Le youtubeur Markiplier plie le box office américain avec son adaptation 100% auto-produite de Iron Lung. Un succès qui fait trembler Hollywood et rabat les cartes de l’industrie. Mais est-ce un bon film ? Pas vraiment. Voir vraiment pas.
Dans un monde où il n’y plus d’étoiles et de planètes, l’humanité subsiste tant bien que mal dans des stations spatiales. Cependant, l’une d’entre elle a découvert un océan de sang sur une lune. Elle y organise une exploration sous-marine pour y trouver potentiellement des ressources. Une aventure dangereuse confiée à un condamné à mort qui joue sa liberté dans la réussite de ce dernier espoir pour l’humanité.

Le film commence avec une voix grave, qui narre le contexte de cette histoire. Une musique qui fait péter les basses et une caméra embarquée filme en plan fixe une partie du sous marin s’immerger dans ce tumulte de sang. Une accroche qui claque et qui promet un projet fort… Avant que tout ne dégringole à la troisième minute. Pour expliquer d’où on part, l’auteur de ses lignes ne connaissait ni le jeu indépendant de David Szymanski qu’il adapte, ni Markiplier, ce youtubeur américain (de son vrai nom Mark Fischbach) aux 38.4 millions d’abonnés et dont les vidéos sont principalement des let’s play face-cam.
Aucun affect donc jusqu’à ce que le succès (43 millions $ au box office) mis en perspective de son contexte de production – 3 000 000 $ de budget intégralement financé par Markiplier lui-même – ne vienne résonner jusque dans nos contrées. Il pique fortement notre curiosité de fan de films de genre et notre côté rêveur, celui de voir un mec sorti de nulle part monter son propre projet et en faire un gros succès. Mais force est de constater qu’être un excellent vidéaste ne suffit pas à être un bon cinéaste.
Iron Lung, un film amateur
Car malheureusement le film souffre d’un amateurisme sur à peu près tous les aspects. La mise en scène, handicapée par son concept de total huis clos, est aux abonnés absents. Elle jongle aléatoirement entre gros plan d’insert sur des gouttes de sang pour des effets de style et des longues focales sur son acteur. Il est quasi certain qu’aucun découpage n’a été pensé en amont. Donc aucune évolution dans la mise en scène. Cela n’est surement pas aidé par un directeur de la photographie, Philip Roy, qui n’a fait que des DTV.
Par ailleurs, la photographie alterne l’utile au carrément illisible, avec des plans de nuit beaucoup trop sous-exposé. On aurait bien voulu noter la bonne idée de jouer avec avec le procédé de prise de photogrammes pour allier enjeu narratif et technique. Mais malheureusement il use de son effet à n’en plus pouvoir. L’amateurisme est tel que même si le décors fait 5 mètres carré, le filmage nous perd dans sa scénographie. Il est dans l’incapacité de spatialiser l’espace avant une heure de film. Un décor qui pue l’absence d’argent tellement le tout fait faux et plastique, manquant de patine.

Et c’est bien par son aspect financier que le film arrive même à nous agacer. Oui, 3 millions de dollars est une somme ridicule pour un film de SF. Cependant, nous avons fortement l’impression qu’il en a coûté au grand maximum 1 million. Le décor est strictement unique. Il y a un acteur et demi au casting. Le reste sont des voix offs ou de la figuration fugace. Son budget est le budget moyen d’un film français. A titre de comparaison, Monsters de Gareth Edwards avait coûté 500 000 $ (une véritable anomalie dans le milieu). Ou Insidious 1er du nom qui coûtait 1,5 millions. Buried, autre film de claustration avec la star hollywoodienne Ryan Reynolds, avait coûté le même prix qu’Iron Lung.
Alors certes, certains effets spéciaux de scènes oniriques sont peut-être la cause de ce gonflement budgétaire. Tout autant que les litrons de faux sang qui vaut apparemment un -16 ans complètement injustifié. Mais au final il n’en reste que l’amère impression d’un tas d’argent mal investi. Mais on aurait presque pu lui pardonner cette impression de détournement d’argent si narrativement le projet se tenait.
Iron Lung, le film attachiant
Malheureusement Markiplier n’a pas non plus le talent de ses ambitions au niveau de la plume. A vouloir jouer les petits malins avec un huis clos aux allures de récit Lovecraftien, il se prend évidemment les pieds dans le tapis. Son histoire aurait pu durer le temps d’un court métrage. Mais elle est étirée artificiellement à coup de monologue lourdingue ou de dialogue avec une hallucination auditive interminable, de répétition et micro péripétie sans enjeu.
Il tombe même dans les stigmates du film étudiant. Il tente brouillé la réalité entre pseudo plongée dans la psyché, folie grandissante et questionnement fantastico métaphysico-ontologique. Le tout pour un final affreusement confus qui ne raconte pas grand chose, malgré un boulevard narratif devant lui. Markiplier échoue même à recréer le principe du jeu d’origine. C’est-à-dire naviguer à l’aveugle grâce à une carte incomplète, une flèche directionnelle et des données d’abscisse/coordonné. A aucun moment le fonctionnement de ce sous-marin est clair ou expliqué pour un non joueur, désamorçant tout enjeu.

Et dernier clou dans ce cercueil de métal : sa durée. Lorsque tu as un budget restreint, que c’est ton premier film et que ton concept repose sur une unité de lieu et de personnage, la moindre des choses serait de faire un métrage réduit. Cependant, peut-être par manque d’humilité ou juste de recul sur son film, Fischbach nous tanne pendant plus de deux heures. Alors que le jeu lui-même n’en durait qu’une et demi ! Et ce n’est pas tant dans le but d’installer une atmosphère – efficace sur le premier tier du film avant de plonger dans l’ennui– qu’une incapacité à saisir une rythmique filmique.
Il ne reste alors qu’au gré du métrage une volonté louable de bien faire. Une sincérité touchante et une passion indéniable pour l’œuvre d’origine. Une sorte de lettre d’amour et d’hommage. La bonhomie du réalisateur, son ambition, sa sensibilité et sa réussite à plier le game hollywoodien nous donnaient vraiment envie de soutenir le film. Malheureusement Iron Lung a plus des airs d’intro fictionnée XXL de vidéo youtube qu’une vraie œuvre cinématographique. Le succès tient principalement à une communauté fidèle ornée d’œillères. Et d’un certain côté, c’est tout à son honneur d’avoir autant fédéré.
Iron Long a été diffusé le 19 et 20 février en salle.
Avis
Malgré la sympathie que communique Markiplier au travers de sa sincérité et passion, il échoue à proposer un vrai film de cinéma. Il n'en maitrise pas vraiment la grammaire et ne s'est pas entouré d'une équipe suffisamment expérimentée pour compenser son amateurisme.
