Les Rayons et les Ombres est le nouveau film d’époque réalisé par Xavier Giannoli (Illusions Perdues). Porté par Jean Dujardin et August Diehl, cette ambitieuse fresque historique lève le voile sur les coulisses de la France collaborationniste sous Pétain, et s’impose comme un des meilleurs films français de ces dernières années !
Les Rayons et les Ombres débute via son introduction quelques années après la libération de la France. Nous sommes à Paris, l’occupation nazie est une page définitivement tournée, et pourtant un parfum lugubre émane d’un récit d’hors et déjà superbement capté par la photographie signée Christophe Beaucarne. Nous suivons Corinne Luchaire (Natsya Golubeva, la fille de Leos Carax) avec son enfant, alors qu’elle sera agressée pour collaboration avec l’ennemi !

Les Rayons et les Ombres dévoile ainsi l’identifiant du spectateur pour un récit opérant un long retour en arrière, alors que son père Jean Luchaire (Jean Dujardin) est un patron de presse idéaliste partageant une amitié durable avec l’allemand Otto (August Diehl). Promouvant une union franco-allemande dans le but de renforcer les liens entre les deux pays suite à la Grande Guerre, les deux hommes vont voir leur amitié mise à mal alors que Luchaire va être l’étendard de la presse collaborationniste sous Pétain, et Abetz l’ambassadeur du Troisième Reich à Paris !
Bien évidemment basé sur un récit véridique (tous les personnages ont réellement existé), Les Rayons et les Ombres affiche un programme copieux tout au long de ses 3h15. Xavier Giannoli tisse ainsi une toile narrative ample, levant le voile sur les coulisses de a France honteuse : celle dont elle n’est pas fière. Comment tout un gouvernement a pu céder face au régime hitlérien ? Loin de réciter un cours d’Histoire, le réalisateur traite son sujet en mettant le microscope sur le substrat de la liberté d’expression : le milieu journalistique, notamment par la revue Les Nouveaux Temps, véritable locomotive de la collaboration contrariée avec Hitler !
Illusions assassinées
Tout comme pour Illusions perdues, Les Rayons et les Ombres s’intéresse à ce microcosme influençant l’opinion générale, avec la même acuité et la même emphase sur son importance dans son éventuelle capacité à manipuler les masses. Mais de manière plus globale encore, le film scrute comment via des intentions louables (aucun des personnages n’est foncièrement mauvais et aucun ne partage les idéaux initiaux du parti nazi), la bascule peut se faire au niveau individuel.

C’est à une lente destruction de l’unité (familiale, éthique, patriotique..) que nous prépare Giannoli, dont le motif du rise & fall à la Scorsese est parfaitement appliqué dans un écrin de mise en scène absolument revigorant. Les Rayons et les Ombres jouit ainsi d’une technicité et d’une reconstitution d’époque exemplaire (plus de 30 millions d’euros de budget, et cela se voit !), prenant par ailleurs son envol dans des séquences de débauche et de ballet dionysiaques reflétant la déchéance idéologique d’un excellent Jean Dujardin dans un rôle plus trouble qu’à l’accoutumée.
Entre collaboration et désillusions collatérales
August Diehl est à nouveau parfait dans ce type de rôle à double facette, mais c’est définitivement Natsya Golubeva qui est la révélation de ce Les Rayons et les Ombres. La jeune actrice campe ainsi une actrice oubliée par l’Histoire, promise à un avenir fastueux avant que la maladie, le changement de régime et les agissements de son père ne viennent peu à peu fracturer son avenir. Corinne Luchaire paraîtra ainsi beaucoup plus en retrait (l’essentiel de ses séquences consistant ensuite à subir, à être dans l’attente ou à se shooter), comme pour mieux illustrer les répercussions collatérales et l’impuissance du quidam face à un jeu de puissants.

L’issue de Les Rayons et les Ombres ne surprendra certainement pas, alors que la libération et les vagues de tonte sont synonymes de descente aux enfers pour tous les protagonistes, mais Giannoli scrute toute cette page d’Histoire sans dénonciation facile ou indignation puérile. Alors qu’un cinéaste russe mis de côté de par les évènements du métrage l’exprimera à un moment-clé (« il nous reste le cinéma »), Xavier Giannoli ré-affirme la capacité du médium à opérer un travail rétrospectif et réflexif sans aspect didactique. Non, la catharsis se fait de manière artistique, et le devoir de mémoire trouve de curieuses résonances contemporaines…. Bref un très très bon film !
Les Rayons et les Ombres sortira au cinéma le 18 mars 2026
avis
Avec Les Rayons et les Ombres, Xavier Giannoli signe son meilleur film. Une grande fresque funèbre levant le voile sur une page honteuse de l'Histoire française alors en pleine collaboration avec le régime nazi, ré-affirmant le pouvoir cathartique du cinéma pour ce qui est d'offrir à la fois un rise & fall d'excellente facture et un réquisitoire plus vis-à-vis du pouvoir des médias sur la manipulation de l'opinion publique. Servi par un casting en grande forme et une reconstitution exemplaire, on tient là un vrai morceau de cinéma français comme on aimerait en voir plus souvent !
