Dans Les paillettes de leur vie, Mickaël Délis livre un récit drôle, sensible et poétique sur la transmission et le don de soi.
Les paillettes de leur vie, ce ne sont sans doute pas celles auxquelles vous vous attendez. De celles-ci, c’est vrai, on parle moins… ou en tout cas pas sous cette forme puisqu’il s’agit de paillettes de sperme, destinées à être congelées en vue d’inséminations artificielles. Le sujet est sérieux, mais abordé avec beaucoup d’humour et de tendresse.
Une ode drôle et sensible à la vie
« Excusez-moi, vous attendez depuis longtemps ? » nous interpelle le comédien, assis sur son tabouret dans la salle d’attente d’un hôpital où se croisent un tas d’histoires de vies. De toute évidence, lui et nous ne sommes pas là pour la même chose. Mais il se pourrait bien que l’idée fasse son chemin chez un certain nombre d’hommes du public après ce spectacle…

« Nº 172, guichet 3 » : c’est son tour. S’il est là, c’est pour une raison bien particulière : donner son sperme. Et par les temps de pénurie qui courent, c’est un accueil chaleureux qu’on lui réserve ! Nous voilà embarqués aux côtés de ce quarantenaire sans désir d’enfant, dans cette grande aventure du don de soi, avec ses nombreuses étapes, ses enjeux, et tout ce que cela vient questionner de sa propre histoire et de sa relation à la paternité.
Une trilogie bien ficelée
Après Le premier sexe ou la grosse arnaque de la virilité et La fête du slip ou le pipo de la puissance, Mickael Délis signe là le dernier volet de sa Trilogie du Troisième Type. Avec une plume toujours aussi sensible, juste et drôle, il poursuit son exploration de la masculinité, en s’intéressant ici à un sujet dont on parle trop peu et qui est pourtant nécessaire. Surtout lorsqu’on apprend que l’infertilité touche 1/4 des couples dans les pays développés, entre autres chiffres alarmants.
« Un don, c’est tellement rien pour vous et tellement tout pour d’autres. »
Tout est très soigné dans ce spectacle, aucun détail n’est laissé au hasard. À commencer par la mise en scène de Clément le Disquay et David Délis qui apporte beaucoup de fluidité et de poésie à l’ensemble. Les scènes s’enchaînent avec une délicatesse admirable, liées par un geste, une posture, une parole. Il y a aussi ce tas de confettis blancs, au milieu de la scène, qui à lui seul et avec beaucoup d’ingéniosité va donner vie de nombreuses manières à plusieurs moments du récit.
Les paillettes de leur vie : drôlement tendre
Ce seul en scène nous a mis le sourire aux lèvres d’un bout à l’autre. C’est riche, beau, tendre, ludique aussi, mais toujours dans le partage. C’est d’ailleurs un autre point qu’il faut applaudir : cette capacité qu’a Mickael Délis à ouvrir la réflexion et à susciter des prises de conscience, sans jugement. À proposer sans jamais imposer, comme lorsqu’il aborde le fameux lien au père que son frère et lui ont choisi de vivre de différentes manières, tout aussi acceptables et respectables l’une que l’autre.

On rit aussi beaucoup avec ses personnages, tous parfaitement maîtrisés, finement caricaturés et totalement pertinents. On retrouve évidemment la mère, mais aussi les parents dépassés qui craquent, le prof de biologie pour un cours aussi instructif qu’hilarant, le papa gaga de son bébé, ou encore l’ex petit-ami italien à l’accent plus vrai que nature ! Et quel doux plaisir pour nos oreilles que d’entendre un homme dénoncer avec tant de justesse et d’humilité la charge mentale (et toutes les autres) qui incombe aux femmes… Avec beaucoup de poésie, Mickael Délis parvient même à étirer son sujet pour faire de ce spectacle une véritable ode au don de soi d’une manière bien plus large, au partage, et finalement à la vie. Un moment Délis-ieux.
Les paillettes de leur vie, de et avec Mickaël Délis, mise en scène Clément le Disquay etDavid Délis, se joue jusqu’au 16 avril 2026 à La Scala Paris

Avis
Drôle, sensible et engagé, ce seul-en-scène réussit le pari de faire rire tout en ouvrant une vraie réflexion sur un sujet peu abordé. Une création généreuse, humaine et remplie de tendresse.
