Portrait d’une triste réalité écologique et sociale d’une partie de l’Amérique, Rebuilding présente le parcours d’un cow-boy qui a tout perdu, se retrouvant avec un ranch parti en fumée. Dans un drame sincère et silencieux, Josh O’Connor s’illustre, et nous conquis.
Rebuilding, c’est l’histoire de Dusty, un cow-boy solitaire du Colorado interprété par Josh O’Connor, qui se retrouve sans rien après qu’un incendie décime plusieurs hectares de forêt. Plus de foyer, plus de terres, tout a été réduit en cendres. Cette perte devient l’occasion pour lui de se reconstruire, de retrouver un foyer, tout en recréant des liens avec sa fille Callie-Rose (Lily LaTorre) qu’il n’a pas vu depuis quelque temps.
Pour son deuxième long-métrage, Max Walker-Silverman signe une œuvre personnelle et touchante. L’originaire du Colorado monte un projet sans excentricité scénaristique ou visuelle, mais la prouesse d’un récit authentique. À travers une jolie photographie et l’intimité de son récit, Walker-Silverman arrive à nous plonger au sein des difficultés d’une classe sociale à part. Un désastre qui pousse à se reconstruire, à retourner dans un système en marge, et à montrer au spectateur des inégalités dont il n’avait sûrement pas conscience.
Se laisser succomber par Rebuilding.
Sans grande campagne promotionnelle, Rebuilding fait partie de nos surprises de l’année. Ni attendu ni ignoré, Rebuilding sort en salles dans une timidité qui prend sens. En deçà des productions hollywoodiennes et des étiquettes de blockbuster, Rebuilding est un récit beaucoup plus intime et personnel. Un genre dramatique situé à l’Ouest américain centré sur la famille, sur la remise en question individuelle. Des thématiques beaucoup plus sérieuses, au sein d’une réflexion plus large sur le sens de la vie. Sans un goût pour un dialogue percutant ou une mise en scène fanfaronneuse, c’est vraiment son histoire qui émeut le spectateur.

Le film arrive à nous cueillir une larme, tirée par une narration qui tend vers le drame, sans jamais en faire trop. Sans entrer dans le pathos, l’émotion se suffit à elle-même, à voir nos personnages essayer de tenir le coup, et de craquer parfois. Dusty, semblant roc, arrive à dévoiler et laisser sortir ses émotions le temps de quelques scènes, et ce sont celles qui fonctionnent le mieux. La construction d’un personnage éloigné des autres, qui essaye de rebâtir ce qu’il a perdu, et faisant craquer petit à petit cette image, est parfaitement maîtrisée par le scénariste et réalisateur. L’histoire prend son temps, accompagné d’une bande originale douce, rappelant les campagnes et l’ouest des États-Unis.
Un Josh O’Connor désemparé et largué
Rebuilding peut se vanter de son succès par la performance de Josh O’Connor, qui est remarquable. Dans un jeu très calme, où tout passe par le regard, le cow-boy solitaire se dévoile un peu plus au fur et à mesure. Réservé, peu bavard, sa peine est palpable. Max Walker-Silverman capture le triste destin d’un homme qui ne restait accroché qu’à son ranch. Dès les premières minutes, voir notre héros devoir se séparer de ses vaches, de tout ce qui lui reste, nous fait forcément de la peine. Rebuilding réussit à nous émouvoir, tout simplement, et l’acteur britannique s’illustre.

La quête de reconstruction de Dusty passe aussi dans sa relation avec sa fille Callie-Rose. Le tandem d’acteur portrait une relation père-fille qui fonctionne terriblement bien. La jeune Lily LaTorre arrive à se confronter au jeu de son aîné, grâce à l’innocence et l’optimisme de son personnage. Malgré son âge, l’actrice offre une performance ravissante, dans une distribution qui joue sans broncher. Dans un récit de 95 minutes, le projet n’aurait tiré que du positif de raconter un peu plus, d’enchaîner les événements moins rapidement, et se pencher sur le développement et la réflexion de ses personnages secondaires.
Reconstruire pour avancer
Le cœur de ce projet est d’évoquer les cataclysmes ravageurs en Amérique, notamment dans le Far West. On observe, impuissant, les conséquences, et on essaye de voir comment avancer. Dusty est obnubilé par son désir de reconstruire son ranch, comme si retrouver sa maison remettrait les choses en ordre. Mais l’incendie a brûlé bien plus que quatre murs, les souvenirs passés au sein du lieu, les dessins d’enfance et les portraits. C’est une histoire de famille qui brûle en même temps que le foyer, parfois même pire, et les personnages s’en rendent bien compte. Max Walker-Silverman réalise avec le cœur, avec des intentions claires et c’est ce qui fait l’âme de ce projet. Une œuvre qui rend hommage à ceux disparus durant ces incendies.

Dusty n’a pas d’autre choix que de faire son deuil, il se retrouve obligé d’avancer, touché par un cataclysme rare. Amy Madigan brille elle aussi, en peu de scènes, mais qui suffisent à lui écrire un développement touchant. La photographie du film est exceptionnelle et sait mettre en valeur les paysages du Colorado. Les flammes, les déserts, tout est embelli par le grand écran et la photographie d’Alfonso Herrera Salcedo. Avec une réalisation mémorable, un projet est plus facilement réussi. La tendresse du projet transparaît également sur les questions qu’il invoque. Le long-métrage se dépasse, évoque l’avenir, le passé, aborde la fragilité de l’existence.
Une réconfortante fragilité
Sur un ton mélancolique, voire philosophique, Rebuilding se conclut en s’affirmant comme une histoire unique, parmi tant d’autres. La production cinématographique cherche à s’adresser à une partie de l’Amérique ignorante, en dissonance avec un milieu social qui souffre. Max Walker-Silverman développe une belle morale, qui nous rappelle ce que représente vraiment un foyer. Ce n’est pas uniquement une maison, mais parfois ce sont simplement des proches, un cadre qui nous plaît. Et reconstruire se fait à partir de rien.
Rebuilding sort en salles le 17 décembre 2025.
AVIS
Rebuilding est un tendre long-métrage marquant par sa sincérité et le jeu des acteurs. Un film parfait pour aller mieux, ou pour pleurer encore plus.

