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Exposition Tina Modotti : dans l’oeil du cyclone révolutionnaire
© Woman of Tehuantepec (Carrying Jicalpextle), 1929, Avec l’aimable autorisation de la galerie Throckmorton Fine Art, New York
Spectacle

Exposition Tina Modotti : dans l’œil du cyclone révolutionnaire

Lucine Bastard-Rosset Lucine Bastard-Rosset14 février 2024Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:10 février 2026
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Le musée du Jeu de Paume accueille depuis ce mardi 13 février une double exposition qui met à l’honneur les femmes : Tina Modotti et Bertille Bak. Focus sur l’une d’elle : Tina Modotti – L’œil de la révolution.

Aucune exposition consacrée à l’artiste italienne Tina Modotti n’avait été réalisée en France depuis plus de vingt ans – la dernière rétrospective datant de l’édition 2000 des Rencontres d’Arles. Pourtant, cette photographe a marqué son temps, que ce soit par son art ou son engagement politique. 

© Woman with Flag, 1927, The Museum of Modern Art, New York

Entre l’Italie, l’Autriche, les Etats-Unis, le Mexique, l’Espagne, l’Allemagne, Tina Modotti a parcouru la terre entière et fait face à de nombreux événements majeurs de la première moitié du XXe siècle. Durant sa vie, elle n’a jamais cessé de revendiquer sa vision du monde dans des combats politiques acharnés, manifestations de son militantisme, puis de son activisme. Quant à son œuvre et son regard singulier, tous deux ont influencé le milieu de la photographie mexicaine des années 1920.

Une vision émancipée de la femme

Dès la première salle se dévoile sur les photographies l’affranchissement prôné par Tina Modotti. Dans les albums photos de famille, on découvre une adolescente qui revendique l’indépendance de la “nouvelle femme” en posant vêtue d’un pantalon. Le photographe Edward Weston – qu’elle rencontre en 1920 – saisit sa fougue et son expressivité. Tina Modotti se dévoile telle qu’elle est et vit chaque instant pleinement, comme le suggèrent ces quatre portraits qui la capturent en pleine récitation de poésie.

© Campesina zapoteca con cántaro al hombro, 1926, Collection et archives de la Fundación Televisa

Dans les salles suivantes, une multitude de portraits de femmes sont exposés. L’anthropologue Anita Brenner est notamment immortalisée à plusieurs reprises dans des photographies qui expriment son androgynie (cheveux courts, veste noire, aucun bijoux). Au Mexique, et plus exactement à Tehuantepec, Tina Modotti s’attardera à photographier les tehuanas, des travailleuses occupant une place centrale dans la société. En les photographiant portant des objets sur la tête, elle insiste sur leur dures conditions de travail. 

Dans l’œil de la révolution

Clichés des manifestations, des réformes agraires, des paysans dans la rue, des enfants orphelins,… Toutes ces photographies sont à l’image de l’œil révolutionnaire de Tina Modotti. Au Mexique, elle devient dès 1927 membre du Parti Communiste Mexicain (PCM), et dénonce les conditions des plus démunis. Ses luttes politiques se retrouvent dans ses photos qu’elle publie dans des journaux, revues et magazines. Elle saisit les individus dans leur vie réelle, ces foules de paysans qui marchent dans les rues pour faire valoir leurs droits. 

© Untitled (Political Parade with Banner), vers 1928-1929,
Avec l’aimable autorisation de la galerie Throckmorton Fine Art, New York

Et puis, il y a également toutes ces photographies symboliques. L’instantanéité d’un quotidien laisse le pas à des clichés pensés comme des symboles d’une résistance. Sa photographie la plus connue, Femme au drapeau (1927), révèle l’image d’une femme de profil tenant fermement un long drapeau derrière elle. Une Liberté guidant le peuple façon Modotti, tout en simplicité et finesse. Il y a aussi ces photos montées, ces natures mortes où apparaissent entre autres, une faucille, un épis de maïs et une cartouchière. 

Photographier l’art

L’exposition donne aussi à voir des artistes de l’époque et des savoirs faire anciens. A travers les photos de Tina Modotti, on découvre les arts de son époque et leurs coulisses. Au Mexique, elle réalise notamment des portraits des plus grands muralistes de leurs équipes – Diego Rivera et José Clemente Orozco – en train de peindre, et saisit des détails de leurs fresques et esquisses. On retrouvera aussi des marionnettistes tels que Lou Bunin ou des musiciens.

© José Clemente Orozco Painting, 1926, Collection Ricardo B. Salinas Pliego

L’Abus de souffle de Bertille Bak 

Près de quarante ans séparent Tina Modotti (1896-1942) et Bertille Bak (1983- ). Pourtant, une continuité se crée entre leurs œuvres, un fil rouge fondé sur la lutte contre l’invisibilité. Grâce à leur art, elles parviennent à mettre en lumière des populations précaires, des rituels pratiquement oubliés. Entre les protagonistes et l’artiste les distances se brouillent et un lien se crée. La société apparaît telle qu’elle est.

© Boussa from the Netherlands, 2017, Vidéo HD 16/9, couleur, son stéréo, 19 min
Courtesy de l’artiste, de la Galerie Xippas Paris, Genève et Punta del Este & de The Gallery Apart, Rome

L’exposition sur l’artiste contemporaine Bertille Bak présente des œuvres engagées fondées sur la vidéo et le son. Les installations se succèdent et présentent des personnes marginalisées. Abus de souffle s’ouvre d’ailleurs sur cette œuvre qui se focalise sur un métier artisanal – la fabrication des soufflets servant à attiser le feu – dont il ne reste plus qu’un seul artisan au Maroc. A ses côtés se joignent les Mineurs Mineurs (ces enfants obligés de travailler dans les mines) les marins, les cireurs de chaussure ou encore les décortiqueuses de crevettes.

Une exposition toute aussi vaste que celle consacrée à Tina Modotti, preuve de l’importance de ces deux femmes dans le milieu, qu’il nous a malheureusement été impossible de parcourir jusqu’au bout. Appelons ça la rançon du succès d’une vie.

Deux expositions à découvrir au musée du Jeu de Paume depuis le 13 février et jusqu’au 12 mai prochain.

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