L’Art d’avoir toujours raison mêle théâtre et conférence pour explorer avec humour les codes de la communication politique.
L’Art d’avoir toujours raison brouille volontairement les frontières entre théâtre et conférence. On se souvient de l’excellent spectacle, Le prix de l’ascension, qui nous plongeait dans les coulisses de la politique et de l’accession au pouvoir. Et en voici un très bon complément ! En transformant le public en stagiaires d’une formation politique, ce spectacle propose une expérience à la fois drôle, pédagogique et étonnamment éclairante. Et on a vraiment adoré se laisser prendre au jeu.
Une formation politique grandeur nature
Dès les premières minutes, le ton est donné : nous ne sommes pas là pour regarder un spectacle mais pour nous former. Les deux scientifiques qui nous accueillent, membres de la très sérieuse GIRAFE (Groupe Interdisciplinaire de Recherche pour l’Accession aux Fonctions Électorales), promettent « une méthode simple, rapide et infaillible pour remporter une élection« . Et on se laisse très vite embarquer par ce format aussi drôle qu’instructif.

Ce dispositif, à la fois malin et immersif, transforme le public en stagiaires politiques le temps du spectacle. Au fil des slides et de leurs titres qui font toujours sourire, on accède à différentes étapes pour devenir le meilleur candidat : comment avoir un bon programme, comment faire disparaître le conflit, comment réussir sa communication, et enfin avoir toujours raison. Pour cela, les excellents Maïa Le Fourn et David Guez n’hésitent pas à s’appuyer sur des exemples historiques, et même à nous proposer quelques travaux pratiques !
Un moment aussi drôle qu’instructif
Sous ses airs de conférence loufoque, le spectacle cache un vrai travail de fond. Tout est documenté, sourcé, précis. Les chiffres sont solides, les exemples parlent à tout le monde, et les concepts (passionnants !) sont expliqués avec beaucoup de clarté, en s’appuyant sur des extraits de discours d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et autres, qui résonnent soudain très différemment. On découvre la Fenêtre d’Overton et son effet de contraste passionnant, les stratégies de triangulation politique, ou encore les mécanismes de langage habiles et sournois qui transforment des “salariés” en “collaborateurs” ou des “syndicats” en “partenaires sociaux”, et cela à des fins bien moins louables qu’elles n’y paraissent à première vue.

Les digressions savoureuses du personnage de Bruno ainsi que la séquences hilarante sur les affiches de campagne absurdes (et bien réelles !) nous ont particulièrement régalés. Mais derrière l’humour, on comprend à quel point la communication façonne notre perception du réel. Et on repart avec des outils concrets pour mieux décoder les discours politiques.
L’Art d’avoir toujours raison nous transforme en électeurs éclairés
Au fil de la “formation”, certaines vérités troublantes s’imposent doucement. Notamment le fait que certaines idées connues et admises par tous comme étant nécessaires, restent politiquement impossibles à défendre, comme la décroissance. « Vous ne pouvez pas gagner une élection en promettant moins à des gens qui rêvent de plus. » Ça pique…

Le spectacle décortique ces contradictions avec finesse, humour et un sens du détail redoutable. Il s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur notre rapport collectif à la vérité, à l’information et aux mécanismes de manipulation. Et c’est bien volontiers que l’on participerait à la « version premium », qui promet encore bien des révélations croustillantes ! Ce qui est sûr, c’est qu’on n’écoutera plus jamais un discours politique de la même manière. Et à l’approche des élections, c’est sans doute une très bonne chose. Même si, après tout cela une petite voix nous chuchote à l’oreille : « mais alors, à quoi bon ? »
L’Art d’avoir toujours raison, de Logan de Carvalho et Sébastien Valignat, mise en scène Sébastien Valignat, avec Maïa Le Fourn et David Guez, se joue jusqu’au 30 mai 2026 au Théâtre Tristan Bernard.

Avis
Un spectacle solide, rythmé et intelligemment construit qui mêle humour et pédagogie. L’Art d’avoir toujours raison éclaire les coulisses de la communication politique tout en restant accessible au grand public. On en ressort plus lucide face aux discours politiques, et ça, c’est précieux.
