Les sables du Kalahari se la joue survival dans le désert. Qui réchappera de deux heures de luttes pour la survie dans ce tombeau de sable ?
Les sables du Kalahari sont inhospitaliers et impitoyables. Comme tous les déserts, l’implacable loi du plus fort règne, entre le manque de vivres et les conditions climatiques extrêmes. Les sables du Kalahari (1965) s’inspire du livre éponyme, paru en 1960 par William Mulvihill. Un avion s’empêtre dans une tempête dans le désert du Kalahari (en actuelle Namibie) et s’écrase entre quelques dunes sous l’œil méfiant d’une tribu de babouins. Et comme nos cousins les primates, les 6 survivants se constitueront en tribu aux rôles bien définis. Dans ce film de survie, le dominant, la blondasse nunuche, le paria, et les poids morts s’en sortiront-ils tous indemnes ?
L’homme est un babouin comme un autre
Les sables du Kalahari se la joue retour à une protocivilisation. L’Afrique, berceau des premiers humains, ne pouvait jouer meilleure toile de fond. Le film distribue assez prestement les rôles au sein de la micro-tribu. Ce procédé instaure rapidement des tensions entre les personnages, exacerbées par le manque cruel d’eau et de vivres pour survivre. Le chef de tribu conquiert ainsi la seule nana à bord, tout en mandatant les maillons faibles d’aller chercher de l’aide (ou plutôt, en les envoyant crever un peu plus loin dans le désert).

Ce chef de tribu (Stuart Whitman), mâle torse nu, hâlé et velu, incarne le culte de la virilité dans les années 1960. N’oublions pas que ce long-métrage de survie réalisé par Cy Endfield souffle ses 61 bougies. Il se regarde aujourd’hui comme un film de son temps, aux propos parfois datés. Son affrontement à mains nues contre un babouin enragé, prête aujourd’hui à sourire. Mais souvenons-nous que la pratique était en vogue dans le temps. Rappelons-nous le combat contre le félin dans Le tigre du Bengale de Fritz Lang, sorti en 1959.
Les sables du temps
Les sables du Kalahari renvoie aussi à ces films poussiéreux, dont toute volonté de se dynamiser est tuée dans l’œuf par un manque de budget apparent. Il installe, dès son introduction, un rythme somnolent. Les scènes s’étirent à n’en plus finir en plans fixes aux cadrages douteux. Ni assez resserrés sur les visages pour en capter les émotions, ni assez larges pour faire profiter de la beauté des paysages. Pourtant, les déserts nous ont gratifiés de quelques décors aujourd’hui légendaires, de l’introduction de 2001, L’odyssée de l’espace (1968) à Star Wars (1977).

Le film se censure aussi dans son propos, en se circonscrivant aux instincts primaires de survie. Les journées sont longues dans un désert, et les nuits rudes lorsque réfugiés dans une grotte. Une cavité rocheuse qui nous rappelle, spectateurs d’aujourd’hui, Winter Sleep (palme d’or 2014). Dans ce film de Nuri Bilge Ceylan, l’enferment prolongé pousse les personnages à bavasser pendant 3 heures sur les choses de la vie. On aurait pu attendre Les sables du Kalahari sur ce terrain. Atteints par la chaleur et la dénutrition, les personnages auraient pu nous offrir des dialogues plus recherchés.
Film de niche
Les sables du Kalahari est de ces films pour lesquels il faut éprouver un penchant naturel, pour en réchapper indemne. La vraie survie, ce n’est pas aussi glamour que dans Man WS Wild. L’entreprise s’exalte dans la longueur atroce du temps étiré, à l’image des séquences à rallonge du film. Elle est aussi déterminée intellectuellement par vos compagnons d’infortune, parfois faibles d’esprit, à l’instar des personnages limités de ce long-métrage. C’est ainsi en un franc soupir de soulagement à la venue de l’hélicoptère de secours, que nous quittons enfin Les sables du Kalahari.
Les sables du Kalahari, initialement sorti en 1965, a été réédité en DVD et Blu-Ray le 21 janvier 2026 aux Éditions Rimini.
Avis
Les sables du Kalahari joue en terrain escarpé. D'un côté, il dépeint avec un certain réalisme les jeux de pouvoir et les mesquineries d'une tribu d'infortune luttant pour sa survie. De l'autre, sa réalisation limitée ne s'appréciera que des aficionados du genre survival à l'ancienne.

