Copenhagen Cowboy poursuit la carrière télévisuelle de Nicolas Winding Refn dans une autoparodie prétentieuse mais complètement unique.
Copenhagen Cowboy est la deuxième série de Nicolas Winding Refn, autrefois cinéaste très justement adulé pour sa trilogie Pusher, son faux biopic fou Bronson, et son culte Drive. Après les flops consécutifs des pourtant intéressants Only God Forgives et The Neon Demon, le cinéaste radical danois semble s’être enfermé dans une bulle d’autosatisfaction. Délaissant toute idée de scénario pour se muer en cinéaste expérimental contemplatif et surtout très prétentieux, son nom est devenu une marque de mode, laissant place à sa nouvelle signature, BY NWR. Alliant sa carrière entre défilés de mode et séries, dont sa première Too Old to Die Young, qui alliait flics, Los Angeles et mysticisme, n’avait pas rencontré un grand écho, le cinéaste propose aujourd’hui ce qu’il peut proposer de pire (et un tout petit peu de meilleur) avec Copenhagen Cowboy, disponible sur Netflix.
Crise d’égo
On ne sait ainsi comment Nicolas Winding Refn et Sara Isabella Jönsson ont pu vendre Copenhagen Cowboy à Netflix tant on se demande le rapport entre le titre, et les réels sujets qu’abordent ce trip aussi incompréhensible qu’éreintant. La série propose ainsi de suivre Miu, jeune femme énigmatique (et quasi-mutique), aux dons de porte-bonheur, entamant sa vengeance d’une vie de servitude contre ceux qui lui ont fait du mal. Et s’il est vrai que Copenhagen Cowboy possède le mérite de ne ressembler à aucune autre chose qu’une création de son auteur, les influences sont évidentes et grossières, entre David Lynch et un Nicolas Winding Refn se parodiant jusqu’à l’absurde, recyclant sans vergogne les œuvres ayant jalonné sa gloire passée, de Pusher, Only God Forgives à The Neon Demon.
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Des mannequins désabusées, la mafia danoise, des combats d’arts-martiaux, les compositions de Julian Winding singeant parfois sans succès celles de Cliff Martinez et surtout beaucoup, beaucoup de néons et de mouvements de caméras aussi travaillés que tape à l’œil. Parce que sur six épisodes de près d’une heure, le cinéaste semble en roue libre, exagérant ce que lui reprochent nombre de ses détracteurs jusqu’à l’overdose. Des dialogues inutilement étirés et réellement incompréhensibles, faussement philosophiques mais réellement stupides, une toute nouvelle obsession pour le pénis, et des personnages s’enchaînant sans réel impact que celui d’un créateur s’enfermant plus en plus dans une mégalomanie aussi vaine que parfois surprenamment prenante.
The Neon Danish
Parce qu’on se fiche rapidement de là où veut nous emmener Copenhagen Cowboy. Sa vision de la mafia s’avère aussi frustrante qu’inaboutie, comme d’une guerre de gangs, se limitant à quelques clips épileptiques d’une pub pour parfums. Nicolas Winding Refn semble vouloir déconstruire la virilité, en faisant soit crier ses personnages masculins comme des cochons, soit en les soumettant à un pouvoir féminin suprême. Et l’aventure expérimentale, en forme de poème déconstruisant le genre masculin elle, réussit à l’emporter. De par la puissance alors évocatrice de ses visuels, dans son dernier épisode, toute l’incompréhension qu’a pu susciter Copenhagen Cowboy laisse ainsi place à une totale illumination.
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Lorsque le cinéaste semble se détacher de toutes ses pompeuses ambitions (thriller, ésotérisme, mysticisme) son talent visuel l’emporte dans un final aussi grâcieux que suspendu. Il est ainsi complexe de vous recommander de vous jeter dans ce trip aussi égocentrique que réellement planant, en délaissant toute attente dramatique pour vivre ce feu d’artifice ultime et de se contenter de vivre l’expérience, volontiers plus sensorielle que réellement sérielle, qu’est réellement Copenhagen Cowboy. Et à une époque de produits formatés pensés uniquement pour satisfaire les algorithmes, si Nicolas Wing Refn énerve comme jamais auparavant, il faut avouer que sa radicalité totale semble autant pétrie de défauts, que parsemée de réels instants de grâce.
Copenhagen Cowboy est disponible sur Netflix.
Avis
Copenhagen Cowboy en laissera beaucoup de côté, tant la proposition de Nicolas Winding Refn s'avère être sa plus égocentrique et aussi et surtout sa plus radicale. Reprenant tout ce qui fait l'essence de son cinéma, des premiers et brutaux débuts aux plus récents expérimentaux et lancinants, Copenhagen Cowboy peut ainsi s'avérer aussi énervante que réellement planante, suscitant autant d'incompréhension que de réels instants de grâce.