Lupin III – La lignée immortelle investit le Triangle des Bermudes pour y livrer un combat interminable contre un antagoniste douteux.
Lupin III – La lignée immortelle clôt une quadrilogie de longs-métrages initiée en 2014. Cette dernière étant basée sur l’œuvre originale de Monkey Punch, l’auteur du manga Lupin III. Pour ceux qui n’auraient pas tout suivi, le film resitue bien les protagonistes et leurs quêtes à son début. Ici, la bande s’échoue sur une île des Bermudes, où un certain Muom coule des jours heureux. Et il va en couler encore longtemps, puisqu’il est réputé pour son immortalité. Et voilà un défi à la hauteur de Lupin III, qui, tout naturellement, s’engage dans une bataille pour avoir sa peau. Cette conclusion est réalisée par Takeshi Koike, connu pour avoir dirigé le confidentiel mais visuellement extraordinaire Red Line (2010).
L’île au trépas
Ce nouveau Lupin III conclut ainsi un arc narratif. Il regroupe tous ses personnages principaux en un même endroit, contre un même adversaire. Le Triangle des Bermudes, toutefois un peu passé de mode, ravive toujours les rêveries de quelques scénaristes. Fidèle à la tradition qui colle à la peau de ce lieu, ce Lupin regorge de bizarreries, dont le fameux Muom. Ce dernier, au charadesign semblant tout droit sorti d’un spin-off Dragon Ball Z douteux. De manière quelque peu scabreuse, le scénario souffrant d’un manque flagrant de réflexion, Lupin se décide à lui faire la peau. Et pour tenter de doter le film d’un semblant de tension, il n’a que 24 heures pour y parvenir.

Ainsi, Lupin et sa bande s’attellent rapidement à tenter, par tous les moyens possibles, de le rayer de la carte. Appartenant au genre du seinen, on attendrait de ce film qu’il aille au-delà du schéma traditionnel du shonen, destiné à un public plus adolescent. Dans un shonen, le combat y occupe une place centrale, mais particulière, réfléchie. Un long-métrage est souvent ponctué de plusieurs petits affrontements, qui mènent à une apothéose lors d’un combat final époustouflant (comme l’a réalisé de manière remarquable le récent film Chainsaw Man). Chacun des affrontements contre l’adversaire a renforcé le personnage principal. Il parvient ainsi à vaincre le grand méchant, d’une part en s’étant dépassé (Demon Slayer) et d’autre part, en ayant compté sur ses amis pour l’appuyer (Kaiju n°8). Ici, rien de tout cela ne se produit. Les protagonistes s’acharnent de manière désordonnée et fouillie sur l’ennemi.
SOS d’un seinen en détresse
Lupin III – La lignée immortelle se caractérise ainsi par un affrontement particulièrement laborieux, dont l’action se dilue indubitablement. Ces attaques répétées n’offrent pas de moment fort, de point d’orgue. Les attaques répétées et banales sapent tout l’intérêt du combat. Rappelons aussi que Lupin III lorgne plus du côté du seinen. On s’attendait à des thèmes moins génériques que ceux du shonen, donc plus réflexifs sur la société (Akira) ou la nature humaine (Ghost in the Shell, Berserk). Encore une fois, ce long-métrage se démarque par son absence de vision. Et malgré sa patte graphique aux contours appuyés, le trait y apparaît souvent tremblotant. Là où cette direction artistique unique et ambitieuse sublimait les effets de vitesse de Red Line (portant sur de la course automobile), ici, elle n’ajoute presque pas de plus-value au combat. Cependant, nous soulignerons qu’au moins, la 3D se réduit au strict minimum.

Cet enlisement se montre tout naturellement délétère pour les relations entre les protagonistes. Malgré le sacrifice d’un personnage secondaire, marquant ainsi sa rédemption, l’œuvre peine à montrer comment cette aventure a renforcé les relations entre Lupin et ses amis. Les combats laissent habituellement place à des séquences plus narratives, au cours desquelles les films introduisent puis développent les personnages, leurs relations et leurs pensées. Une fois encore, ce combat interminable ne permet pas au scénario de s’emparer comme il le devrait de ses personnages. Mais aussi de son sujet, ô combien intéressant et matière à analyse, l’immortalité !
Le fils maudit
Hélas, Lupin III – La lignée immortelle grille presque tout son temps d’écran (environ une heure trente) à s’acharner sur un ennemi au charisme douteux. La pauvreté des dialogues, des relations entre les personnages et du sens du combat ne rendent pas hommage à cette saga culte. Il expédie son introduction et la présentation de son antagoniste, qui, en dépit d’un physique peu avantageux, aurait pu en avoir un peu plus dans la caboche. Et ce, pour se jeter à corps perdu dans une bataille qui n’en vaut pas vraiment la peine. La patte graphique extraordinaire de Takeshi Koike apparaît ici bien édulcorée et ne permet pas de rehausser, ne serait-ce que visuellement, ce combat contre l’immortalité (et l’immoralité).
Lupin III – La lignée immortelle sort le 25 mars 2026 en France, distribué par Eurozoom.
Avis
Lupin the IIIrd – La lignée immortelle conclut la quadrilogie amorcée en 2014, avec un affrontement placé sous le signe de l’épuisement plutôt que de la tension. Sur une île du Triangle des Bermudes, Lupin et sa bande se mesurent à Muom, un ennemi prétendument immortel dont le charisme peine à convaincre. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une réflexion sur la mortalité ou les liens entre les personnages, le film s’enlise dans un combat désordonné, répétitif et sans réel enjeu dramatique. Malgré la direction artistique singulière de Takeshi Koike, le résultat apparaît visuellement moins percutant et narrativement creux, réduisant ce film à une succession d’affrontements sans relief, dépourvu de la profondeur espérée d’un seinen.
