En attendant l’Odyssée de Nolan avec Matt Damon, Ralph Fiennes et Juliette Binoche humanisent le mythe dans The Return, le retour d’Ulysse dont Uberto Pasolini signe un drame antique minimaliste qui ressemble plus à une lente remontée des enfers intérieurs qu’à un retour légendaire.
De retour de la guerre de Troie après vingt ans d’absence, Ulysse échoue sur les côtes d’Ithaque, méconnaissable, brisé, tandis que Pénélope s’épuise à repousser des prétendants de plus en plus oppressants. The Return, le retour d’Ulysse s’attache à ces quelques jours suspendus où le roi, le soldat et le mari doivent de nouveau cohabiter alors que le royaume a appris à vivre, et sa famille à survivre, sans lui. Le film interroge ce que devient la légende quand elle se heurte au réel et installe un ton grave, mélancolique, loin du grand spectacle héroïque. Finalement, la question ici n’est pas tant de savoir comment Ulysse va reprendre sa place que de comprendre s’il en a encore une.

Réalisée par Uberto Pasolini, également co-scénariste avec John Collee et Edward Bond, cette relecture de Homère est une coproduction entre l’Italie, la Grèce, le Royaume-Uni et la France. Produit par Pasolini avec notamment Picomedia, Rai Cinema et Heretic, The Return a été tourné principalement sur l’île de Corfou, dans le Péloponnèse et en Italie, là où des forteresses à flanc de falaise et quelques ruines suffisent à évoquer le palais d’Ithaque. Ainsi, le film affiche un budget bien plus modeste que les grands péplums récents et transforme ce manque de spectaculaire en parti pris intimiste, recentré sur les corps et les silences, eux-mêmes soulagés par la musique émotionnelle de Rachel Portman qui préfère la marée intérieure au thème triomphal du héros. Une proposition d’une sobriété folle, pour nous offrir une tragédie familiale plutôt qu’une fresque.
La guerre de Troie a bien eu lieu
En effet, Pasolini décide d’aseptiser l’Odyssée d’Homère, sans dieux qui interviennent ni chants mythologiques, pour revenir à l’os du récit, le retour d’un homme qui ne sait plus s’il mérite encore sa place dans sa demeure. Le cinéaste nous propose une intrigue focalisée sur le huis clos à ciel ouvert du palais et la tension entre Ulysse, méconnaissable, Pénélope et Télémaque, et transforme les épreuves épiques en conflits psychologiques. Ulysse arrive rongé de troubles post-traumatique, un PTSD que Ralph Fiennes porte dans chaque regard, chaque geste de son corps noueux, muscles saillants comme de vieux cordages usés par le sel, loin des torses huilés du péplum classique, hanté par ce qu’il a vu et fait. Pénélope, que Juliette Binoche incarne majestueusement, n’est plus seulement l’archétype de l’épouse fidèle mais une femme épuisée, à la limite de la dépression malgré sa résilience éperdue, coincée entre la promesse faite à un absent et la violence d’une cour qui la presse de choisir. Entre eux, Télémaque, joué par Charlie Plummer, ère comme un adolescent en exil chez lui, coincé entre le fantôme glorieux d’un père idolâtré par les autres et cet homme en haillons qui débarque enfin.

Les scènes entre les trois dessinent une famille dysfonctionnelle, consumée par le ressentiment ou la honte. Car la force de cette réécriture tient aussi dans son refus de montrer de longs flashbacks explicatifs, de longue exposition, pour se concentrer sur des dialogues disséminés ici et là et laisser transparaître silencieusement l’horreur de la guerre de Troie et ce qu’elle laisse d’indélébile sur le vétéran ou ceux qui ont souffert de son absence. Pasolini fait le pari du non-dit et préfère laisser les rapports se redessiner à coups de regards, de phrases coupées ou d’une violence effacée. Un minimalisme qui crée une tension intérieure intéressante mais laisse parfois la sensation d’un film un peu sec.

C’est également dans sa mise en scène que The Return prolonge cette sécheresse narrative. Les décors naturels, les pierres brûlées par le soleil, les murs rugueux d’un château accroché à la roche donnent à Ithaque une allure de forteresse fatiguée, qui reflète autant l’état du royaume que celui du couple au bord de la rupture. Les visages eux remplissent le cadre et les yeux deviennent des paysages plus bouleversants que n’importe quel champ de bataille via une photographie très contrastée, flirtant délicieusement avec le clair-obscur des peintures antiques. Néanmoins, on sent les limites du budget dans les rares scènes d’affrontement, un peu raides, presque trop théâtralisées pour convaincre, comme si la caméra reculait dès que la violence devait devenir spectaculaire. Car contrairement aux grands péplums consacrés à l’Antiquité grecque, de Troie à 300, The Return, le retour d’Ulysse préfère scruter les corps fatigués, des tissus élimés, que de se cacher derrière un déluge de CGI grandiloquent. En bref, on sent que le film est plus à l’aise dans la tension mutique que dans le fracas des armes.
Malgré une construction un peu linéaire et une approche parfois trop théâtralisée, Uberto Pasolini signe avec The Return, le retour d’Ulysse un drame âpre et profondément humain, en choisissant de filmer moins le mythe que les dégâts qu’il laisse derrière lui. Un bel épilogue en somme.
The Return, le retour d’Ulysse est disponible en Blu-ray, DVD & VOD depuis le 3 décembre 2025.
Avis
Anti péplum intime, The Return, le retour d'Ulysse transforme le retour du héros grec en drame de famille tendu, porté par Ralph Fiennes et Juliette Binoche dans une mise en scène sobre mais habitée.

