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Accueil - Critique In the Mood for Love : beauté pudique et raffinée
Critique In the Mood for Love : beauté pudique dans une sublime version restaurée
© La Rabbia © Block 2 Pictures
Cinéma

Critique In the Mood for Love : beauté pudique et raffinée

Charley Charley18 juillet 2021Aucun commentaireIl vous reste 5 minutes à lireUpdated:3 mars 2023
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In the Mood for Love revient en salles, près de 20 ans après sa sortie initiale. Ce grand film de Wong Kar-wai ressort dans une toute nouvelle version restaurée en 4K, sublimant une œuvre à la beauté plastique irréprochable.

Wong Kar-wai est un cinéaste Hong-kongais propulsé sur le devant de la scène internationale avec Chungking Express en 1994. Mais c’est réellement au Festival de Cannes 2000 que le réalisateur accédera à la consécration, ainsi qu’à une vraie renommée dans le monde du Cinéma. Aujourd’hui considéré comme un des films les plus importants des 20 dernières années, In the Mood for Love est une œuvre phare, portée par un duo d’acteurs au sommet.

Se déroulant dans le Hong-Kong des années 60, le film nous conte la relation entre Mr Chow et Mme Chan. Voisins au sein du même immeuble, et délaissés par leurs conjoints respectifs ayant une liaison, Chow et Chan se rapprocheront. Tous deux essayeront de comprendre la rencontre des amants adultères, et se faisant, l’amitié débouchera sur des sentiments bien plus intenses.

Critique In the Mood for Love : beauté pudique dans une sublime version restaurée
© La Rabbia © Block 2 Pictures

In the Mood for Love est en premier lieu la rencontre de deux acteurs, aux silhouettes sublimées par la caméra de Wong Kar-wai. Désireux de montrer une romance impossible pleine de non-dits, toute en subtilité, et donc loin des envolées d’un Titanic ou Sur la Route de Madison, le réalisateur se focalise sur la forme pour en exprimer le fond. Un geste par ci, un regard succinct par là… comme le titre l’indique, In the Mood for Love est avant tout un sentiment, une atmosphère, plutôt qu’une intrigue riche, dense et à retournements multiples.

En résulte une passion amoureuse implicite jamais dépeinte frontalement. Le spectateur est invité à un voyage sensoriel d’1h38, où rencontres opportunes au coin de l’escalier, frôlement au détour d’une ruelle au clair de lune et mains se touchant lors d’une séquence de lecture. Une pudeur qui confine à la pureté de sentiments pourtant issu d’un double adultère, à une époque en pleine mutation, où les mœurs étaient telles qu’un homme et une femme se côtoyant hors mariage était mal vu.

Un duo d’acteurs habité

In the Mood for Love doit évidemment à son duo principal inoubliable. En premier Tony Leung donc, alors connu chez John Woo pour ses rôles dans Une Balle dans la Tête et À toute épreuve, qui trouve également ici le rôle de sa vie. Couronné du Prix d’interprétation masculine à Cannes (premier acteur Hong-kongais à recevoir ce prestigieux titre), Leung parait quasi mutique tout au long du film, mais laisse transparaître tous ses sentiments via une physicalité et une gestuelle impressionnantes de maîtrise. Une performance nuancée qu’il appliquera dans la suite spirituelle qu’est 2046.

Maggie Cheung quand à elle, rayonne tout au long de In the Mood for Love, arborant avec grâce les quelques 26 robes confectionnées pour le film. Wong Kar-wai étant habitué à mettre en avant des personnages féminins, Cheung est dans la lignée des femmes de sa filmographie, à la douceur émanant de chaque plan. Le film ira jusqu’à complètement délaisser les conjoints du duo principal, pour mieux isoler ces deux êtres. Oui, ce sont bien eux la moelle épinière du film.

Critique In the Mood for Love : beauté pudique dans une sublime version restaurée
© La Rabbia © Block 2 Pictures

Ce qui marque quiconque a déjà vu (ou découvre) In the Mood for Love est le soin pictural qui le caractérise. C’est simple, visuellement on est proche proche du fétichisme ! Chaque plan est méticuleusement composé, jouant de cadrages parfaits où les lignes de fuite en disent long sur le rapport entre les personnages ainsi que leurs sentiments. Et d’un point de vue esthétique pur c’est un maelström de couleurs, que l’on doit donc à Christopher Doyle (grand chef op’ et fidèle collaborateur de Wong Kar-wai), et Mark Li-ping venu l’assister.

Tout est élégance, le spectateur s’abandonnant dans les corridors tapissés de rouge et de vert aux motifs incrustés, tels l’amour indémodable et épuré de nos deux protagonistes. La sublime musique de Shigeru Umebayashi et Michael Galasso se veut également partie intégrante de l’œuvre : que ce soit le superbe thème de Yumeji illustrant toute la mélancolie d’une flamme contrariée, celui de Angkor Wat plein de poésie via son usage du violoncelle, ou enfin « Quizas, Quizas, Quizas » de Nat King Cole (en effet, la musique latino était très répandue dans le Hong-Kong des 60’s, et très appréciée de la mère de Wong Kar-wai !), In the Mood for Love est autant un bonheur pour les yeux que pour les esgourdes.

Un grand film à absolument redécouvrir

In the Mood for Love est un grand film sensoriel sur un amour à fleur de peau, jamais consommé tel que prévu. La romance se mue en attente, et en une douceâtre mélancolie, qui plonge le spectateur au cœur même des sentiments véhiculés. Un amour délicat en suspens, un voyage amer dans un passé sanctifié plein d’innocence donc, avant que ce parfum se change en douleur.

La restauration en 4K du film permet par ailleurs de complètement revivre et redécouvrir ce magnifique film de Wong Kar-wai. Un ravissement pour les yeux devant le niveau de détail dorénavant palpable, renforçant donc l’expérience organique qui en découle. Du cinéma poétique et tout en intimité donc, à combustion lente mais qui va à l’essentiel. Un film qui se vit et se ressent plus qu’il ne se regarde : c’est d’une exquise délicatesse !

In the Mood for Love ressort en salle en version restaurée le 21 juillet 2021

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