Meurtres, secrets d’adolescence et drame familial : His & Hers promet un grand thriller… mais laisse un goût d’inachevé. On vous dit tout (avec spoilers) !
Adaptée du roman Lui & moi d’Alice Feeney, la mini‑série His & Hers reprend une mécanique chère au thriller psychologique. On trouve deux regards opposés sur une même affaire, deux vérités possibles, et un passé qui refuse de rester enterré. À Dahlonega, petite ville étouffante de Géorgie où tout le monde se connaît trop bien, un meurtre sordide est commis. Anna Andrews, journaliste marquée par un drame intime, est contrainte de revenir sur les lieux de son adolescence. Face à elle, on trouve Jack Harper, policier chargé de l’enquête et mari dont elle s’est séparée sans jamais vraiment cesser de l’aimer. Il traîne lui aussi un lourd passif avec la victime. Très vite, l’enquête criminelle se transforme en plongée dans un passé collectif. Passé fait de silences, de lâchetés et de traumatismes non résolus.
Casting et personnages
La série s’articule autour d’Anna (Tessa Thompson : Creed, Westworld…) et Jack (Jon Bernthal : Fury, The Bear…), deux personnages liés autant par le passé que par la culpabilité. Anna est présentée comme une femme fragile mais déterminée, hantée par la mort de son enfant et par une adolescence qu’elle préfère ne pas revisiter. Jusqu’à ce que l’enquête l’oblige à affronter ce qu’elle a tenté d’oublier. Jack, lui, incarne un policier rongé par la faute, trop impliqué émotionnellement pour mener une enquête sereine, notamment parce qu’il a entretenu une liaison avec Rachel, la victime.
À leurs côtés, Priya Patel (jouée par Sunita Mani), collègue de Jack, apporte un regard plus rationnel et devient rapidement celle qui perçoit les incohérences du récit officiel. Lexy Jones (Rebecca Rittenhouse), présentatrice télé charismatique, incarne une figure trouble. Elle s’avère différente de l’image lisse qu’elle projette à l’écran. Et elle possède un lien intime inattendu avec le passé d’Anna et de Dahlonega. Malgré un potentiel évident, la série peine pourtant à faire évoluer ces figures au‑delà de fonctions très lisibles. On trouve l’héroïne blessée.. mais aussi le flic fautif mais pardonnable, la survivante en colère et la mère sacrificielle qui plane en arrière‑plan.

Des thèmes forts mais survolés
His & Hers aborde des thématiques lourdes : violences sexuelles, culpabilité collective, responsabilité de celles et ceux qui regardent sans agir. Ainsi que la manière dont une communauté préfère préserver sa tranquillité plutôt que d’affronter la vérité. Le cœur du récit repose sur la vengeance d’une mère face au viol de sa fille adolescente. Vengeance que la série présente comme protectrice et « par amour », mais qui se révèle profondément destructrice pour tout le monde.
La série interroge aussi la mémoire, les récits biaisés et la façon dont chacun reconstruit le passé pour survivre. Anna ayant elle‑même enfoui la réalité de ce qui s’est passé cette nuit‑là. Ces pistes restent intéressantes mais souvent survolées. En voulant tout expliciter, His & Hers peine à installer une tension psychologique durable et un véritable malaise moral.
Révélations au fil de la série
Dès le premier épisode, le meurtre de Rachel pose les bases du mensonge. Jack dissimule sa liaison avec la victime et falsifie son récit. Tandis qu’Anna observe, impuissante, celui qui fut son mari s’enfoncer dans ses contradictions. Très vite, les témoignages révèlent que Rachel n’était pas une victime isolée mais un maillon d’un réseau de secrets. Son mari est pris dans un chantage lié à des pratiques sexuelles filmées. Et plusieurs habitants de la ville ont quelque chose à perdre si la vérité éclate.
Les soupçons se resserrent lorsque Helen Wang (Poppy Liu, déjà connue pour Hacks) est retrouvée morte à son tour. Anna est officiellement celle qui découvre le corps après un appel censé provenir d’Helen. Mais l’enquête montrera que la victime était déjà morte au moment du coup de fil. Signal qu’une main extérieure manipule la mise en scène ? Le passé d’un groupe d’adolescentes refait alors surface, jusqu’à une soirée d’anniversaire qui a tout fait basculer.
Ce soir‑là, Catherine est agressée par plusieurs garçons invités en secret. Tandis que Rachel, Helen et Zoé orchestrent la soirée et regardent leurs amies sans rien faire. Un souvenir qu’elle a longtemps enfoui derrière l’alcool et le déni. Catherine disparaît peu de temps après. Avant de réapparaître des années plus tard sous l’identité de Lexy, présentatrice star que personne ne reconnaît. Et dont le retour coïncide avec la nouvelle série de meurtres.
La vérité éclate progressivement : Lexy est bien Catherine. Survivante d’un passé que la ville préfère oublier. Et dont la colère ancienne et la posture publique font d’elle une suspecte idéale aux yeux d’Anna et de Jack. L’affrontement final oppose Anna à Lexy, avant l’intervention de Jack et de Priya. Lexy est abattue, Richard (son mari, et caméraman d’Anna) arrêté, et tout le monde accepte l’idée qu’elle était la tueuse. L’affaire semble close. La ville prête à tourner la page. Anna et Jack paraissant enfin sur la voie d’un fragile apaisement.

Jusqu’à l’épilogue…
Un an plus tard, un dernier retournement révèle que la véritable meurtrière est Alice, la mère d’Anna. Après avoir découvert l’enregistrement de la soirée d’anniversaire et le viol de sa fille. En effet, ce n’est pas Catherine qui s’est fait violer car Anna l’a défendue. Catherine s’est alors sauvée, laissant Anna aux prises des violeurs. Elle a décidé de punir Rachel, Helen et Zoé pour leur rôle dans ce drame et leur silence. Pour cela, elle a organisé minutieusement les trois meurtres. Puis, elle a simulé une démence sénile, manipulé les indices et orienté les soupçons vers Lexy. Enfin, elle a profité de sa position de mère vieillissante et apparemment vulnérable pour passer sous les radars.
Lexy était en colère contre Anna pour son laisser-faire face au harcèlement qu’elle avait subi à l’école par ses camarades. On assiste notamment à une scène où Rachel lui fait boire une cannette de soda contenant son urine. Et où les autres filles, dont Anna, assistent sans protester. Mais aussi parce que c’était Anna qui l’avait invité à sa fête d’anniversaire. Elle pensait qu’elles étaient amies. Et cependant, la croyait complice des autres filles.
Anna découvre la vérité dans une lettre. Alice y explique que tout a été fait « par amour », pour protéger sa fille. Parce que la justice et la communauté ont failli. Ce twist final recontextualise la série en drame familial autant qu’en thriller, tout en fermant clairement la porte à l’ambiguïté. En effet, le visage du monstre est connu, ses motivations aussi.

Différences avec le livre
Le roman d’Alice Feeney cultive en permanence le doute. Il alterne les points de vue d’Anna et de Jack et chapitres narrés par le/la tueur/tueuse. De son côté, la série choisit une approche beaucoup plus linéaire et explicative. Le spectateur sait rapidement qu’Anna et Jack sont tous deux faillibles. Mais jamais réellement dangereux. Tandis que la figure de Catherine/Lexy se cristallise très tôt comme menace principale.
Dans le livre, l’ambiguïté est entretenue jusqu’aux dernières pages. La fiabilité d’Anna est sans cesse remise en question. Sa perception de la réalité est sabotée par des événements qu’elle relie à l’alcool. Alors qu’en réalité ils sont liés à l’intervention d’Alice. Le roman laisse une part d’incertitude sur ce que chacun sait réellement. Ainsi que sur la responsabilité finale. Tandis que la série met tout à plat dans un épilogue qui lève explicitement le doute sur l’identité de la meurtrière et sur son mobile.
Changement majeur : dans le livre, c’est bien Catherine qui se fait violer en bande et Anna qui s’enfuit. L’intention de la mère est d’abord de faire passer Jack pour le tueur. Pour cela, elle place de nombreuses preuves contre lui par-ci par-là comme dans la série. Puis, quand elle réalise qu’il renoue avec sa fille, elle déplace la culpabilité vers Catherine en l’impliquant dans l’intrigue. Cependant, si cela fonctionne bien dans le livre, la série choisit d’ inverser le rôle de celle qui se fait violer pour impliquer Lexy et en faire une coupable idéale. En conséquence, la scène de l’affrontement entre les deux femmes, qui se veut ambigüe pour brouiller les pistes, ne fonctionne pas. Et ce, malgré la résolution de l’intrigue.
L’adaptation Netflix accentue la dimension mélodramatique et familiale de l’histoire. En effet, elle insiste sur la réconciliation d’Anna et Jack. Sur leur nouveau départ. Et sur le face‑à‑face tardif entre Anna et sa mère. Tout ceci au détriment du malaise persistant et de l’ambiguïté morale qui faisait la force du roman.
Résultat : His & Hers reste un thriller efficace mais lisse. C’est agréable sur le moment, vite oublié une fois le générique passé, et clairement en dessous de son matériau d’origine.

