Dans Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas, on suit le fascinant Vadim Baranov, une éminence grise qui chuchotait à l’oreille du jeune Vladimir Poutine. Le long-métrage est une adaptation du roman éponyme de Giuliano da Empoli, et le scénario, co-écrit avec l’écrivain Emmanuel Carrère retrace la montée au pouvoir d’un des hommes les plus redoutés de nos jours.
Avec Le Mage du Kremlin, Olivier Assayas retrace le parcours atypique de Vadim Baranov et de son influence grandissante auprès de Vladimir Poutine. Adaptation éponyme du roman de Giuliano da Empoli, l’histoire est malheureusement bien trop bavarde.
Les limites d’un récit trop politique
Le carton d’ouverture du film a de quoi faire sourire, on nous dit d’emblée que les personnages sont fictionnels. Le Mage du Kremlin pose le ton dès le début, il y a un fond réaliste, certes, mais il ne faut pas oublier que c’est une adaptation romanesque. Sans connaître le texte original, on ne peut s’empêcher de saluer le côté visionnaire du propos. Tout y est, publié en 2022, Le Mage du Kremlin revient sur l’ascension au pouvoir de Poutine, son ambition démesurée, la guerre en Ukraine etc. Ce qui est d’autant plus intéressant, c’est le profil du personnage fictionnel de Vadim Baranov. Issu de la scène théâtrale, et donc loin des magouilles politiques dans lesquelles il finit par plonger, son parcours s’inspire très largement de Vladislav Sourkov réel co-fondateur du parti politique qui a mené Poutine au pouvoir en 2001. Il y a donc quelque chose d’intriguant dans ce parcours atypique.

Cependant, si le fond est assez intéressant et visionnaire, Le Mage du Kremlin s’enfonce assez vite dans le travers d’un film trop verbeux. Un peu comme lorsqu’on est face à quelqu’un qui nous déblatère tout un long discours totalement incompréhensible, on est vite perdu. Dans une conversation lambda, on dirait « oui, oui » par pure politesse. Dans le long métrage d’Olivier Assayas, on se retrouve assez vite perdu et en quête de quelque chose auquel s’accrocher. Heureusement que le casting exceptionnel du film fait office de bouée de sauvetage. En cela, pour un non-initié en politique, ou tout simplement pour quelqu’un qui ne s’intéresserait pas trop à ce domaine, Le Mage du Kremlin n’est clairement pas un film pour eux. Olivier Assayas et Emmanuel Carrère s’adressent à des gens qui savent de quoi il est question. Quand on y va pas pure curiosité, Le Mage du Kremlin va plus avoir tendance à nous singer.
De la table des enfants à celle des grands
Et pourtant, dans la première partie du film, on est plutôt happé. Pour resituer l’intrigue, dans Le Mage du Kremlin, il est question d’une entrevue entre un écrivain et Vadim Baranov. Ce dernier revient donc sur sa jeunesse pour cet auteur qui s’apprête à écrire sur lui. Comme tout bon récit accompagné de flash-back, le film se divise donc en chapitres. Le premier, c’est le « début » de la carrière de Baranov. Et c’est sans conteste le plus accessible pour le grand publique. Paul Dano, est ultra-attachant dans les débuts tâtonnants d’un prédateur en devenir. Pas besoin de chercher trop loin, les soirées très arrosées, les couples en train de faire l’amour dans tous les coins, on l’a déjà vu. Et on ne pourra pas dire que la recette de la jeunesse qui s’envoie en l’air ne fonctionne pas.

On commence à décrocher dès lors que Baranov rencontre Poutine. Là, on bascule dans la conversation des grands. Un peu comme ce cas très stéréotypé de la table des petits dans un dîner de famille. D’un coup, on est mis à la table des adultes, on quitte les couleurs criardes de celles des enfants. Et là, il faut s’accrocher. Le Mage du Kremlin nous propulse en plein milieu de débats politique auxquels on ne comprend rien. S’il y a une évidente volonté de vulgarisation, cela ne parvient pas à atténuer l’assommante longueur des échanges entre les personnages. On en vient donc à se raccrocher à de détails, comme le fait qu’ils parlent anglais par exemple. Film international oblige, mais on ne peut pas s’empêcher de se demander pourquoi ils ne parlent pas russe. Alors on sourit, totalement largué devant un film qu’on arrive pas à comprendre, mais qui réussit tout de même à se maintenir hors de l’eau avec ses deux acteurs principaux.
Un casting époustouflant
Si la plupart des affiches promotionnelles du film Le Mage du Kremlin mettent en avant le visage transformé de Jude Law, le personnage principal du film est incarné par Paul Dano. Un rôle supplémentaire pour affirmer que ce dernier est un acteur tout simplement exceptionnel. Sa filmographie en est une preuve évidente, Paul Dano est de ces comédiens qu’on déteste autant qu’on adore (Little Miss Sunshine). Ses personnages sont ambivalents, parfois dérangeants (Prisonners). Dans Le Mage du Kremlin, Vadim Baranov est la force tranquille qui s’immisce partout. Sous ses traits accueillants, son phrasé très posé, on ressent une soif de pouvoir inassouvie et sa future transformation en un véritable prédateur politique. Son flegme lui fait crever l’écran.

En face, Jude Law se glisse dans le peau du jeune Vladimir Poutine. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que la transformation est saisissante. On avait vu des photos de lui circuler sur les réseaux sociaux avant même la sortie du film. Certains allant même jusqu’à se demander si ce n’était pas des clichés du véritable Poutine. Jude Law est tout simplement terrifiant dans son incarnation de l’homme le plus redouté des temps modernes. De sa petite moue jusqu’à sa manière de s’asseoir sur une chaise, tout y est. Plus rien ne fait penser au charmant sourire de l’acteur britannique (Le Talentueux Mr.Ripley). Il est bien loin le jeune Dumbledore des Animaux Fantastiques ! Dans Le Mage du Kremlin, le duo Dano-Law est tellement superbe qu’on en vient à regretter que ce dernier n’ai pas plus de temps d’écran.
Le Mage du Kremlin d’Olivier Assayas exclut malheureusement un certain public. De part un discours trop ciblé, et bien trop verbeux, il ne réussit pas à se montrer très convaincant. Ce qui remonte la barre du film, c’est sans conteste son exceptionnel duo d’acteurs principaux.
Le Mage du Kremlin est en salle dès le 21 janvier 2026.
Avis
On n’est peut-être pas dans le public visé par Le Mage du Kremlin. C’est plutôt le genre de film qu’on va subir, par manque de compréhension, ou par ennui.

