Critique Yasuke Saison 1 : pas si légendaire

Yasuke est un projet Netflix très attendu pour plusieurs raisons. Tout d’abord il s’agit de la nouvelle production du prestigieux studio MAPPA (L’Attaque des Titans), qui est décidément on fire ces temps-ci. Ensuite, il s’agit d’introduire au grand public un personnage éponyme tout simplement légendaire : le premier samouraï noir, qui a réellement existé au Japon. Le résultat n’est malheureusement pas à la hauteur des attentes, bien qu’il y ait à boire et à manger !

Pour commencer, un minimum de contextualisation historique s’impose : Yasuke est une figure historique importante ayant vécu au milieu du XVIe siècle. Initialement esclave pour les jésuites, ce dernier fut vendu au seigneur Oda Nobunaga. Impressionné par sa stature ainsi que par sa couleur de peau tirant vers l’ébène, il prit l’esclave sous son aile et le baptisa Yasuke. Entraîné aux coutumes japonaises, il deviendra un puissant samouraï au service de Nobunaga, jusqu’à disparaître dans d’obscures circonstances.

Un canevas de base passionnant qui mérite d’être conté à l’écran…mais pas vraiment cette fois ! En effet, la série Yasuke décide de placer son action dans une réalité alternative, où katanas et sanctuaires côtoient magie et robots. Un mariage d’influences en adéquation totale avec les racines de la japanimation, qui a notamment son charme lors d’une belle bataille d’intro. Là, les forces du bien (en bleu pour les cancres du fond) affrontent celles du mal (en violet), préfigurant des enjeux globaux de la série.

Critique Yasuke Saison 1 : pas si légendaire
© MAPPA © Netflix

C’est à ce moment que par flash-backs (qui deviendront récurrents tout au long des 6 épisodes), le spectateur est introduit par petites touches à la relation entre Yasuke et Nobunaga, avant la défaite de ce dernier par l’armée de Yami no Daimyо̄. Un évènement traumatique pour notre héros donc, avant un bon de 20 ans dans le futur (constituant le réel fil rouge de la série). Devenu batelier et vivant en ermite à l’écart, Yasuke fera très vite la rencontre de Saki, une fillette dotée de pouvoirs télékinésiques. Des dons extraordinaires qui fera de Saki l’objet de toutes les convoitises : en particulier un groupuscule de mercenaires menés par Abraham, un prêtre se voyant lui-même comme la main droite de Dieu.

Le début d’un retour aux affaires sérieuses pour l’ancien samurai devenu rônin ! Désormais chargé de protéger Saki, avec les forces du mal à ses trousses, Yasuke devra l’emmener en lieu sûr, trancher pas mal de têtes en chemin, et faire pencher la balance vers le bon côté concernant cette lutte ancestrale entre la lumière et les ténèbres. Un programme alléchant, avec un héros stoïque à la Clint Eastwood, un univers féodal uchronique…mais ce qui s’avère être un début prometteur montre rapidement ses faiblesses arrivé au milieu de cette (trop) courte saison !

Katana qui tranche trop vite dans le vif

LeSean Thomas (créateur de la série et aussi de Cannon Busters et The Boondocks) a de la suite dans les idées, mais aussi les yeux plus gros que le ventre. Très vite le constat est là : le format de 6 épisodes de 27-30 min se révèle beaucoup trop succinct pour pleinement exploiter l’univers de Yasuke. Un univers qui in fine manque d’énormément de contextualisation et de background pour ses personnages. Même si notre mystérieux héros nous est présenté par bribes de souvenirs (avec notamment une trahison passée ayant laissée une empreinte indélébile), le peu de développement des divers protagonistes nuit forcément à l’emphase et l’empathie.

Pour les persos plus secondaires, le constat est un peu plus alarmant : introduits dans le feu de l’action, on ne saura pour la plupart pas qui ils sont, d’où ils viennent, ou leurs profondes motivations autres que celles binaires de la lutte entre le bien et le mal. En résulte un manque de fluidité narrative (notamment en ce qui concerne le retournement de veste de quelques antagonistes) qui impacte la structure globale du récit, et donc nuit à l’implication émotionnelle. Le bas blesse encore plus lorsqu’on sait que doubler la durée de cette saison d’introduction aurait réellement permis de pousser le curseur plus loin à tous les niveaux.

Critique Yasuke Saison 1 : pas si légendaire
© MAPPA © Netflix

Heureusement, Yasuke se regarde facilement de par son absence de temps mort, mais aussi grâce sa fabrication ! En effet, outre une animation 2D de très bonne facture faisant la part belle à des séquences d’affrontement nerveuses (avec parfois une jolie dose d’hémoglobine), la direction artistique est aussi inspirée. On doit notamment le character design à Takeshi Koike (Lupin III, Vampire Hunter D, Afro Samurai, Trigun Badlands Rumble) : entre les armures, l’allure arachnoïde de Yami no Daimyо̄ ou bien l’apport de robots et de métamorphe-ours…il y en a pour tout le monde, à défaut de pouvoir tous les exploiter.

De plus, chaque décor est soigné, en particulier tout ce qui concerne la nature, la topographie japonaise, ou toutes les structures d’époque féodale. Enfin, co-production entre l’Orient et l’Occident oblige, le doublage se révèle de très bonne facture. Que ce soit en VO avec Lakeith Stanfield (Judas and the Black Messiah) ou même les voix françaises et japonaises, chaque personnage est heureusement incarné avec conviction, à défaut de bénéficier d’une écriture et d’un soin pouvant les rendre inoubliables.

Belle fleur de Lotus

Mais comment parler de Yasuke sans évoquer un point fort unanime : sa formidable BO par Flying Lotus (Blade Runner Black Out 2022) ! Mêlant à la fois percussions traditionnelles, cordes légères, beats contemporains et sonorités électroniques au synthétiseur Yamaha CS 60 (le même que pour Blade Runner), la musique est un personnage à part entière ! Tel un métronome, elle dicte le tempo de l’action et de toute la série,en mêlant les influences avec une aisance rare. Une bande-originale fantastique tout simplement, qui fait du bien aux esgourdes !

Au final, cette première saison de Yasuke ne remplit pas totalement son rôle, mais demeure un visionnage sympathique pour tout amateur d’anime. Si son univers visuel et multi-référentiel est inspiré, on regrettera tout de même le fait que l’aspect fantastique n’apporte peu à la mythologie réelle du personnage (légèrement mis de côté dans la seconde partie de surcroit). Une vraie série plus réaliste sur Yasuke aurait sans doute été plus pertinente, mais comme l’annoncent les créateurs, il ne s’agit que d’une introduction. On espère donc que la suite maîtrisera mieux sa narration pour plus exploiter son univers. Sympathique, mais perfectible donc.

Yasuke Saison 1 est disponible sur Netflix depuis le 29 avril 2021

avis

5 acier non-trempé
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Cinéphage, sériephile, médic...un touche-à-tout qui reste un grand rêveur !

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