Dans Gourou, Yann Gozlan et Pierre Niney racontent l’histoire de Matt Vasseur, coach en développement personnel. L’affiche du film et le propos tenu par l’intrigue nous mettent face à une question centrale, à quel point sommes-nous prêts à faire confiance à nos idoles ? Connaissons-nous vraiment ceux qu’on admire tellement ? A l’ère des réseaux sociaux, le long métrage soulève de nombreuses questions.
Quand on entre en salle pour voir Gourou (notre critique) de Yann Gozlan, on sait à peu près ce qu’on va voir. Mais on ressort avec encore plus de questions en tête. Pierre Niney dans la peau de coach Matt nous met face à de nombreux débats terriblement actuels… On te propose donc, cher lecteur, quelques pistes de réflexions sur les sujets abordés dans le long-métrage (attention il y aura quelques spoilers). D’ailleurs, tout au long du propos on s’est permis de te glisser quelques références pour approfondir le sujet si le coeur t’en dit !
Qui dit Gourou…
Quand on pense au mot « gourou » on le rattache assez aisément à celui de « secte ». L’un comme l’autre véhiculent des idées plutôt négatives. Si on cherche par curiosité la définition du premier, on trouve dans le CNRTL : « Maître spirituel, précepteur religieux ». De fait, en collant ce nom sur le visage de Pierre Niney, la seule affiche du film suffit pour donner le ton. Mais, une pensée encore un peu innocente aimerait croire que le développement personnel ou le bien-être peuvent difficilement cocher la case de « secte ». Cette petite pensée, on se permet de la balayer bien vite. Le simple exemple de la toxicité du mouvement « body positive » est assez parlant. Une manière de pensée qui prône l’acceptation de son corps, et si c’est absolument nécessaire, cette positivité devient toxique dès lors qu’elle refuse d’admettre que notre corps ne nous plait pas tout le temps. Pour le body positive, on doit s’aimer au naturel, tout le temps. Et cette acceptation constante mène à un rejet aboslu de comportement fondamentalement humain. En effet, il n’y a rien de plus normal que d’avoir des doutes vis à vis de notre propre reflet. Et si les fondements du body positives sont bons, les derives ont menés à des comportements très toxiques.

Les dérives sectaires sont un sujet éminemment complexe. On connait tous au moins l’histoire d’une secte, que ça soit celle des Scientistes ou encore le mouvement des Raëliens. Mais en réalité, il y en a tellement, et ce qu’on ne sait pas toujours, c’est que certaines sont très actives, et pas aussi éloignées que ce que l’on croit. Par exemple, cher lecteur parisien, si tu passes dans les XIème, XIIème et XXème arrondissement, sache que tu traverses les lieux d’habitations de La Famille. Secte parisienne religieuse et surtout très secrète qui regroupe 8 familles, cette communauté a été fondée en 1819. Il est à noter qu’on ne peut pas entrer dans cette secte, il faut y naître. On t’invite à te renseigner sur l’histoire assez fascinante de La Famille si le sujet des sectes t’intéresse ! Et la liste de ces organisations s’allonge… Mais pour qu’une secte existe, il lui faut bien des adeptes. De nos jours, tous les moyens sont bon pour recruter, et les réseaux sociaux sont un vecteur de choix.
… Dit influenceurs ?
Quand on va voir Gourou de Yann Gozlan, on en ressort avec un sentiment glaçant. Si on aimerait laisser l’étiquette de « gourou » a des fous à la tête de d’organisations sectaires, force est de constater que la frontière n’est en réalité pas si facile à tracer. Dans le long-métrage, Pierre Niney est omniprésent et il parle à chacun de ses adeptes comme s’il les connaissait depuis toujours. Mais ça… on le vit déjà tous plus ou moins. Qui n’a pas déjà eu l’impression de vivre une relation para-sociale ? Dans une vidéo très complète, le youtubeur Cyrus North explicite ce concept, l’impression de connaître quelqu’un via un écran. La complexité de ce statut est souvent abordé par de nombreux youtubeurs qui dénoncent les excès de certains de leurs fans (on pense notamment à Mastu qui a pris la parole suite à s’être fait interpelé jusque chez lui). Cette ambiguïté dans la manière de percevoir ces personnalités publiques, Pierre Niney l’évoque en faisant un rapprochement comique entre le fait d’être influence et d’être un gourou dans une vidéo tournée avec le créateur de contenu Amixem. Parce qu’on les voit derrière un petit écran dans le contexte plus intimiste de notre chambre, on a l’impression de les connaître plus personnellement. Mais il nous semble bon de rappeler que si on a ce sentiment, d’être amis avec eux, eux, ne nous connaissent pas.

Pour toute une génération, les influenceurs ont un statut particulier. Quand ils ont nos âges, c’est difficile de réussir à prendre du recul. On a l’impression de les connaître, parce qu’ils vivent les mêmes choses que nous, traversent les mêmes épreuves. Alors que pas du tout. Dans un interview donné à GQ magazine, Pierre Niney définit son métier ainsi « Notre mission d’artiste, c’est de vous mentir, avec votre permission ». Cette citation est d’autant plus marquante que dans le film, Mathieu Vasseur dit lui-même que Coach Matt n’est qu’un personnage qu’il s’efforce de mettre en scène. La vraie question qu’on peut se poser, c’est ce qui différencie les youtubeurs des acteurs. Pourquoi est-ce qu’on pourrait pas se dire qu’eux aussi nous mentent avec notre permission ? C’est peut-être à cause de la proximité créée par la diffusion sur nos ordinateurs, nos portables, la différence d’âge… Mais au fond, il n’y pas de différence. Les influenceurs sont des personnalités publiques qu’on ne pourra jamais connaître comme on l’aimerait, pour la simple et bonne raison qu’il y a un écran entre eux et nous.
Le message derrière tout ça ?
Ce que questionnent Yann Gozlan et Pierre Niney dans Gourou c’est la facilité avec laquelle nous pouvons accorder notre confiance à des gens que nous croyons connaître. Jusqu’à où sommes nous prêt à aller pour des personnalités que nous adulons ? Deux extrêmes sont mis en évidence dans le long-métrage, la folie du personnage de Julien qui ne cesse de dire à Matt qu’il l’aime, et la paranoïa extrême qui mène Coach Matt à planifier le meurtre de son propre frère. L’un comme l’autre nous ramène à la même terrible conclusion, tout est affaire de spectacle et de mensonges. Évidemment, le problème est toujours à nuancer. Si Gourou nous fait fortement penser aux « influvoleurs », certains parviennent tout à fait à établir une distance nette entre eux et leur public. Tous ne sont pas à pointer du doigts. De fait, Gourou questionne notre sens critique. A quel point notre admiration peut devenir un levier pour certaines personnes malveillantes. S’il y a évidemment le côté galvanisant de la foule, on rappelle qu’un personnage va tout de même démissionner en direct dans le film poussé par Coach Matt !

Aujourd’hui, les dérives sectaires prennent diverses formes. On pense notamment à l’exemple de la tiktokeuse Ophénya qui a amené à débattre d’un meilleur encadrement de l’activité en ligne des influenceurs. Cette dernière faisait participer des mineurs à visage découvert dans ses vidéos. Mais, il est important de rappeler qu’on ne risque pas d’être confronté à ce genre de comportements seulement derrière nos téléphones. En effet, la secte Shincheonji s’est mise à recruter sur des campus universitaire australiens. En venant aborder les étudiants, ils ouvrent une discussion d’apparence simple et si le premier contact est positif, c’est le début de l’engrenage. On aimerait se dire que c’est en Australie, mais rien ne nous prouve que certains recruteurs n’aient pas tenté la même chose sur des campus français. On se permet donc de rappeler que si tu as un doute au sujet d’un membre de ton cercle proche, il est possible de solliciter la Miviludes via un formulaire sur leur site. Pour rappel, la Miviludes c’est la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.
Évidemment, libre à chacun d’interpréter le message du film Gourou comme il l’entend. On a simplement voulu ici expliciter ce qui nous semblait important en soulevant des questions liées à l’influence via les réseaux sociaux.
