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Critique Boss Level : Un film à défilement horizontal
©Hulu
Cinéma

Critique Boss Level : Un film à défilement horizontal

BLUE BLUE3 avril 2021Aucun commentaireIl vous reste 6 minutes à lireUpdated:3 avril 2021
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Réalisé par Joe Carnaha que vous connaissez peut-être pour l’Agence Tout Risque (The A-Team) ou Narc, Boss Level est… un film ? Un produit de divertissement de très moyenne gamme ? Un concept un poil éculé et mal exploité servi à la sauce jeu vidéo et Deadpool pour se donner un genre cool et “branché” ? Un peu de tout ça ? Un peu de tout ça oui.

Dans cette critique nous éluderons les relations qu’entretient Boss Level avec le jeu vidéo dont il semble revendiquer quelques affiliations. Nous nous sommes en effet rendus compte en cours de rédaction que la partie dédiée était aussi longue que le reste de la critique en elle-même et plombait donc un peu l’ensemble de l’exercice. Vous pourrez cela dit retrouver une analyse plus détaillée du pseudo prétexte “jeu vidéo” de Boss Level dans un article dédié ici.

DeadDoll

Beaucoup l’ont comparé sur certains points à Deadpool de Tim Miller et globalement on aurait tendance à les rejoindre. Cependant, là où Deadpool faisait des choix parfois discutables, mais qui avaient au moins le mérite de coller au personnage, ici certains poncifs sont réutilisés un peu trop tels quels.

Tout bêtement, il y a d’abord cette voix off qui malgré toutes les blagounettes, fait de la grosse exposition des familles. Elle double le film et surenchérit sur des éléments qui se passeraient pourtant d’explications, le principe de boucle temporelle ne devrait pas être bien compliqué à faire comprendre. Surtout qu’on perd parfois le côté ludique de la boucle puisque plutôt que de voir le personnage s’habituer à celle-ci, on passe directement à un personnage désabusé qui nous explique qu’il est dans une boucle. Le mieux aurait été de le montrer, le film oublie d’ailleurs un peu trop souvent de montrer plutôt qu’expliquer, presque “trop cérébral” pour son propre bien – on a dit presque.

©Hulu

Deadpool, on le retrouve aussi dans la construction de l’intrigue, avec notamment ce long flashback juste après l’introduction question de nous expliquer comment les prémisses de la situation en cours. Or ici, l’effet peine à fonctionner puisque ce flashback va surtout servir à embrayer sur la prise de conscience de Roy qui va alors avoir un éclair de lucidité, comme s’il avait vu avec le spectateur le replay de sa propre journée précédente. Du coup, on se retrouve avec un personnage qui est dans une boucle depuis un sacré bout de temps puisqu’il est déjà désabusé, mais qui a mis des années-lumière avant d’ouvrir le cadeau de son ex pour faire avancer l’intrigue.

Même si le côté pseudo complexe de l’intrigue n’est pas aussi présent que dans Deadpool, comme l’aspect faussement cool bien moins pire, vous vous retrouvez avec de nouveaux soucis de cohérence et une voix off didactique en contraste avec un personnage parfois long à la comprenette.

Ceci est l’oeuvre de Carnahan

Pour le reste de l’écriture, on n’a pas grand chose à relever. Mel Gibson campe le méchant très méchant à la menace totalement désincarnée, puisqu’il ne représente à aucun moment un réel danger, il se paie même le luxe d’être martyrisé par Grillo. Le reste du casting de mercenaires, à l’exception de Guan-Yin, est finalement assez anecdotique. On a bien une admiratrice secrète d’Hitler, ça fait son petit effet sur le moment, mais son arc narratif est finalement très anecdotique. Pareil pour le personnage de Naomi Watts qui fait de la figuration en robe rouge pour décorer les fonds verts. Au final, c’est surtout Frank Grillo qui crève l’écran et fait l’effort surhumain de porter le film à bout de bras.

C’est dommage que Roy donc, incarné par Grillo, soit parfois un peu lent à comprendre les enjeux de son film et les possibilités de sa condition. Cumulés à la voix off, on se retrouve avec un personnage principal avec soit 10 coups de retard quand il s’agit de comprendre ce qui lui arrive, le tout à haute voix, soit des dialogues d’expositions mentales franchement bizarres. Pourquoi souhaite t-il à ce point dire à son fils que sa mère est morte, c’est quand même étrange, surtout quand au final ta journée reboucle et que tu es littéralement dans un environnement qui désamorce ce genre de problème. Alors tu peux sentir la nécessité de le dire pour toi, pour mieux le vivre, l’accepter, mais ce n’est pas comme ça que le film semble le présenter.

©Hulu

Heureusement, malgré un déroulé assez convenu, Boss Level tente assez de choses avec sa boucle temporelle pour ne pas être un total naufrage narratif, disons que c’est pas terrible mais qu’avec Frank Grillo en tête ça fait agréablement avancer l’ensemble. Surtout qu’on ne peut pas vraiment lui reprocher son rythme qui insuffle presque à chaque tiers de film de nouveaux enjeux – parfois au prix de grosses incohérences narratives mais bon. Par contre la fin reste inexplicable et un peu malhonnête vue le genre de série B, est-ce vraiment le genre de film qu’on laisse ouvert tel un carnet de mots croisés ?

John Wick is the Boss Level

Côté réalisation, la soupe est aussi mi chaude mi froide que l’écriture. Déjà, il y a cet étalonnage et tout ce gris partout. Pourquoi l’image est-elle désaturée ? alors oui ça fait tout de suite plus cinéma sérieux, mais bon quand on voit l’affiche du film on ne s’attend pas à voir du Snyder non plus, #restorethecolorpalette.

Niveau découpage, la boucle temporelle permet de jongler très rapidement et fluidemment entre les scènes, c’est loin d’être un point de grief. Côté action cependant, c’est un peu moins au poil, beaucoup de scènes restent un poil trop charcutées, même si on reste loin des pires exemples du genre. De toute façon, ce constat est applicable à l’ensemble, s’il y a bien une idée par ci par là – comme cette caméra qui passe entre deux escaliers à la verticale ou les 60 premières secondes du film – pour le reste, on est sur un film plus efficace que la moyenne de ce genre de production – même certaines à 200 millions de dollars – mais bien loin d’être un film d’action vraiment classieux côté mise en scène, plans, chorégraphies, montage ou même cascades. Vous prenez John Wick 3, c’est des kilomètres au-dessus, là c’est moins raffiné, ça manque de grands coups de bouquins.

Boss Level, Le Dark Souls des films d'action
©Hulu

Globalement Boss Level n’est pas un mauvais film, c’est juste vide de substance narrative sans pourtant être transcendant sur le pur plan de l’action. C’est le genre de film regardable. Après, si l’enjeux d’un film est simplement d’être regardable… autant faire une sieste.

Boss level est sorti depuis le 6 mars 2021.

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