Conclusion des six saisons, le film Peaky Blinders : L’immortel nous replonge dans l’effervescence de la blitzkrieg pour un long-métrage pourtant bien aseptisé. Dommage.
Tommy Shelby vit retiré lorsque Duke, son fils, se retrouve embarqué dans un complot mené sur le territoire britannique par l’Allemagne nazie. Sorti dans certains cinémas le 6 mars et diffusé sur Netflix à partir du 20 mars 2026, ce grand final de la saga, Peaky Blinders : L’Immortel, nous offre une conclusion sympathique, mais à des années lumières du potentiel narratif qu’on attendait. Parce que replonger les Peaky dans le Birmingham de 1940, faire revenir Tommy dans un monde au bord de l’implosion, reconnecter la mythologie Shelby à la grande Histoire, tout avait du sens. Le problème, c’est que le film ne transforme jamais cette belle promesse et se contente de se reposer sur ses lauriers télévisuels. Damn it.

Sur le papier, pourtant, la maison est bien tenue. Steven Knight reprend sa création, Tom Harper la met en scène, et la musique continue d’entretenir le vernis rock de la franchise avec Antony Genn et Martin Slattery à la partition, épaulés par Grian Chatten, Amy Taylor et même une nouvelle variation autour de Red Right Hand. Mais là encore, on retrouve le problème majeur du film : tout ce qui pointait jadis vers la fureur stylisée semble ici réduit à l’état de vernis policé. Le style est convoqué, presque exposé comme argument de vente, mais jamais il ne parviendra à rendre au show son aura d’antan.
Nearly got f$cking everything!
C’est là que le bas blesse, car Peaky Blinders : L’immortel (The Immortal Man en vo) ne se pose jamais vraiment comme un film. Il pense encore comme une série, du genre de celles qui auraient été déconstruites puis remontées à la va-vite. Les scènes avancent par blocs, les arcs se ferment comme des mini-épisodes et finalement les retrouvailles s’articulent comme autant de passages obligés, dans un gloubiboulga scénaristique chapitré bizarrement. On pige la structure et l’ensemble finit par ressembler à une saison compressée plutôt qu’à une vraie proposition de cinéma.
Le plus frustrant, c’est que cette logique sérielle contamine aussi le propos politique. Le fascisme, la guerre, l’Angleterre qui vacille, tout ce bagage aurait dû être le cœur brûlant du film, et c’est même ce qui justifie son existence puisque faisant directement suite à la montée du fascisme dans la saison 5. Or ce paysage historique reste étonnamment secondaire, presque décoratif. Un comble pour un univers qui tirait sa force de la confrontation de gangsters égoïstes avec les répercussions géopolitiques (prohibition, la Grande dépression etc) de leur époque. Là c’est un prétexte, un artifice narratif pour servir un propos timoré sur la résistance… Une direction assez absurde.

Surtout que le film souffre alors d’un rythme paradoxal. Si le long-métrage est lent, très lent, avec une pesanteur parfois presque comique, son intrigue va trop vite. Les enjeux s’ouvrent, se referment, changent de direction sans vraie respiration et les personnages s’enchaînent, les scénettes se suivent et la progression globale ne sait pas où donner de la tête. Reste cette filiation, cette relation père-fils un peu désuète (et toujours artificielle) qui n’est là que pour replonger le beau Tommy dans le cambouis de Birmingham et pour montrer aux jeunes comment faire le boulot. Tout n’est là que pour galvaniser notre attente du retour du gangster sous sa casquette Gavroche et pourtant, tout sonne faux, forcé, comme un vestige du passé auquel on s’accroche désespérément.
Visuellement, il y a bien quelques beaux restes. Les reconstitutions du Birmingham des années 1940 ont de l’allure, certains cadres retrouvent la mélancolie noire de la série, et l’ensemble reste très propre sur lui. Trop propre même et ce malgré cette incontournable élégance noire, quelques ralentis, quelques silhouettes découpées dans la brume ou des accès de violence bien envoyés, car le reste s’étiole tristement. Les scènes resserrées autour des protagonistes sentent le studio et l’artificiel et là où la série savait être vulgaire, brutale, presque électrique, le film préfère le paraître. Encore une fois, le style prédomine sur le fond et même là, on sent que quelque chose est en train de mourir chez cet Immortal Man, jusque dans le remix affreux de The Red Right Hand illustrant un Tommy sur son cheval au milieu de Birmingham (reflet direct du premier épisode de la saison 1). On voit l’hommage, mais il fait surtout mal au cœur.

Les retrouvailles et les caméos n’arrangent rien et s’enchaînent comme des cases à cocher et on sent ici la marque de fabrique de Netflix (au-delà de son arc narratif cousu de fils blancs) avec cette volonté de faire plaisir, de convoquer le souvenir, de faire revenir les silhouettes aimées (ou d’effacer les anciennes pour faire place nette). Sauf que tout est forcé, trop prévisible pour être vraiment émouvant. Alors certes Cillian Murphy reste légendaire avec son teint spectral dans ce long requiem, mais l’arrivée de Rebecca Ferguson, figure mystique charnelle un peu clichée ou de Tim Roth, assez peu crédible en méchant, finissent de faire de cet ensemble un métrage foutraque. Sauf Barry Keoghan en Duke Shelby sauve un peu la baraque en proposant ce doux mélange d’intériorité et d’explosivité charismatique chère aux Peaky Blinders. mais c’est maigre.
Loin d’être un mauvais film, ce Peaky Blinders : L’immortel n’en demeure pas moins une conclusion timide, politiquement correcte. Symptomatique des fins insatisfaisantes comme Game of thrones ou Stranger Things, peut-être sommes nous d’éternels insatisfaits qui ne faisons que rêver à une fin iconique pour les show mythiques qui nous ont régalé. Toujours est-il que cet Immortal Man semble bel et bien enterrer la série Peaky Blinders, à jamais inégalée, et surtout pas par sa propre conclusion. Cheers mate.
Peaky Blinders : L’immortel est disponible sur Netflix ce 20 mars 2026.
Avis
Là où Peaky Blinders savait être racée, punk, presque indécente de confiance, The Immortal Man préfère la lenteur, le convenu et le fan service. Une conclusion honorable, certes, mais loin d'être une grande fin.
