Si on aimait bien le bonhomme, la saison 2 de Landman confirme que Taylor Sheridan est doué pour développer ses personnages, mais surtout qu’il ne se cache désormais plus pour les mener sur une route très MAGA…
Tommy Norris, négociateur de terrain au cœur des oilfields texans (et vice-President de M-Tex), tente de gérer un business qui sent la poudre et une famille recomposée qui s’embrase à la moindre étincelle. La saison 1 (notre critique) promettait un certain équilibre, à savoir d’opposer l’industrie pétrolière, ses risques, ses morts, ses arrangements, avec la vie privée d’un type trop brut de décoffrage pour être un héros classique, mais assez cabossé pour intriguer. La saison 2 de Landman prend le chemin inattendu de s’enfoncer, au lieu de creuser le pétrole et ses dégâts, vers le soap familial, avec une vision du monde de plus en plus testostéronée et franchement trop réactionnaire pour notre plaisir.

Pour rappel, Landman s’inscrit à fond dans la machine du Yellowstone-verse développée par et autour de Taylor Sheridan. La série est co-créée par le bonhomme aux côtés du journaliste Christian Wallace, en s’inspirant du podcast Boomtown développé avec Texas Monthly, et le bon Taylor reste la plume dominante du projet. La production porte la patte des structures habituelles de ce Sheridan-verse, entre Bosque Ranch Productions, 101 Studios et MTV Entertainment Studios. Autrement dit, ce show estampillé et diffusé sur Paramount+ (les copains de Trump) se confirme comme un produit de plateforme très cadré, conçu pour parler à une Amérique polarisée, et ça se sent…
Make the Oil Great Again!
Là où la saison 1 pouvait laisser croire à une chronique âpre, parfois critique, d’une industrie qui dévaste et corrompt, la saison 2 bascule dans une mauvaise satire de droite. L’idéologie de Trump n’est jamais loin et cette Amérique MAGA, fière de sa brutalité, semble persuadée que la vulgarité est une preuve de sincérité, et que l’inclusivité mérite surtout qu’on s’en moque. La coloc vegan, les femmes, l’écologie en bref c’est tout un panel de réflexes “woke” qui deviennent des cibles faciles, des gimmicks, des punchlines, et le show perd alors le peu de crédibilité qu’il avait à son actif.
Or, et c’est là que ça devient frustrant, Sheridan, tout mascu qu’il soit, est doué dans l’écriture et le développement de ses personnages et Landman n’y fait pas exception. Il parvient sans mal à les rendre contradictoires, vivants, parfois touchants malgré leur dureté. Même quand l’univers moral part de travers, on sent une observation fine des rapports de classe, des codes virils, de la honte, du besoin d’être aimé, et c’est précisément cette justesse humaine qui empêche la série de totalement sombrer.

Faut dire que le casting y est pour beaucoup. Billy Bob Thornton demeure l’axe central tandis que Ali Larter continue de jouer la tornade électrique, et l’arrivée de Sam Elliott en père rugueux apporte une chaleur bienvenue, presque un contrepoids vertueux et salvateur. En face on retrouve Andy Garcia en Gallino, parrain d’un cartel mexicain qui s’invite dans l’économie locale avec le sourire poli d’un “investisseur”. Du beau monde. Pourtant, au milieu de cette belle brochette, on constate que si certains personnages portent le show à bout de bras, l’écriture de Sheridan se révèle plus macho qu’à l’accoutumée. Cami, jouée par Demi Moore, ou Rebecca interprétée par Kayla Wallace, sont des femmes fortes, stratèges, capables de tenir tête aux autres protagonistes. Mais elles sont souvent écrites dans une sorte de contraste permanent, vite recouvertes par la marée de personnages masculins qui occupent tout l’espace. Des hommes en Stetson omniprésents, parfois dominants, parfois creux, et tellement centraux que les femmes finissent par paraître nivelées par le bas, condamnées à réagir plutôt qu’à impulser réellement le récit.

Visuellement, la mise en scène est propre, efficace, mais sans vraie identité, avec une grammaire télévisuelle qui aligne les scènes sans les magnifier. En bref c’est fonctionnel. Heureusement, le Texas apporte la texture que la réalisation ne fabrique pas, ces horizons brûlés, cette lumière qui écrase tout, ces routes vides qui donnent une beauté rude à l’ensemble. C’est ça finalement, la facture formelle de Landman, ses paysages naturels délavés et ces villes tentaculaires, également écrasés par la chaleur.
Malgré tous ces heurts, le dernier épisode remet enfin la série sur ses rails. Le soap recule, l’industrie revient au centre, les conséquences reprennent du poids, le monde de requins redevient le sujet. On se surprend à se dire qu’il aura fallu neuf épisodes pour que Landman se retrouve, et ce sursaut final rend presque la saison défendable rétrospectivement. Si la suite s’accroche à cette direction, Landman peut redevenir une série qui mord vraiment. Si elle retourne au feuilleton trumpiste en bottes de cuir made in Paramount+, elle restera un objet paradoxal, brillant dans ses personnages, (très) discutable dans son regard sur le monde.
La saison 2 de Landman est diffusée sur Paramount+
Avis
La saison 2 de Landman continue de bien développer ses personnages, mais se perd dans un feuilleton familial gras, une satire politique mal digérée, et une vision du monde qui flirte trop souvent avec le fantasme MAGA.

