Le vertige du jeu est un essai stimulant qui explore la puissance politique du jeu au cœur de l’Internationale situationniste.
Publié le 23 janvier 2026 aux Éditions de l’Atelier, Le Vertige du jeu : Révolution, jeu et fête dans l’Internationale situationniste propose une lecture vivante d’un mouvement souvent perçu comme théorique. Letizia Goretti y défend une idée forte : le jeu transforme la vie quotidienne et nourrit l’élan révolutionnaire. À travers 184 pages, elle cartographie un territoire où la fête, l’art et la subversion dialoguent avec la ville et l’imaginaire collectif.
Letizia Goretti est docteure en culture visuelle, photographe et chercheuse. Entre 2020 et 2023, elle mène des recherches associées à la BnF autour du fonds Suzanne Citron. Elle publie en 2024 Légataires sans héritage. Pensées pour un autre monde, déjà aux Éditions de l’Atelier. Son travail croise arts visuels, mémoire et engagement critique.
Debord et la fabrique des situations
Fondée en 1957 autour de Guy Debord, l’Internationale situationniste réunit artistes et intellectuels jusqu’en 1972. Le mouvement critique radicalement la société de consommation, qu’il nomme « société du spectacle ». Il ambitionne de libérer la vie quotidienne de l’aliénation marchande.
Les situationnistes inventent des « situations » vécues, mêlant jeu, poésie et action collective. Ils pratiquent la dérive, errance urbaine guidée par les émotions, et le détournement, technique qui recycle des images pour en inverser le sens. Leur objectif unit création culturelle d’avant-garde et critique révolutionnaire.
Le jeu comme méthode révolutionnaire
Letizia Goretti ouvre son essai par un préambule historique clair. Elle rappelle que « jouer signifie être dans le monde ». Le jeu incarne une manière d’habiter le réel avec intensité et conscience critique.
L’autrice montre comment les situationnistes systématisent leurs pratiques. Ils construisent des situations, expérimentent un urbanisme unitaire et conçoivent un théâtre collectif d’opérations culturelles. Le jeu devient moteur d’une contre-culture active.
« Qu’est-ce que le jeu si ce n’est une interprétation du monde et de la vie ? »
Le livre affirme que le jeu dépasse le divertissement. Il reflète nos imaginaires et nos règles sociales. Debord et ses compagnons utilisent le jeu comme arme culturelle. L’art, le cinéma et la littérature soutiennent une lutte globale contre le productivisme.
Le jeu permet une prise de conscience. Il offre un espace d’expérimentation où chacun réinvente sa place. L’autrice relie cette pensée aux enjeux contemporains, comme le capitalisme de l’attention et la saturation des écrans. Elle éclaire la modernité du propos avec finesse.
La ville comme terrain d’expérimentation
La ville occupe un rôle central dans l’essai. Les situationnistes y voient un terrain d’aventure. La dérive invite à parcourir les rues sans but utilitaire pour ressentir leurs ambiances. La psycho-géographie étudie l’impact des lieux sur nos émotions.
Le détournement complète ce dispositif. Il réemploie publicités, bandes dessinées ou films pour en transformer le message. Cette pratique révèle la puissance critique des images.
« Le jeu est toujours une représentation de quelque chose et une libération de l’angoisse et du malheur de la vie. Ainsi, le jeu situationniste symbolise cette libération et une autre façon de vivre. »
L’autrice décrit aussi l’héritage du mouvement. Les situationnistes choisissent de se saborder au sommet de leur influence pour préserver la radicalité de leurs idées. Leur pensée continue pourtant d’irriguer nos débats sur la standardisation des villes et la fatigue sociale.
En conclusion, Le Vertige du jeu propose une approche rafraîchissante d’un mouvement réputé complexe. Letizia Goretti éclaire l’Internationale situationniste à travers le prisme du jeu et révèle sa portée actuelle. Son essai séduit par sa clarté et son énergie intellectuelle. Cette lecture nourrit la réflexion et invite à réenchanter le quotidien.
Letizia Goretti – Le Vertige du jeu : révolution, jeu et fête dans l’Internationale situationniste, Éditions de l’Atelier, 184 pages, paru le 23 janvier 2026

Avis
Avec Le Vertige du jeu, Letizia Goretti relit l’Internationale situationniste à travers un prisme stimulant : le jeu comme force politique et existentielle. L’essai séduit par sa clarté et son actualité, même si la densité théorique freine parfois l’élan. Une lecture vivifiante pour repenser la ville, l’art et nos façons de vivre.
