La saison 5 de Stranger Things devait être ce grand feu d’artifice final, celui qui te laisse avec de la cendre sur la langue et une larme bien placée au coin de l’œil. Pourtant, elle nous a surtout donné l’impression d’un sprint désordonné, pas bien finie visuellement et ourdie d’une écriture poussive, artificielle. L’occasion de revenir sur ce final (oui, c’est bel et bien terminé), et d’expliciter un peu le Conformity Gate.
Attention, spoilers en approche.
On fait le bilan, calmement
Après une saison 4 qui explosait littéralement nos attentes et développait magistralement le lore de Stranger Things, voilà que deux ans plus tard nous sommes de retour à Hawkins. Toujours traumatisée, toujours fissurée, et désormais obsédée par une seule chose : comprendre ce qu’est vraiment l’Upside Down et comment l’effacer pour de bon.
La saison 5 axe donc son angle narratif sur une idée importante : l’Upside Down n’est pas la maison originelle des monstres, mais un trou de ver, un passage dimensionnel vers leur vrai nid : l’Abysse (ou Dimension X) Un monde pas très jojo, qui se trouve être l’origine du Mind Flayer, des Demogorgons et de Vecna donc. Un repère de monstres, pourtant sans aucun Demogorgon dans ce final (bizarre ?) que nos héros en mulet vont donc tenter de ratiboiser.

Sauf que l’Upside Down se trouve être stabilisé par une sphère d’énergie pas très stable, constituée « d’exotic matter » et que Nancy va malencontreusement fragilisé en tirant dessus. Ce qui déclenchera un effet domino et aspirera des zones entières de l’Upside Down vers le vide intersidéral.
Le fil rouge émotionnel, lui, passe par les enfants pris au piège, dont la focalisation passe par Holly Wheeler (la sœur de Mike) également capturée. S’ils sont matérialisés dans l’esprit de Vecna, c’est surtout parce qu’ils se trouvent coincés dans l’Abysse, littéralement emprisonnés dans une sorte d’arbre organique fusionné avec Vecna (les branches qui aspirent leur âme).
Côté Will, la saison lui donne enfin de beaux moments de bravoure, entre la prise de contrôle des Demogorgons et son coming-out devant tous ses proches. Une prise de parole intime avant le combat final qui fait alors office de passage vers l’âge adulte. Dommage que Noah Shnapp ne parvienne jamais à trouver le bon ton pour nous emporter sur ce périple émotionnel, qui n’aura paradoxalement pas beaucoup évolué depuis la première saison de Stranger Things.

Et puis il y a le retour de Kali (Linnea Berthelsen). La saison 5 la ramène au premier plan, au point de la placer au cœur de l’ultime affrontement. Ce qui pourrait faire sens sur le papier puisque son personnage avait besoin d’une conclusion (son passage punk semblant inutile) et elle est l’arme parfaite pour rejoindre le gang avec ses pouvoirs d’illusions et de réalité bricolée. À l’écran par contre, c’est souvent poussif, et surtout tardif, comme un personnage ressorti du placard pour justifier une pirouette émotionnelle (expédiée qui plus est) plutôt que pour raconter quelque chose de réellement nécessaire.
Enfin, la storyline des militaires méchants qui cherchent des noises aux gentils. Une intrigue poussiéreuse, usée jusqu’à plus soif qui prend de la place, fait sentir tour son poids en laissant envisager un rebondissement à couper le souffle. Mais elle vient plutôt alourdir ce qui devrait être un dernier tour de piste engagé, récompensant notre attente (et la venue de Linda Hamilton, pour justifier de son chèque), pour finalement paraitre aussi inutile qu’incohérente, artificielle.
Le final de ses morts (ou pas !)
Le dernier épisode de la saison 5 de Stranger Things, “The Rightside Up”, lance la bataille finale sans attendre. Eleven, Kali et Max attaquent Henry dans son esprit, pendant que Hopper et Murray préparent le déclencheur de la bombe censée détruire l’Upside Down et le reste du groupe se prépare à entrer dans l’Abysse pour sauver les enfants. Tu suis ?

Sur le moment, ça bouge, ça crie, ça court, ça explose. Et c’est justement là que le bât blesse. Tout est énorme, donc rien ne l’est. Le final de Stranger Things ressemble à une accumulation de séquences “événement”, sans respiration, avec des moments qui devraient nous impacter, nous émouvoir, avec des morts utiles et qui auraient narrativement justifié de cette aventure spectaculaire. Mais non. Tout le monde s’en sort en mode happy-end des familles pour ne froisser personne, sauf que du coup, tout le monde est déçu. Pire, les militaires qui nous teasaient un final explosif sont tout simplement anecdotiques, inutiles jusqu’au bout (comme Linda Hamilton fantomatique). Scandaleux.
Visuellement, c’est pas génial non plus. Certains plans sont propres et justifient du budget hallucinant de cette dernière saison (et ses 30 millions de dollars par épisodes), d’autres sentent la découpe numérique à plein nez, avec ce fond vert discernable sur tous les plans d’ensemble des personnages dans l’Abysse ou dans l’Upside Down. Et quand l’image décroche, l’acting en prend plein la figure. Personne n’est là pour rattraper l’autre et c’est un florilège de surjeu (ou de non-jeu) qui s’alternent et finissent de rendre l’ensemble très décevant.

Le vrai problème reste l’écriture et ce faux rythme bizarroïde. Une heure d’affrontement avec Vecna (pas si mal mais hautement perfectible) et une heure d’épilogue, pour que chacun y aille de ses adieux déchirants. Le final veut conclure tout le monde, tout de suite, tout le temps. On nous offre une dernière session de Donjons et Dragons, un petit flashforward pour voir ce que Steve (Joe Keery) ou Robin (Maya Hawke) deviennent sitôt les évènements traumatiques d’Hawkins réparés, le futur de la relation entre Hopper (David Harbour) et Joyce (Winona Ryder) et il nous sert même sur un plateau une ambiguïté calculée sur le sort d’Eleven. À ce stade, on ne sait plus si l’émotion vient de l’épisode, ou du souvenir des saisons précédentes qui titillent notre nostalgie.
La théorie du Conformity Gate, késaco ?
C’est là que débarque le Conformity Gate. Une théorie née après le final du 1er janvier 2026, qui affirme que l’épilogue “trop normal”, “trop rangé”, serait une illusion. Vecna aurait gagné, et ce que l’on voit à la fin serait un faux happy end, une vision méta destinée à endormir les héros comme le public devant un faux dernier épisode (il apparaîtrait également sous la recherche de « fake ending » dans la barre de recherche de Netflix).
Pour soutenir cette théorie, les fans s’appuient sur des faux-raccords, une gestuelle de Vecna reprise par les diplômés d’Hawkins ou la coiffure de la famille Wheeler, identique à celle de Henry. Dans sa version la plus virale, la théorie promet même un épisode secret, un “épisode 9”, censé tomber le 7 janvier 2026 pour révéler la supercherie.
Spoiler : c’est faux, on est le 9 et rien n’est diffusé en lieu et place du final déceptif.

Pourquoi “Conformity” ? Parce que cette fin donne le sentiment d’une conformité imposée, d’un retour à l’ordre trop propre pour être honnête et parce que Stranger Things, quand ça fonctionne, ne ressemble jamais à un monde parfait, mais à des élucubrations de fouineurs rebelles jusqu’au bout des ongles.
Sauf qu’en face du fantasme, Netflix, les frères Duffer et la communication officielle ont coupé court en affirmant que tous les épisodes étaient disponibles, et qu’à part un long making-off, ou des projets de spinoffs prochains, rien n’est prévu pour remplacer ce final de la saison 5 de Stranger Things. Autrement dit, pas de neuvième cartouche cachée dans la console.
La fin justifie-t-elle les moyens ?
Le Conformity Gate marche parce qu’il transforme une déception en jeu (pas un D&D mais tu as l’idée) et qu’au lieu d’accepter une fin bancale, on la “résout” en cherchant des indices, en remonte des fils sur insta, en se racontant qu’un dernier twist va sauver la sensation laissée par la saison finale de Stranger Things.
Le pire c’est que la saison 5 nourrit elle-même cette possibilité, en mettant Kali au centre du dispositif final, et en jouant avec l’idée d’un récit illusoire. Mais surtout, le fait que cette théorie trouve preneur confirme autre chose. Elle confirme que la fin n’a pas convaincu une partie du public dans ce qu’elle montre.

Parce qu’en soit, une série peut se terminer sur une conclusion triste, ambiguë, même frustrante, et rester magnifique mais ici, la frustration ressemble moins à un choix artistique qu’à une course contre la montre pour clore ce lore trop éparpillé. Trop de retournements de situations balourds, trop d’arcs secondaires inaboutis, trop de spectacle mal engoncé…
Le Conformity Gate est une idée amusante mais s’il devient un réflexe collectif, c’est surtout parce que cette dernière saison a oublié une règle simple : un season finale, ça se construit, saison par saison, épisode par épisode, scène par scène, jusqu’à ce qu’on ne soit plus tenté de lui trouver des excuses ou des défauts, on l’accepte tel qu’il est.
Or ici, la saison est ratée, donc les épisodes le sont et le final, malheureusement, l’est aussi.

Est-ce qu’un épisode 9 de la saison 5 de Stranger Things existe ?
Non, Netflix a indiqué que tous les épisodes sont disponibles, ce qui a refroidi l’idée d’un épisode secret.
Est-ce qu’il y aura une saison 6 de Stranger Things ?
Non, Netflix et les frères Duffer l’ont officialisés malgré la fin ouverte avec Eleven (qui laisserait un éventuel revival possible), c’est la dernière fois qu’on suivait ces personnages d’Hawkins.
Pourquoi tout le monde parle du 7 janvier 2026 ?
Parce que la version virale du Conformity Gate annonçait une révélation à cette date, avec un “vrai” final qui contredirait celui du 1 janvier 2026.
Le Conformity Gate, c’est donc faux ?
En l’état, oui, au sens littéral d’un épisode caché. En revanche, comme lecture symbolique d’une fin trop “conforme”, ça résume très bien le malaise que la saison 5 laisse derrière elle.

