Série sequel/spinoff de Yellowstone au rabais, Marshals : A Yellowstone Story nous offre un cop-show en stetson en lieu et place du souffle épique de l’ouest américain habituel.
Kayce Dutton, fils de John Dutton, quitte les clôtures du ranch familial pour rejoindre une unité de U.S. Marshals dans le Montana, avec l’idée de se reconstruire tout en flinguant du redneck à tout va. Diffusée depuis le 1er mars 2026 sur CBS et disponible en streaming sur Paramount+, la série Marshals se présente comme la suite directe de Yellowstone, mais ressemble surtout à une transformation forcée, plus procédurale que gunslinger.

©CBS / Paramount
Aux commandes, on retrouve Spencer Hudnut à la création et comme showrunner, tandis que Taylor Sheridan (Wind River, Yellowstone, 1923, Landman, Lioness…) , toujours producteur exécutif, ne signe même pas l’écriture de ce rejeton télévisuel comme sur les autres branches de la franchise. Et ce détail, anecdotique pour certains, annonce pourtant le drame qui s’approche. Même si le bonhomme ne cache pas son machisme ou son attrait MAGA dans son écriture, reste qu’il demeure doué pour peindre des conflits dans l’ouest contemporain. Ici, Marshals ressemble donc à une version plus stéréotypée, plus network, de ce que la série mère avait su rendre sale et viscérale et le mioche de Yellowstone devient celui de NCIS. Au secours.
Néo western pas novateur
Le souci, c’est que Marshals abandonne ce qui faisait le sel un peu honteux mais diablement addictif de Yellowstone, à savoir son côté soap sous stéroïdes, ses conflits de territoire qui viraient à la tragédie familiale, ses excès assumés. Ici, tout se lisse. On passe d’une saga énervée à un procédural néo western très premier degré, avec ses affaires qui se suivent et ses scènes de briefings interminables au bureau pour tenter de nous attendrir auprès de cette nouvelle équipe de Marshals.

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La rebelle, la mère de famille, l’Indien traumatisé, le chef hyperactif (Logan Marshall Green, fidèle à sa marque de fabrique, en profite pour surjouer le coéquipier charismatique)… Des tropes bien établis avec au centre, Luke Grimes, qui nous offre un Kayce ressemblant à un chiot abattu, le poids du passif militarisé vissé sur des épaules balourdes, comme si le personnage n’avait plus que sa fatigue à offrir comme développement. En même temps, affecté par la mort de son épouse Monica (en fin de Yellowstone), posée hors champ comme un choc fondateur, le bougre est alors coupé de son ancrage le plus humain et la série se replie sur les enquêtes bouclées. Heureusement, le seul qui garde une véritable aura magnétique, c’est Gil Birmingham. Il suffit qu’il entre dans le cadre pour que la série se rappelle, brièvement, qu’elle peut parler de terre, d’histoire, de dignité, et pas seulement de procédure et de jargon de service.
Yellowstone, un univers impitoyaaable
Visuellement, la comparaison avec Yellowstone fait mal. Tout semble artificiel, jusqu’aux vieilles forêts et aux chemins poussiéreux interchangeables, et là où la série mère savait magnifier les paysages, Marshals paraît étonnamment étriquée. Le show tourne en rond entre un QG aux murs de pierres apparentes, quelques extérieurs fonctionnels, et les restes encore fumants du ranch familial devenu un mythe à peine murmuré. Et quand l’action se veut spectaculaire, ça reste sage, télévisuel, sans la matière ni la brutalité qui vendaient le western contemporain version Sheridan.
Pourtant, Marshals tente de conserver son postulat engagé, via les communautés amérindiennes et des violences invisibles qui les broient, en faisant miroiter les tensions de territoire, la violence sociale, et l’idée que les descendants des colons peuvent tout se permettre. Sauf qu’encore une fois, l’entreprise est flinguée par un manque de constance.

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On en revient à Monica mais le fait est que sa disparition est symptomatique du mal qui gangrène Marshals. Son décès expliqué par un cancer lié à une contamination, elle-même rattachée à des déchets toxiques et à la crise environnementale sur la réserve, voilà qui promettait du lourd sur le papier ! In fine, cela ressemble surtout à une pirouette narrative qui sert à justifier le badge de Kayce, puis à dérouler un scénario cousu de fils blancs, emplit de gravitas artificiel pour nous re-pondre une histoire de rédemption du militaire endeuillé qui se noie dans le boulot (les assassinats en règles, NDLR). Quel enfer.
En bref, Marshals prouve que, comme beaucoup de spinoffs, on peut garder un nom, un décor, un héritier, et perdre l’âme du show initial. Ici on troque la saga nerveuse, le soap agressif, pour verser dans le format bouclé bien docile et réac’. La pomme est tombée bien loin de l’arbre.
