Renoir peint le portrait d’une enfance blessée. Tout en douceur et sans jugement, il questionne la famille et nos rapports aux autres.
Renoir prend place au Japon, en 1987. Sa réalisatrice, Chie Hayakawa, y conte l’enfance, ses affres, ses errances et ses joies. Après avoir dépeint la vieillesse dans son précédent long-métrage Plan 75, elle s’attarde ici sur le destin de Fuki (Yui Susuki), 11 ans. Entre un père mourant (Lily Franky) et une mère vaporeuse (Hikari Ishida), la jeune fille tente de trouver sa place dans ce monde. Les expérimentations de l’enfance, à la saveur amère de solitude, dressent le portrait d’une figure tant candide qu’abîmée. Et, oui, le titre Renoir fait bien allusion au célèbre peintre impressionniste. Dans une scène, Yuki contemple son portrait d’Irène Cahen d’Anvers (1880). Songeuse, elle se reconnaît en cette jeune fille du même âge et au regard plongé dans le vide.
Anatomie d’une errante
Renoir s’ouvre, à dessein, sur un paradoxe qui capte instantanément l’attention. L’image de l’enfance est généralement associée à la vie et à la joie. Pourtant, la mort sature le début du film, de la maladie incurable aux génocides. Cette mise en condition particulièrement rude nous rappelle un certain Carpe Diem. Cueillons la vie tant qu’il y en a et il n’y a pas plus réconfortant refuge que l’enfance. Dans ce monde merveilleux, chaque environnement devient un terrain de jeu, de la télépathie à l’hypnose (chacun ses goûts).

De retour à cet âge magique où le réel et l’irréel ne font qu’un, le personnage de Fuki résonne avec l’enfant qu’on a tous été. Le scénario lui ménage toujours une part d’ombre, d’insaisissable et d’imprévisible. Un peu comme dans les pérégrinations d’Alice au pays des merveilles, on ne peut jamais prévoir son prochain coup. À cet âge charnière entre l’enfance et l’adolescence, Fuki se cherche et recherche le contact avec l’autre (d’où ses expériences de télépathie avec son amie).
Vas, vis et deviens
À la suite de cette introduction dérangeante, Renoir s’adoucit. Il adopte un rythme tranquille et apaisant; la caméra se pose délicatement dans un recoin de l’espace, elle s’oublie presque. Là, elle laisse ses personnages librement vagabonder dans le décor au gré de leurs occupations. Filmé en été, le long-métrage s’enveloppe de couleurs chaudes et rassurantes, rappelant le cocon réconfortant qu’est l’enfance. Mais, parfois un peu engourdi par la chaleur, il traîne des longueurs çà et là. Parfois poussif, on pourrait lui reprocher quelques répétitions.

Enfin, Renoir esquisse le portrait d’une parentalité dysfonctionnelle, sans jugement, sans rancoeur. Sûrement est-ce là sa griffe nippone qui nous touche, en tant que spectateurs européens (les Japonais ne sont pas réputés pour engager des conflits frontaux). Ainsi, plutôt que d’accabler cette mère dépassée, il pose un éclairage sensible sur les blessures de l’enfance. En sa qualité de récit initiatique, il peint avec une certaine touche de mélancolie et d’âpreté le besoin de Fuki de se connecter aux autres.
Fresque de frasques enfantines
Si Renoir était une peinture, il serait un paysage d’été à l’aquarelle. Ses couleurs vives, jamais criardes, mais tout en délicatesse, émulent le monde magique de l’âge tendre. S’il était une friandise, il serait un bonbon à l’enrobage piquant. Sous l’épineux contexte familial de Fuki, la tendresse et l’insouciance de l’enfance se déploient avec force. Le film laisse toute la place à sa jeune héroïne, jamais elle n’est étouffée par un scénario trop linéaire ou des plans étriqués. Ainsi, bien que légèrement longuet par moment, Renoir conte avec sensibilité et justesse les blessures de l’enfance.
Sorti au cinéma en septembre 2025, Renoir a été édité en DVD et Blu-Ray en février 2026.
Avis
Renoir brosse un portrait doux amer de l'enfance. Enveloppé de couleurs chaudes et réconfortantes, il déploie pourtant une histoire difficile, racontée avec une sensibilité remarquable. Et ce, en dépit de quelques longueurs.
