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Accueil - Critique Elvire : une version immersive et éblouissante de Dom Juan
Critique-Elvire_4
© Emilie Bouyssou
Spectacle

Critique Elvire : une version immersive et éblouissante de Dom Juan

Mélina Hoffmann Mélina Hoffmann4 mars 2022Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lireUpdated:5 mars 2022
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Elvire est une adaptation très moderne et virevoltante de la célèbre pièce de Molière Dom Juan ou le Festin de Pierre.

Elvire est la nouvelle pièce de la Compagnie Filante. Retenez bien son nom car cette jeune et talentueuse troupe n’a pas fini de faire parler d’elle !

Une pièce de Molière rebaptisée et jouée de manière immersive dans un café-théâtre, sur fond de musique tsigane : la proposition est originale et audacieuse. Elle nous a rendu curieux… et nous a totalement séduits !

Un classique plus contemporain qu’il n’y paraît

Si c’est bien de Dom Juan qu’il s’agit, le choix de rebaptiser cette célèbre œuvre de Molière en Elvire exprime la volonté de rendre à ce personnage et à son propos toute sa puissance et son influence sur l’existence-même du célèbre seigneur libertin. Un parti pris intéressant qui met à l’honneur les femmes que ce dernier séduit et manipule.

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© Emilie Bouyssou

Et puis, il est intéressant aussi d’observer la manière dont un classique de la littérature ou du théâtre peut se donner à lire autrement en fonction de l’époque qui le met en lumière. Ainsi, à l’heure où l’amour explose les cadres et revendique ses innombrables formes possibles, le propos de Dom Juan sur les rapports amoureux, le mariage et le libertinage résonne et interroge différemment.

« Quoi ? tu veux qu’on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu’on renonce au monde pour lui, et qu’on n’ait plus d’yeux pour personne ? […] Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. »

Un spectacle à vivre de l’intérieur

C’est une expérience qui nous plonge dans l’histoire d’une manière inédite. Il y a déjà cette proximité immédiate et inhabituelle entre les comédiens et un public éparpillé dans un espace qui se fait entièrement scène le temps du spectacle. Des regards complices s’échangent entre eux et nous, lorsque ce n’est pas la musique qui nous entraîne avec eux dans son rythme endiablé !

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© Emilie Bouyssou

Car il y a aussi ce merveilleux trio tzigane qui vient ponctuer la pièce de parenthèses musicales, dansées et chantées, absolument envoûtantes. Là encore, le talent est indiscutable et on se régale d’autant plus que ces intermèdes s’intègrent parfaitement à l’ensemble et lui apportent une profondeur supplémentaire, une âme. Elles viennent compléter la mise en musique de Fabien Zarka qui accompagne subtilement tout le spectacle.

Du spectacle vivant dans toute sa splendeur !

S’il s’agit de sa première collaboration avec la danseuse chorégraphe Armande Sanseverino, c’est néanmoins la deuxième mise en scène de Kirill Nikolaev que nous découvrons après un vaudeville d’Eugène Labiche. Et notre première impression se confirme. En effet, s’il y a – là encore – un sens du rythme et une fraîcheur qui nous embarquent immédiatement, on perçoit aussi l’exigence du metteur en scène et sa volonté de ne rien laisser au hasard.

Aussi, et malgré un très léger essoufflement dans le dernier acte, on ne voit pas le temps passer durant ces deux heures de spectacle (plus) vivant (que jamais) ! Il y a de l’énergie, de la joie, de la vie, de la couleur, de l’audace et de la liberté dans cette création qui nous laisse charmés, et que l’on aurait bien envie de revivre.

Une distribution de qualité

Et si les comédiens sont tous très talentueux, Angélique Nigris est notre petite pépite de ce spectacle ! Drôle et attachante dans le rôle de l’impertinent Sganarelle, elle interprète avec finesse et subtilité les contradictions du personnage. Et elle donne avec une parfaite justesse la réplique à Théophile Milan, qui incarne quant à lui un Dom Juan captivant d’un bout à l’autre. Leur duo est un pur bonheur !

Critique-Elvire_1
© Emilie Bouyssou

Il nous faut aussi citer le couple de paysans, interprété par Mélina Pouchoux (le jour de notre venue) et Lucas Nicolella. En effet, ce dernier notamment s’exprime dans un patois à peine compréhensible mais avec une maîtrise et une fluidité époustouflantes ! Ce qui fait clairement de leur première scène d’apparition ensemble l’une des plus marquantes du spectacle.

Cet Elvire est un joli petit bijou dans son écrin, qui devrait rapidement faire parler de lui.

Elvire, d’après Dom Juan de Molière, mis en scène par Kirill Nikolaev et Armande Sanseverino, avec Mélina Pouchoux, Vanda Beffa, Marina Buyse, Angélique Nigris, Judith Policar, Alia Vallaeys, Armande Sanseverino, Théophile Milan, Lucas Nicolella ou Paul Nicolas, Pierre-Louis Robic, Pierre-Louis Gastinel, Fabien Zarka, Petia Iourtchenko, Matrena Yankovskaya, Alexandre Vallaeys, se joue jusqu’au 30 mars 2022, les samedis à 14h30 ou 15h30 au café théâtre le Kibélé, à Paris.

Le spectacle se joue aussi les mercredi 16 et 30 mars, à 21h, à la Mazane.

Avis

9.5 Un Dom Juan captivant !

Cette adaptation immersive, audacieuse et aux sonorités tziganes de Dom Juan est une bien jolie découverte. Elle offre une respiration salutaire dans une période étouffante, et un temps de partage qui fait un bien fou.

  • Moyenne des lecteurs (8 Votes) 7.9
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