I Care a Lot : comment la fin aurait pu être réussie ?

I Care a Lot est disponible depuis vendredi sur Netflix (notre critique) et la fin aurait pu être bien meilleure… Comment ? Simplement en retirant quelques minutes du film.

Attention spoilers !

C’est précisément à 1 heure 44 minutes et 2 secondes (lorsque l’on comprend que le personnage de Peter Dinklage s’est lui aussi fait piéger par Rosamund Pike qui devient alors sa tutrice) que I Care a Lot aurait dû s’arrêter pour nous offrir une fin parfaite et jubilatoire. Mais le scénariste et réalisateur, Jonathan Blakeson, a décidé de se la jouer Jean de La Fontaine pour nous proposer, peut-être, la seule comédie noire satirique se prenant trop au sérieux.

« Regardez-vous. Assis là. Vous pensez être des gens bien, mais vous n’êtes pas des gens bien. Croyez-moi, les bonnes personnes, ça n’existe pas. Avant, j’étais comme vous : je pensais qu’en travaillant dur et en suivant les règles j’atteindrais un jour le succès et le bonheur. Mais c’est faux. Suivre les règles n’est qu’une invention des riches pour garder le reste du monde pauvre. Et j’ai été pauvre, mais ça ne m’a pas vraiment réussi. Parce qu’il y a deux sortes de personnes dans ce monde : il y a celles qui prennent et celles qui se font prendre, les prédateurs et les proies, les lions et les moutons. Je m’appelle Marla Grayson et je ne suis pas un mouton, je suis une putain de lionne. »

C’est ainsi que s’amorce I Care a Lot, par un monologue en voix off de Rosamund Pike qui résonne comme une formule éculé du capitalisme, qu’on aurait dû percevoir comme le présage d’une fin moralisatrice. Mal nous en a pris de considérer ce petit discours comme une simple illustration de l’état d’esprit de l’anti-héroïne principale, car le réalisateur avait d’autres plans pour nous.

I Care a Lot : comment la fin aurait pu être réussie ?
©STXfilms

Tout le film repose sur deux antagonistes volontairement caricaturaux. D’un côté, on retrouve Peter Dinklage, en mafieux contrôlant difficilement ses nerfs, et de l’autre, Rosamund Pike, en tutrice implacable, maline et vicieuse. Grâce à leurs personnalités délicieusement immorale et irrévérencieuse, on prend un malin plaisir à les détester mais aussi à les observer se détester. Chacun avance ses pions tour à tour pour répondre à la grande question : qui gagnera la partie ?

Réponse : aucun des deux. Car oui, pour celles et ceux qui n’ont pas vu le film, après avoir pris l’ascendant sur son rival (c’est là qu’on voulait que ça s’arrête), Marla décide de s’associer avec lui pour bâtir une arnaque à plus grande échelle qui lui apportera notoriété et richesse. Néanmoins, celle qui se rêvait en lionne se retrouve tuée par un mouton égaré mécontent d’avoir vu sa mère être mise sous tutelle forcée.

Morale de l’histoire : même dans notre système capitaliste, dominé par les gens riches et malhonnêtes, une forme de justice est possible car la roue peut finir par tourner. Une fin juste, qui plait beaucoup à Rosamund Pike, mais qui n’est pas jubilatoire.

Quelle déception de s’apercevoir que la partie se jouait finalement à un niveau supérieur opposant Marla à sa propre ambition et perversion, et transformant inévitablement le délire jouissif de Jonathan Blakeson en un long-métrage moralisateur presque barbant.

I Care a Lot est disponible en France sur Netflix.

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Ne sachant pas faire le café, son rêve de devenir un jour l’assistante personnelle de Jessica Chastain s’est envolé. Depuis cette terrible désillusion, elle cantonne le cinéma au pur divertissement et réserve ses critiques aux films Netflix et séries en tout genre (ou presque).

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