Avec Plus fort que moi (I Swear en vo) de Kirk Jones, le cinéma social britannique s’attaque au syndrome de Gilles de la Tourette avec une vraie tendresse et une belle envie didactique communicative.
Dans les années 80, John Davidson grandit avec un syndrome de Gilles de la Tourette qui fait de chaque geste, chaque phrase, chaque échange social un moment explosif. À partir de cette histoire vraie, Plus fort que moi raconte une existence cabossée par le regard des autres, par l’incompréhension, par l’embarras permanent, mais aussi traversée par une folle énergie résiliante. De quoi nous offrir un beau moment de cinéma, via cette manière de ne jamais enfermer le personnage dans son trouble, mais au contraire de toujours laisser respirer l’homme, avec sa gêne, sa colère et son humour.

Distribué chez nous par Tandem, écrit et réalisé par Kirk Jones, le film s’inscrit dans une tradition britannique d’un cinéma populaire, accessible, pédagogique, qui mêle parfaitement tempête émotionnelle et observation sociale. Le scénario prend alors appui sur la réalité du syndrome de Gilles de la Tourette, trouble neurologique encore largement mal compris, souvent ramené à la question des jurons et des tics alors qu’il touche bien plus largement le corps, la voix, les interactions, la fatigue, l’anticipation de la honte et le cadre familial, éducatif, dans lequel grandit un enfant atteint de ce syndrome. I Swear a l’intelligence de partir de cette méconnaissance pour mieux la déconstruire tout en essayant de rendre concret ce que beaucoup ne connaissent qu’à travers des caricatures grossières. Brillant.
Loughing out loud
Alors, en accompagnant le personnage plutôt qu’en l’utilisant, la narration suit John dans ce que son syndrome produit de plus épuisant. De l’impossibilité de contrôler totalement ce qui surgit, l’usure nerveuse, la peur d’être vu avant d’être compris, la difficulté à entrer simplement dans une pièce, à prendre la parole, à exister sans provoquer malaise ou réaction immédiate, tout est douloureux. Sur ce point, Plus fort que moi (I Swear) touche juste. Il montre très bien ce que cette condition implique au quotidien, dans les liens sociaux, dans l’intimité, dans la construction de soi. Oui, le film est clairement éducatif, mais il ne l’est jamais de manière scolaire et replace simplement la Tourette dans une expérience vécue, sensible, vraie.
Car la force du film réside dans son usage de l’humour. Au départ, en tant que spectateur, on ne sait pas très bien sur quel pied danser. On est mal à l’aise, on retient son rire, on craint de franchir une ligne, de peur de se moquer du personnage. Puis le film travaille ce malaise, le déplace peu à peu et alors on ne rit plus du personnage, on rit avec lui, avec ce que la situation a d’absurde, de brutal, parfois de franchement incontrôlable. Une superbe bascule qui met en scène quelque chose de rare au cinéma : une inclusion par le rire. Un rire qui accepte enfin de cohabiter avec la différence sans la sanctuariser ni la mépriser.

La limite de I Swear, en revanche, se situe du côté de sa mise en scène. Le film est appliqué, propre, mais aussi très académique tant dans sa forme que dans sa construction narrative. Les étapes du récit abordent les moments d’effondrement, les respirations, les scènes réparatrices etc avec une évidence un peu trop balisée. On sent le bon film britannique, bien tenu, bien écrit, bien interprété, mais parfois trop consensuel car c’est un feelgood movie au sens littéral, plaisant, certes, mais avec ce que le genre apporte de confort scénaristique. Le film parle d’un trouble grossier, imprévisible, mais le fait dans un écrin in fine très correct, très poli, très rassurant. On chipote parce que ça fonctionne, mais ça limite néanmoins un peu la portée du long-métrage.
Heureusement, les acteurs donnent à Plus fort que moi cette étincelle qui permettent de supplanter ce regard propret pour en faire un plaidoyer poignant. Robert Aramayo (Game of Thrones, Les Anneaux de pouvoir, The Kingsman...) est absolument remarquable et ne se contentera pas de jouer un handicap mais le type derrière cette souffrance, et force est de constater qu’il excelle dans cette construction pétrie de tics, en faisant émerger une sensibilité qui prend aux tripes. Son corps se tend, se désorganise, se défend, puis se relâche, mais sans jamais tomber dans la démonstration ou le cabotinage. Un acting hyperactif, qui fuse et fait mouche à chaque instant. À ses côtés, Maxine Peake (Silk, Danse First, Black Mirror…) apporte une présence superbe, rugueuse, avec ce mélange d’autorité et de tendresse qui vient apporter une figure maternelle parfaite pour comprendre et aider le protagoniste, sans jamais tomber dans la pitié moribonde. Bravo.
Si sa forme reste sage, son parcours parfois attendu, Plus fort que moi (I Swear) compense par une sincérité folle, un regard d’une pertinence à tomber, et une envie didactique jamais plombante, le tout servi par un casting simplement ahurissant. Une inclusion par le rire, tout simplement.
