre également la fermeture brutale des principales plateformes de poker en ligne américaines par le gouvernement fédéral en 2011, dite « Black Friday ». Un documentaire de référence pour comprendre pourquoi le poker a autant envahi les écrans que les tables.
Runner Runner (2013) : le poker en ligne au cœur du thriller
Brad Furman (The Lincoln Lawyer) s’attaque ici au poker en ligne avec un casting séduisant : Justin Timberlake en étudiant ruiné qui traque un grand opérateur frauduleux jusqu’à Costa Rica, face à Ben Affleck en milliardaire peu scrupuleux. Le film ne tient pas toutes ses promesses scénaristiques, mais il a l’intérêt rare de mettre en scène l’univers opaque des plateformes de jeu offshore, à une époque où les joueurs réclamaient des solutions de paiement sécurisées et rapides pour encaisser leurs gains sans délai. Un thriller imparfait mais représentatif d’une époque charnière pour le poker en ligne.
Mississippi Grind (2015) : l’anti-glamour du jeu
Co-réalisé par Anna Boden et Ryan Fleck, le tandem derrière Captain Marvel, ce road movie suit deux joueurs de poker que tout oppose, qui sillonnent le sud des États-Unis jusqu’à La Nouvelle-Orléans pour participer à un tournoi. Ryan Reynolds incarne Curtis, joueur insouciant et porte-bonheur, face à Ben Mendelsohn en Gerry, parieur compulsif rongé par les dettes.
Mississippi Grind est l’un des films les plus honnêtes sur l’addiction au jeu : pas de victoire spectaculaire, pas de table glamour, seulement la route, les petits casinos miteux et la tension permanente entre désir et raison. Un film discret, sorti presque sans bruit, mais régulièrement cité parmi les meilleures œuvres du genre par les amateurs éclairés.
KidPoker (2016) : Daniel Negreanu, du rêve au sommet
Ce documentaire Netflix retrace la trajectoire de Daniel Negreanu, l’un des joueurs les plus populaires et les plus titrés de l’histoire des World Series of Poker. De ses débuts à Toronto à ses premières années sur le circuit de Las Vegas, le film dresse un portrait complet : les victoires, les revers, la personnalité haute en couleur d’un joueur qui a autant façonné l’image médiatique du poker que ses propres résultats. Accessible même pour les non-initiés, le documentaire éclaire la dimension humaine derrière les jetons.
Le Grand Jeu (2018) : Jessica Chastain, reine du poker clandestin
Sorti en France en janvier 2018, Le Grand Jeu d’Aaron Sorkin retrace la vie de Molly Bloom, ancienne skieuse qui visait les Jeux olympiques avant une blessure, reconvertie en organisatrice des parties de poker les plus exclusives d’Hollywood et de New York, fréquentées par des acteurs, des athlètes et des mafieux russes, avant que le FBI ne s’en mêle. Jessica Chastain y livre une performance remarquable, portée par les dialogues ciselés caractéristiques de Sorkin, avec Idris Elba, Kevin Costner et Michael Cera à ses côtés. Nommé aux Oscars pour son scénario, le film conserve un 82 % d’approbation sur Rotten Tomatoes. Ce qui intéresse Sorkin, scénariste de The Social Network, c’est la mécanique du pouvoir : comment Molly Bloom a transformé un jeu de cartes en empire, et pourquoi cet empire s’est effondré. Le poker n’est qu’un prétexte ; l’ambition est au centre.
Poker Queens (2020) : les femmes prennent la main
Documentaire réalisé par Sandra Mohr, Poker Queens donne la parole à des joueuses professionnelles souvent éclipsées dans un monde dominé par les hommes : Jennifer Tilly, Liv Boeree, Jennifer Harman, Kristen Bicknell, entre autres. Le film explore à la fois la technique du jeu, les obstacles propres aux femmes dans ce milieu et le regard parfois condescendant des adversaires masculins. Sandra Mohr va jusqu’à s’y infiltrer déguisée en homme pour mesurer la différence de traitement.
Un documentaire militant et engageant, qui dépasse largement le cadre du poker pour interroger les dynamiques de genre dans les espaces compétitifs.
The Card Counter (2021) : Paul Schrader et la rédemption sans éclat
Produit par Martin Scorsese et présenté à la Mostra de Venise, The Card Counter est l’œuvre la plus exigeante de cette liste. Paul Schrader, scénariste de Taxi Driver, signe un drame noir et contemplatif où Oscar Isaac incarne William Tell, ancien militaire sorti de prison pour des actes commis à Abou Ghraib, qui sillonne les casinos américains au poker et au blackjack pour tenir à distance un passé qui le hante. Le jeu n’y est ni glamour ni excitant : c’est une discipline de contrôle, une façon d’imposer un ordre à un chaos intérieur que rien ne dissout vraiment. À condition d’accepter un rythme lent et une résolution délibérément inconfortable, c’est un film qui marque.
Poker Face (2022) : Russell Crowe en huis clos
Réalisé et interprété par Russell Crowe, Poker Face réunit des amis d’enfance dans le manoir australien d’un milliardaire atteint d’une maladie terminale, autour d’une partie de poker qui tourne rapidement au règlement de comptes. Le film fonctionne d’abord comme un thriller psychologique de huis clos, avant de basculer vers l’action lorsque des cambrioleurs armés investissent les lieux, une transition qui déséquilibre un récit qui tenait jusque-là sur la tension entre les personnages. Les critiques sont mitigées, mais le film figure parmi les dix titres les plus regardés sur Amazon Prime Video en août 2025.
Dead Money (2024) : le poker underground version thriller
Sorti en septembre 2024 et réalisé par le Suisse Luc Walpoth, Dead Money suit Andy, joueur professionnel dont le home game est braqué par des hommes armés. Entraîné dans un engrenage dont il ne maîtrise plus rien, il se retrouve contraint de disputer la partie la plus risquée de sa carrière pour sauver sa vie et celle de sa petite amie. Emile Hirsch porte le film avec une tension crédible, et le scénariste Josh Wilcox, lui-même habitué des tables underground de Los Angeles, a soigné la véracité du poker dépeint : mains réalistes, vocabulaire juste, atmosphère de back-room crédible. La comparaison avec les Coen Brothers circule dans la presse spécialisée, même si le film s’essouffle en fin de parcours.
