Apple TV vient de terminer la diffusion de sa série blockbuster française Traqués. Et aussi ambitieuse qu’elle voulut être, elle loupe son tir.
Traqués raconte l’histoire de Franck et ses amis chasseurs qui partent pratiquer leur hobby sanglant lorsqu’un jour, tout dérape. Ils sont pris pour cible par un autre groupe de chasseurs. Ils répliquent et tuent un de leur assaillant. Ils vont alors taire le drame jusqu’à ce qu’ils se trouvent traqués par leurs mystérieux ennemis.
Chiasse à l’homme
Avant même que la série ne sorte, elle ne démarrait pas sous de beaux augures. Sa sortie s’est vue purement et simplement annulée quand les producteurs se sont rendus compte que le show était une adaptation de l’œuvre de Douglas Fairbairn, Shoot. Cependant, sans qu’ils n’en aient les droits. En effet, le créateur Cédric Anger, s’était bien gardé de préciser que l’oeuvre était plus qu’une simple inspiration au moment du développement… Bonne ambiance. Mais le coup aura été tout de même rattrapé puisqu’ils ont pu acquérir les droits à posteriori. Et enfin commencer la diffusion le 4 mars.
Mais ils auraient finalement pu s’abstenir. La déception est à la hauteur de sa promesse. Se vendant comme une sorte de thriller bucolique et primal, à la Délivrance ou Les chiens de paille, Traqués se vautre dans un ridicule navrant. Dès les prémisses la série bouscule notre suspension d’incrédulité car rien ne justifie le silence de nos personnages. Le château commence alors à s’effondrer avant même d’avoir été construit.

Et cela sera symptomatique de toute la série. Lorsqu’ils commencent à se faire menacer, pourquoi ne pas prévenir les forces de l’ordre ? Pourquoi les ennemis les menacent ils alors qu’ils auraient tout intérêt à rester discrets pour leur commerce ? Pourquoi font-ils du chantage au bout du 4ème épisode ? Pourquoi le personnage de Mélanie Laurent, seule bonne interprétation de la série, disparaît en cours de route ? Pourquoi cette fin si peu satisfaisante ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?
A vouloir commencer son récit In Medias Res, le show éclate complètement sa structure. Il échoue à installer un univers et des personnages cohérents avec l’histoire. Nous découvrons à partir de l’épisode 3 ou 4 qu’une mafia locale fait régner la terreur. Cependant, elle est connue dès le début par les protagonistes et se trouve être la source de tout ce chambardement. Alors qu’il n’y en a aucune mention au début, malgré l’évidente culpabilité.
Une série pas-traque
Un scénario affreusement écrit qui échoue complètement à nous plonger dans la spirale infernale de Franck, interprété par un Benoît Magimel sans originalité et qui a du mal à articuler. La catastrophe narrative atteint des sommets dans un finale où les méchants, pour éliminer un témoin gênant d’un meurtre, vont effectuer des kidnappings et des fusillades, créant encore plus de témoins gênants… Cela sans parler des multiples sous intrigues abandonnées en cours de route. Côté Magimel, ce dernier se transforme en super-soldat-sniper pour les besoins du dernier quart de la série alors qu’il est seulement un chasseur de bébête…
L’absence d’écriture draine la série de tout propos social qu’elle aurait essayé de dépeindre (comme la misère des campagnes abandonnés par le système) pour tomber dans un parisianisme cradingue. La campagne y est dépeinte comme une zone de non-droit où les ploucs quasi-consanguins font régner la loi aux grands dam des bourgeois de la région qui montent des milices pour les combattre. Comment ? Bah on ne sait pas vraiment puisque c’est seulement évoqué et jamais montré.

Ne comptez pas non plus sur la réalisation pour trouver votre bonheur. Le show est très chiche en moments de bravoure et en spectaculaire, se cantonnant à son final pauvrement pompé sur les Chiens de paille et une course poursuite, que l’on avoue plutôt prenante. Mais avant cela, il va falloir se coltiner des tartines de dialogues moyens, filmés en plan moyen et une mise en scène qui échoue véritablement à transformer la campagne/forêt en véritable arène dangereuse. Il reste seulement un générique un peu stylé mais lui aussi pompé sur True Detective et des plans de coupe sur les paysages, qu’on reconnait magnifiques, mais très certainement mis en boîte par l’équipe B.
Traqués se veut une série de premier plan, cassant les productions cheap de la télévision française en faisait un thriller d’action, mais qui ne remplit aucune promesse. Elle agace même par l’absence de maîtrise flagrante qui en ressort. Pour autant, Cédric Anger a un CV plutôt solide mais le show donne alors l’impression qu’il a été sabordé.
Traqués est disponible sur Apple TV depuis le 4 avril 2026.
Avis
Traqués est une sérié faussement ambitieuse qui a un manque de talent et de moyen flagrant. Rien n'y est crédible, la mise en scène fait du mieux qu'elle peut et les acteurs ne jouent pas sur le même registre.
