Le cri des ténèbres mène une enquête campagnarde sur les traces de meurtres sordides. Lieu du crime : une maison funéraire. Glauque.
Le cri des ténèbres prend mieux son sens dans sa version originale, Funeral Home. En d’autres termes, une chambre funéraire. Pas mal, non, pour une Saint-Valentin ? Originellement sorti en 1980, il est réédité à cette date toute particulière par les Editions Rimini, spécialisées dans la remasterisation de films rétros. Ici, Heather (Lesleh Donaldson), 18 ans, s’apprête à passer l’été à la campagne chez sa grand-mère Maude, qu’elle n’a pas vue depuis des lustres. Au décès de son mari, cette-dernière transforme le salon funéraire qu’ils dirigeaient ensemble en une maison d’hôtes. Quelques visiteurs se hasardent à passer leurs vacances en ce lieu à la reconversion louche, pour ne pas dire sordide. Sans surprise, de nombreux hôtes disparaissent ou sont sauvagement assassinés en pleine nuit. Ces événements seraient-ils liés à l’étrange personne avec qui Maude (Kay Hawtrey) semble dialoguer dans la cave ?
Quatre hôtes pour un enterrement
Par son cadre rural, Le cri des ténèbres se place dans une catégorie toute particulière de films et d’intrigues qui explorent les espaces ruraux. Il se fonde sur les rumeurs qui circulent parmi les commères du coin et sur les rumeurs locales. Car, bien que la police enquête sur ces affaires d’assassinats, ni les corps, ni les coupables ont été retrouvés. Alors, faits réels ou hallucinations villageoises collectives ? Le film sème et entretient le doute avec habileté. Heater mène des vacances paisibles avec ses amis, tandis que sa grand-mère élude la question des disparus. Mais elle le fait avec un peu trop de force et de conviction, comme si elle avait quelque chose à cacher.

Le cri des ténèbres lorgne plutôt vers le thriller, le psychologique. N’allez pas y chercher de l’horreur visuelle. Il intrigue car les faits ne correspondent pas ; la grand-mère dit des choses bizarres, comme si elle voulait dissimuler une vérité dérangeante. Ces dialogues perturbants turlupinent non seulement Heater, mais tous ses spectateurs. Ce film canadien prend son public à partie et lui fait mener l’enquête auprès de la jeune fille. Chacun enfile sa casquette de détective en scrutant chaque plan et en (sur)interprétant chaque dialogue, pour percer ce mystère. Mais nous aurons beau conjecturer, impossible de mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Rageant, n’est-ce pas ?
Un cri court dans la nuit
Les confrontations entre Heater et sa grand-mère constituent ainsi le cœur du film. En dehors de la cuisine, où ils se tiennent majoritairement, le long-métrage en oublie presque qu’il joue dans la cour de l’horreur, ou de l’épouvante, du moins. En dépit, certes, de deux scènes flippantes, il se pare plutôt d’atours de films de vacances. Conscient de ces quelques faiblesses, le film, dirigé par William Fruet, surcompense par son ambiance sonore exagérée. Dans Le cri des ténèbres, les portes ne grincent pas, leurs gonds hurlent, le chat ne feule pas, il s’égosille en dialecte félin et la musique artificiellement angoissante se déclencheur toujours très en amont du drame, histoire de bien voir venir le charivari.

Cahin-caha, donc, Le cri des ténèbres s’achemine inéluctablement vers son dénouement. Il s’engouffre alors dans la cave de la grand-mère louche, en une séquence de course poursuite abominable qui préfigure celle du Silence de agneaux. Ces scènes de violence atroce et de suspens insoutenable (Heater va-t-elle en ressortir vivante ?) conduisent à un dénouement qui sauve le film des abysses de l’oubli. Le retournement de situation final nous fait nous sentir bien bêtes. Nous avons passé le film à pressentir, conjecturer, théoriser. Le cri des ténèbres nous a sciemment menés sur une fausse piste pour nous prendre magistralement à revers. Quel coup de génie final !
La mort est dans le pré
Le cri des ténèbres n’est pas un très long film, mais il montre souvent des signes d’essoufflement. Il faut bien une demi-heure (soit un tiers du métrage) avant d’entrer réellement, quoique timidement, dans cette histoire sordide. Pour cause, son scénario et sa mise en scène reposent presque exclusivement sur les confrontations entre Heather et sa grand-mère ; un pari narratif limité pour soutenir un film entier. Il peine alors à se rythmer convenablement, entre un corps mou et un final splendide.
Initialement sorti en 1980, Le cri des ténèbres a été réédité par les Editions Rimini le 14 février 2026.

Avis
Le cri des ténèbres peine à trouver un bon rythme, il effleurerait presque cette histoire sordide. Timide de s'y jeter à corps perdu, son scénario et sa mise en scène reposent presque exclusivement sur les confrontations entre Heather et sa grand-mère. Heureusement, son retournement de situation final flamboyant rattrape son développement parfois morne.
