Dans Le Crime du 3ème étage, François et Colette sont témoin d’une étrange dispute chez leur voisin, Yann. Avec Gilles Lellouche, Laetitia Casta et Guillaume Gallienne, Rémi Besançon revisite le genre du film d’enquête sous le prisme d’un hommage assumé au grand Alfred Hitchcock.
Rémi Besançon remet au goût du jour le classique du cinéma d’Hitchcock, Fenêtre sur Cour. Avec Le Crime du 3èmeétage, le cinéaste prouve une fois de plus que le vis-à-vis en immeuble continue d’intriguer et de fasciner malgré un scénario parfois un peu bancal.
Trop de références tue la référence
A première vue, la bande-annonce du film de Rémi Besançon évoque très fortement Fenêtre sur Cour d’Alfred Hitchcock, un classique absolu du cinéma qui ne prend pas une ride. Et au début, cette filiation peut faire peur, on se demande quel sera la plus-value de ce nouveau film. Mais, Rémi Besançon embrasse pleinement cette ressemblance, puisque l’hommage à Hitchcock n’est pas du tout dissimulé. Au contraire, Colette (Laetitia Casta) est une professeure à la Sorbonne, spécialiste d’Hitchcock. Le crime du 3ème étage foisonne donc de références à l’œuvre de ce maître du suspens cinématographique. Seulement, il pourrait bien que cette hommage totalement assumé soit précisément ce qui fasse pêcher le scénario du film.

En effet, malgré un casting aux petits oignons, bien vite, la tournure des évènements frise l’absurde. Le lien avec Hitchcock est trop fort, trop présent. Il faut avoir vu les films du maître pour comprendre certains éléments brièvement évoqué par les personnages dans Le Crime du 3ème étage. Cette connexion donne parfois le sentiment que Besançon ne sait pas comment s’en détacher. De fait, l’intrigue ne cesse de surenchérir. Là où le début du long métrage est tout à fait enthousiasmant, la succession des évènements perd toute logique. Jusqu’au dénouement du film qui paraît totalement surréaliste parce que trop marqué par le spectre omniprésent de Vertigo et Fenêtre sur Cour. Et c’est là le problème. Le Crime du 3ème étage s’empêtre un peu trop dans des références à foison.
Surcouche de genres
Alors, Le crime du 3ème étage a des allures de comédie de pastiche. Le film assume ouvertement emprunter au genre de l’enquête menée par des amateurs. Amateurs, puisqu’aucun des deux personnages principaux ne sont inspecteurs ou policiers dans l’histoire. Au fond, le tout est un long-métrage plutôt comique et agréable à regarder. Parce que malgré quelques absurdités évidentes, on passe plutôt un bon moment devant le film de Rémi Besançon. Un comique qui nous saute doublement aux yeux avec une seconde référence. Celle au film Le Magnifique de Philippe de Broca, sorti en 1973. Jean-Paul Belmondo y incarne François Merlin, un auteur qui imagine les aventures de l’agent secret Bob Sinclar. Dans Le crime du 3ème étage, François (Gilles Lellouche), le mari de Colette est un écrivain plutôt farfelu qui écrit les enquêtes du Marquis de la Rose. Le procédé est le même dans les deux films, des scènes incarnées où l’auteur se glisse dans la peau de son personne.

Cependant, on avouera que l’idée de mettre un écrivain et une professeur de cinéma dans Le Crime du 3ème étage, touche une corde sensible. En un sens, ils se font des films, ils s’imaginent des choses en regardant chez leurs voisins. Aussi, ce pastiche prend des allures terriblement ironique car, au fond, est-ce qu’on ne fait pas un peu tous pareil ? A l’ère des réseaux sociaux, on s’imagine tous un peu des choses en regardant chez les autres via nos écrans… Cette imbrication de regards, si elle est intéressante (regarder chez les autres qui regardent chez nous), semble desservir le film. On ne voit plus très bien quelle direction prend Le Crime du 3ème étage. Fable, enquête, comédie, tragédie ou un peu tout à la fois ? Et malheureusement, la multiplication des genres termine par nous tenir légèrement en-dehors de l’histoire.
Étranges relations dysfonctionnelles
Tout cet univers plutôt absurde dans Le Crime du 3ème étage est tenu par ses trois acteurs principaux. Si on adore Gilles Lellouche, il faudra reconnaître que dans le rôle de François, il est assez pénible. En effet, il râle tout le temps, ce qui joue un peu contre lui. On s’en détache bien vite, lassé de l’entendre rouspéter contre sa femme. On en vient à se poser des questions sur son couple avec Colette, un couple qui semble être à la dérive et n’avoir aucune complicité. Sans surprise, c’est autour du noyau abracadabrantesque de l’intrigue qu’ils parviennent à se retrouver. Elle, elle est sublime, imaginative, quoi qu’un peu trop obsédée par Hitchcock. Lui, ronchon et de mauvaise fois au possible. Cette différence flagrante joue dans l’étrangeté globale du film. Rien n’est logique, et pourtant tout fini par fonctionner ensemble.

L’autre bizarrerie de l’histoire est incarnée par le voisin du couple, Yann. Interprété par Guillaume Gallienne, ce dernier est blafard à souhait dans Le Crime du 3ème étage, parfait pour incarner un comédien habité par son rôle. Ce qui est d’autant plus comique qu’il interprète Hamlet de William Shakespeare. Personnage littéralement hanté par le spectre de son père. Yann est effacé, évanesçant et tout en même temps très menaçant. En bref, Gallienne est parfait pour interpréter ce voisin un peu bizarre qu’on arrive pas très bien à cerner. On se permet de souligner, que Guillaume Gallienne est réellement à l’affiche d’un magnifique Hamlet mis en scène par Ivo Van Hove avec la troupe de la Comédie Française jusqu’au 14 mars.
Le Crime du 3ème étage est de ces film qu’on ne parvient pas vraiment à définir. Bien comme absurde et frisant le ridicule par moment, on sort de la séance un peu interloqué. Ne parvenant pas à réellement se décider sur si on a aimé ou non.
Le Crime du 3ème étage est en salle dès le 11 mars.
Avis
Mixe de genres, Le Crime du 3ème étage emprunte à Hitchcok autant qu’à Agatha Christie. Derrière un pastiche assumé, Rémi Besançon propose une comédie qu’on ne parvient pas à situer.
