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Accueil - Critique Lumière pâle sur les collines : grâce nippone à son summum
Critique Lumière pâle sur les collines : grâce nippone à son summum
© Metropolitan Films
Cinéma

Critique Lumière pâle sur les collines : grâce nippone à son summum

Clem MP Clem MP19 novembre 2025Aucun commentaireIl vous reste 4 minutes à lire
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Lumière pâle sur les collines se voit porté par une photographie sublime qui enrobe une intrigue bien plus sombre qu’elle n’en paraît.

Lumière pâle sur les collines s’engouffre dans la plaie encore béante laissée par les bombardements nucléaires sur le Japon. Deux tragédies, Hiroshima et Nagasaki, dont nous avons commémoré cet été le triste 80e anniversaire. Ce drame signé Kei Ichikawa (A man), adapté du roman éponyme écrit par Kazuo Ishiguro (Lauréat du prix Nobel de littérature), revient sur ces souvenirs déchirants. L’intrigue prend d’abord place au Royaume-Uni, en 1982. 37 ans après la tragédie, Etsuko pense avoir définitivement tiré un trait sur ce passé douloureux. Pourtant, sa fille Niki, née en Angleterre, l’interroge sur ce passé qui fait aussi partie de son histoire. Les souvenirs s’emmêlent alors dans un Japon d’après-guerre fantasmagorique.

Sad Hill

Lumière pâle sur les collines met en scène un quator d’actrices éblouissantes. Suzu Hirose (Etsuko jeune), Fumi Nikaido (Sachiko, l’amie étrange d’Etsuko), Camilla Aiko (Niki) et Yoh Yoshida (Etsuko âgée) crèvent l’écran par leur perfection. Ces femmes tirées à quatre épingles évoluent dans un écrin tout aussi beau, baigné de l’esthétique japonaise toute de finesse, de raffinement et de subtilité. Le cinéaste immortalise des lieux, un soleil couchant sur la baie de Nagasaki, ou des activités, une partie de Shogi, avec une pureté qui capture toute la beauté de l’instant. Et ce, malgré des effets spéciaux de fort mauvaise qualité. Ces incrustations baveuses d’arrière-plan font surgir l’impression de se trouver dans une réalité alternative, un rêve. En effet, le scénario brouille sciemment les pistes.

Le long-métrage déploie une intrigue à dessein complexe. Il s’engouffre dans des fausses pistes et distille avec parcimonie les clés qui résoudraient cet opaque drame familial, toujours avec cette délicatesse nippone inimitable. Son rythme, dès le départ lancinant, installe le spectateur dans un état semi-éveillé. Le débit du fleuve des souvenirs d’Etsuko n’étant pas des plus fougueux, les réminiscences s’étirent par moment et s’enlisent dans quelques longueurs. Quelques cuts bien placés en post-prod’ n’auraient en rien altéré cet imbroglio de souvenirs. Les spectateurs l’auront vite compris, la vérité du passé sera définitivement insaisissable.

Avalanche de reproches

Car le Japon est aussi le pays des non-dits, ici merveilleusement mis en scène. Tourné d’un point de vue féminin, le film fustige la condition des femmes. Un sujet tendu en France, mais bien plus au Japon où les carcans persistent fermement. Dans ce film où rien n’est laissé au hasard, la caméra se pose toujours au bon endroit pour questionner son public. Des scènes ou la femme est devenue un sujet à part entière dotée de conscience, de parole et de libre-arbitre s’accolent habilement à des situations où elle redevient un objet étriqué et engoncé dans les diktats du couple.

La parole se libère néanmoins peu à peu, au cours de dialogues tout aussi mémorables. La confrontation symbolique des générations s’exulte par la joute verbale. Le Japon pacifique cloue au pilori ses anciennes inclinaisons guerrières. Acculé, le pays affronte aujourd’hui son histoire. Godzilla minus one, en 2023, condamnait déjà la glorification du sacrifice kamkaze. La confrontation musclée entre le professeur retraité, gardien de l’ancien ordre qui a mené le pays à la déroute, contre le jeune journaliste aspirant à un Japon meilleur offre au film son point d’orgue. Avant de replonger à sa somnolence habituelle.

Sommets de raffinement

Lumière pâle sur les collines prend son temps. Chaque personnage, chaque thème, chaque paysage et finalement l’intrigue dans son ensemble, ne doit souffrir d’aucun empressement. Un peu trop sûr de lui, il se laisse alors dériver à quelques longueurs. Quand on s’exalte dans l’esthétique raffinée japonaise, tout est beau à filmer. Et c’est bien de là dont le long-métrage tire son principal atout. Actrices magnétiques, décors enivrants, cadrages millimétrés, impossible de rater une miette de cette perfection visuelle.

Lumière pâle sur les collines est sorti le 15 octobre au cinéma. Il avait fait partie de la sélection Un certain regard au festival de Cannes.

Avis

8 Éblouissant

Lumière pâle sur les collines fait partie de ces films qui tutoient la perfection visuelle. En dépit de quelques vilains effets spéciaux, Kei Ishikawa exalte la beauté de chaque plan et signe des scènes inoubliables. Cette délectation visuelle l'aide à passer outre un scénario, bien que profond, longuet par moments.

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