Dans le désert péruvien, Lady Nazca raconte la naissance d’une vocation, d’un combat et d’une femme qui trouve enfin sa place.
Lady Nazca s’inscrit dans un dialogue fécond entre cinéma et bande dessinée. Librement adaptée du long métrage de Damien Dorsaz, cette œuvre prolonge l’expérience en lui offrant un autre rythme, une respiration plus intérieure. Ici, le désert ne représente pas un simple décor : il devient un espace mental, un miroir.
Du désert à la page
L’histoire s’ouvre au Pérou, en 1935. Maria, jeune expatriée allemande, enseigne à Lima. Elle observe, elle avance sans vraiment s’habiter. Pourtant, une rencontre déplace les lignes. En suivant un archéologue américain vers le désert de Nazca, elle bascule dans une aventure qui dépasse la simple découverte scientifique pour devenir une véritable quête de soi.
Un auteur au service d’un destin hors norme
Né en 1977, Nicolas Delestret a troqué un parcours scientifique pour les arts (Beaux-Arts de Tournai). Cette double culture marque son travail, ancré dans les récits denses et historiques. Avec Lady Nazca (Éditions Grand Angle), il met en image un album qui s’appuie sur le scénario original de Damien Dorsaz, Fadette Drouard, Franck Ferreira Fernandes, Raphaëlle Desplechin et Aude Py pour offrir une relecture graphique de cette grande aventure humaine inspirée de la vie de Maria Reiche.

Une vie tracée dans le sable
Maria Reiche représente le cœur du récit. Mathématicienne brillante, mais âme en décalage, elle cherche sa place. Sa mère ne la comprend pas, la société la tolère à peine. Lorsqu’elle découvre les lignes de Nazca, tout s’aligne enfin. Maria quitte alors sa vie confortable et son amour naissant pour se consacrer corps et âme à ce désert mystérieux.
Année après année, elle vit sur le site, le mesure et le cartographie. Avant de proposer une hypothèse (aujourd’hui discutée voire réfutée) : ce site constituerait un observatoire astronomique, un calendrier zodiacal. Le récit ne gomme rien des obstacles : l’incrédulité, les tentatives d’exploitation industrielle et la solitude. Mais Maria transforme cet isolement en ancrage. L’intrigue prend son temps, ce qui pourrait rebuter certains, racontant l’œuvre d’une vie patiente et lumineuse.
Le désert comme paysage intérieur
Le graphisme invite immédiatement au voyage. Les planches de Nicolas Delestret respirent, portées par un découpage moderne et fluide. L’esthétique assume un classicisme élégant, où les couleurs organiques jouent un rôle narratif essentiel. Elles se réchauffent au soleil du désert ou s’assombrissent selon la tension dramatique.
Le dessin se veut pédagogique sans jamais devenir didactique. Les gestes scientifiques et les relevés s’intègrent naturellement, permettant au lecteur d’apprendre et de s’immerger au même rythme que l’héroïne.

Un héritage hors des sentiers battus
Si l’album s’inspire fidèlement de la véritable Maria Reiche, figure scientifique majeure du XXᵉ siècle qui a permis la protection mondiale des géoglyphes, il met surtout en lumière une féministe avant l’heure.
Maria Reicher a choisi sa voie en refusant les cadres imposés, affirmant une liberté intellectuelle rare pour son époque. L’album croise ainsi émancipation, spiritualité et préservation du patrimoine, rendant hommage à une femme qui a su transformer la patience en puissance.
La force d’un récit
On lit Lady Nazca pour la force de son récit et la beauté de son dessin, qui relient délicatement science et intuition. Mais aussi pour prolonger l’émotion du film dans cet espace de contemplation que seul le neuvième art permet. En refermant l’album, une certitude demeure : certaines lignes, une fois suivies, changent une vie entière.
Nicolas Delestret – Lady Nazca, Éditions Grand Angle & Bamboo édition, 112 pages, paru le 7 janvier 2026.

Damien Dorsaz – Lady Nazca, avec Devrim Lingnau (L’Impératrice) et Guillaume Galienne, sorti au cinéma le 10 décembre 2025
Avis
Avec Lady Nazca, Nicolas Delestret signe une BD biographique puissante et habitée, qui mêle quête de soi, aventure scientifique et engagement féministe avec une grande justesse. Le récit, porté par une héroïne inoubliable, avance avec une tension dramatique constante et une émotion maîtrisée. Le dessin, contemplatif et immersif, transforme le désert de Nazca en véritable personnage.

