Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo, raconte le combat d’un homme avec deux forces supérieures : la mer et l’amour.
Les Travailleurs de la mer s’adresse à celles et ceux qui aiment les grands textes, les mots qui vibrent et résonnent longtemps, et l’univers puissant de Victor Hugo. Car c’est pour un voyage littéraire autant que théâtral que l’on embarque.
Une traversée littéraire épique
Dès les premières minutes, le spectacle impose sa matière première : le texte. Dense, descriptif, profondément évocateur, il fait surgir les paysages, la mer, la nuit, les rochers, les tempêtes, presque sous nos yeux. Pendant près d’une heure trente, on se laisse porter par cette langue de Victor Hugo qui rend les décors vivants et donne chair aux éléments.

Dans une pénombre enveloppante se dessine le portrait énigmatique d’un homme solitaire et insaisissable, errant la nuit, par tous les temps, au bord de la mer, le long des falaises et dans les rochers.
« La solitude fait des gens à talents ou des idiots. »
Une citation qui résonne tout particulièrement quand, par un jour de tempête, un navire fait naufrage au large de Guernesey. Son propriétaire promet la main de sa nièce à celui qui parviendra à le sauver. Gilliatt, secrètement amoureux de Déruchette, se lance alors dans un combat à mains nues contre la mer. Et c’est une véritable épopée intime qui commence.
Une performance d’acteur totalement habitée
Ce qui marque particulièrement dans cette adaptation, c’est l’engagement physique et émotionnel du comédien Elya Birman, dont nous avions déjà décelé le talent dans Un soir chez Renoir et Vernon Subutex. La performance captive et impressionne. Son corps tout entier est au service du texte, abandonné au récit qu’il incarne avec une puissance et une sensibilité admirables. Ainsi, chaque geste, chaque déplacement, chaque respiration fait exister Gilliatt, mais aussi la mer, le vent, la fatigue, l’obstination, la solitude.

On vogue littéralement avec lui, entre moments de tempête et accalmies. Impossible de décrocher : l’interprétation nous attrape et nous entraîne jusque dans les fonds marins, peuplés de nos pires angoisses et de créatures cauchemardesques.
Une mise en scène sobre mais immersive
La scénographie construit par petites touches un univers très fort et teinté d’une certaine poésie. Un bateau, composé de bric et de broc, dévoile sa silhouette sur scène. Il se transforme ensuite, au fil du récit et de ses péripéties, laissant apparaître des outils et autres accessoires qui accompagnent l’histoire.

Il y a aussi la création sonore, discrète mais pertinente, qui participe à notre immersion dans tous les replis de ce récit. Le bruit des vagues, le rire des mouettes, l’orage qui gronde, le bateau qui se fracasse, ou encore les cloches de l’église créent une atmosphère et rendent l’invisible palpable. Et quand la fin arrive, bouleversante, on a l’impression d’avoir traversé une tempête intérieure. Un moment rendu fascinant par la puissance dramatique du texte de Hugo et par cette interprétation rare qui doit, c’est certain, laisser le comédien à bout de souffle.
Les travailleurs de la mer, de Victor Hugo, adaptation Elya Birman et Clémentine Niewdanski, mise en scène Clémentine Niewdanski, avec Elya Birman, se joue jusqu’au 29 mars 2026 au Théâtre de Poche Montparnasse.

Avis
Avec Les Travailleurs de la mer, ce chef d’œuvre de Victor Hugo trouve une incarnation scénique puissante et sensible. La performance du comédien offre un écrin sublime et captivant à ce texte d'une grande beauté. Un spectacle qui laisse une vraie empreinte.
